MiQro innovation - Sur 250 postes, 30 seront universitaires

Pierre Vallée Collaboration spéciale

C'est vers la fin de 2011 que les quelque 250 chercheurs et scientifiques occuperont les laboratoires du nouveau centre de recherche en microélectronique, le Centre de collaboration miQro innovation (C2MI). Le C2MI est le fruit d'une exceptionnelle collaboration entre l'Université de Sherbrooke, la société Dalsa et IBM-Usine de Bromont.

«Les premières discussions au sujet de la création d'un tel centre de recherche en microélectronique remontent à sept ans, raconte Jacques Beauvais, vice-recteur à la recherche à l'Université de Sherbrooke. Trois ans plus tard, nous avions en main le projet dans sa forme actuelle.»

Le C2MI est localisé à Bromont, donc près des installations de ses deux partenaires industriels: Dalsa, une fonderie de semi-conducteurs et de microsystèmes électromécaniques (MEMS), et IBM-Usine de Bromont, spécialisée dans la mise sous boîtier de puces électroniques. Le coût de la construction du bâtiment et de l'achat des équipements de recherche s'élève à 218,45 millions de dollars. Le ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation du Québec investit dans le projet 94,9 millions, Industrie Canada, dans le cadre du Programme d'infrastructure du savoir, y contribue la somme de 82,95 millions. Le reste, soit 40,6 millions, provient des deux partenaires industriels et des fournisseurs d'équipement.

«C'est l'arrivée du programme fédéral d'infrastructure du savoir qui nous a permis de finaliser le projet. Aujourd'hui, le bâtiment est construit et fermé, on y installe présentement les salles blanches, les laboratoires et les équipements scientifiques. Nous prévoyons être en activité avant la fin de l'année.»

Vers l'industrie

La recherche scientifique qui sera effectuée au C2MI peut se diviser, si on veut, en deux secteurs. Le premier secteur regroupe tout ce qui touche à la mise en boîtier des puces électroniques, par exemple les technologies de découpage des puces, les technologies d'encapsulation des puces sur de nouveaux boîtiers, tels les boîtiers 3D, la gestion de la dissipation thermique, etc. Le second secteur porte sur les microsystèmes électromécaniques (MEMS), c'est-à-dire des systèmes électroniques comprenant une composante mécanique. À titre d'exemple, c'est un MEMS qui actionne et contrôle la buse d'une imprimante à jet d'encre.

Les chercheurs et les scientifiques qui travailleront au sein de C2MI proviendront en très grande majorité des deux partenaires industriels, l'Université de Sherbrooke se réservant 30 places de chercheur sur les 250 places prévues. «Il y aura évidemment certains de nos professeurs et chercheurs qui occuperont nos places, mais elles seront aussi disponibles pour nos étudiants au doctorat et à la maîtrise, qui pourront alors s'en servir pour effectuer des stages.» Au fil des ans, le C2MI entend ouvrir ses portes à d'autres chercheurs. «Nous tenterons certainement d'attirer des chercheurs en provenance d'autres universités et centres de recherche ou de nouveaux partenaires industriels.»

Le fonctionnement du C2MI sera assumé par les partenaires industriels. Ils assureront aussi le financement de la recherche, ce qui toutefois n'exclut pas que certains projets soient financés par les organismes gouvernementaux subventionneurs. La recherche sera orientée vers les besoins de l'industrie. «C'est une recherche scientifique qu'on appelle industry-driven, puisqu'elle a pour but de trouver des solutions aux problèmes de l'industrie et que la recherche scientifique qu'on y fait doit avoir un impact industriel.»

Selon Jacques Duhaime, la force du C2MI réside justement dans ce partenariat entre l'université et l'industrie. «La beauté de la chose, c'est que nous réunissons dans le même centre de recherche des chercheurs universitaires et des chercheurs industriels. De plus, nos partenaires industriels, qui sont reconnus pour leurs investissements en recherche et développement, sont à la base des fabricants. Cela veut dire que les résultats des recherches, les technologies et les produits qui en découleront pourront être mis en application et commercialisés par les partenaires industriels du C2MI. La chaîne est parfaitement alignée et la boucle est complètement bouclée.»

À point nommé

La mise en place de pareil centre de recherche en microélectronique arrive à point nommé. «L'industrie des semi-conducteurs et des puces électroniques est arrivée à un carrefour dans son développement, fait face à d'importants enjeux et doit relever de nombreux défis.» Il y a d'abord une demande accrue de puces électroniques plus rapides et plus performantes. La question de la chaleur produite par les puces électroniques et de la gestion de cette chaleur est devenue un enjeu écologique. De plus, les applications pour les MEMS se multiplient et ces derniers deviennent de plus en plus perfectionnés.

«Ce bouleversement dépasse même les frontières traditionnelles de l'industrie des semi-conducteurs et des puces électroniques. On voit maintenant apparaître de nouvelles technologies, telles la photonique et la nanotechnologie. Et que dire de l'apparition des biopuces, ces labs-on-chips? Tous ces changements exigent de la recherche qui ne peut plus se faire uniquement de manière intra-muros, soit dans les laboratoires des universités, soit dans ceux des fabricants. Ce n'était qu'une question de temps avant que, quelque part dans le monde, un centre de recherche soit mis en place. Nous avons la chance que ce soit au Québec.»

Et à Bromont. «En choisissant Bromont, nous choisissons un milieu où il y a déjà des milliers d'emplois dans le secteur, grâce à la présence de nos deux partenaires. L'ajout du C2MI viendra consolider la région dans ce domaine et la masse critique en place permettra éventuellement d'attirer de nouveaux joueurs. Nous croyons être en mesure de favoriser l'émergence d'une grappe technologique dans le domaine des semi-conducteurs et des puces électroniques.»

***

Collaborateur du Devoir