Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec - Oui au nouveau fonds de recherche québécois !

Martine Letarte Collaboration spéciale
Daniel Coderre, directeur général de l’Institut national de la recherche scientifique et président du Comité stratégique en matière de science, de technologie et d’innovation à la CREPUQ<br />
Photo: Source INRS Daniel Coderre, directeur général de l’Institut national de la recherche scientifique et président du Comité stratégique en matière de science, de technologie et d’innovation à la CREPUQ

Le gouvernement propose, dans son projet de loi 130, entre autres de regrouper le Fonds de la recherche en santé du Québec (FRSQ), le Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture (FQRSC) et le Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies (FQRNT) en un seul, le Fonds recherche Québec (FRQ). La Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec y est favorable, à condition que le gouvernement tienne compte de ses propositions. (CREPUQ)

«En avril dernier, lorsque nous avons appris que le gouvernement voulait fusionner les trois fonds pour des raisons de restrictions budgétaires, nous avons exprimé, comme les chercheurs, nos inquiétudes au ministre», indique Daniel Coderre, président du Comité stratégique en matière de science, de technologie et d'innovation à la CREPUQ.

Il affirme toutefois avoir reçu des signaux rassurants, comme l'annonce que le financement des trois fonds allait être maintenu malgré la période de restrictions budgétaires.

«Ainsi, les recteurs, mais aussi les vice-recteurs à la recherche qui sont à l'interface des fonds et des chercheurs, en sont venus unanimement à la conclusion que si, pour des raisons de restrictions budgétaires, il fallait fusionner les fonds, nous devions être constructifs et faire des propositions pour bonifier le système de soutien à la recherche au Québec. Parce que nous croyons que des assurances doivent être données», explique M. Coderre, qui est également directeur général de l'Institut national de la recherche scientifique (INRS).

Le conseil d'administration

La CREPUQ voit d'abord d'un bon oeil que les trois fonds de recherche n'aient dorénavant qu'un seul conseil d'administration responsable des enjeux de gestion et d'imputabilité, alors que les comités sectoriels pourront se concentrer sur le développement de la science.

«C'est toutefois très important que le conseil d'administration soit représentatif et crédible. Nous croyons qu'il serait important, comme cela se fait ailleurs, qu'il comprenne des scientifiques provenant de l'extérieur pour amener un autre regard», affirme Daniel Coderre.

À la suite de la proposition d'étudiants, la CREPUQ demande aussi qu'un représentant étudiant soit membre du conseil d'administration. «Plus de 25 % du financement est consenti directement à des étudiants, donc il serait logique d'avoir au conseil d'administration un étudiant inscrit dans un programme de cycle supérieur en recherche», précise-t-il.

Les conseils sectoriels

La CREPUQ propose également que, lorsque des questions de nature scientifique spécifiques à un secteur se présentent, le conseil d'administration puisse transférer des pouvoirs aux conseils sectoriels pour s'y attaquer. «Par exemple, s'il est question de déterminer des règles d'attribution de subventions propres à un secteur, nous souhaitons que cela puisse être confié aux comités sectoriels, de façon que l'on préserve l'autonomie scientifique», explique M. Coderre.

La CREPUQ souhaite également que les conseils sectoriels soient composés en majorité de membres issus de la recherche publique, puisque c'est là que vont la majorité des subventions de recherche.

Le scientifique en chef

L'idée de nommer un scientifique en chef réjouit la CREPUQ. «Cela permettra de nommer un véritable porte-parole de la science au Québec. Il sera aussi un interlocuteur sur la scène internationale», affirme Daniel Coderre.

La CREPUQ souhaite toutefois que son rôle-conseil auprès du ministre soit amplifié et spécifié dans la loi. «Le choix du scientifique sera déterminant et nous souhaitons qu'il ait la capacité de s'ouvrir à différents secteurs et qu'il puisse ainsi travailler à développer de façon beaucoup plus importante la recherche intersectorielle. Nous croyons que le Québec pourrait ainsi se démarquer en matière de recherche», explique le directeur général de l'INRS.

La CREPUQ recommande également que le gouvernement tienne compte de l'ordre de priorité défini par le comité de sélection du scientifique en chef lorsque viendra le temps de faire le choix final. «Nous souhaitons aussi que les membres du comité de sélection soient représentatifs du milieu de la recherche. D'ailleurs, le comité a déjà été formé et il satisfait à ce critère», affirme Daniel Coderre.

L'autonomie et la bonne gouvernance

L'article 70 du projet de loi qui indique que le ministre pourrait intervenir à tout moment dans la gestion du fonds n'a pas sa raison d'être, selon la CREPUQ. Elle propose donc que cet article soit retiré.

«La loi du ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation donne déjà au ministre le pouvoir d'intervenir à des moments précis et nous serions inquiets de voir ouvrir ce pouvoir à n'importe quelle situation. Nous ne sommes pas inquiets en ce moment au Québec, et d'ailleurs il n'y a jamais eu ce type d'intervention partisane, mais il y a eu des dérives au fédéral. Mieux vaut prévenir que guérir, d'autant plus que la loi est là pour définir l'avenir», croit M. Coderre.

De plus, plutôt que de favoriser l'indépendance de la commission de l'éthique de la science et de la technologie, la CREPUQ souhaite qu'elle relève du conseil d'administration du fonds. «Par souci de cohérence et pour qu'elle ait plus de force», précise-t-il.

La CREPUQ propose même que, à moyen terme, on explore la possibilité de réunir d'autres organismes subventionnaires sous le chapeau du fonds, particulièrement dans des domaines propices au développement de la recherche interdisciplinaire. «Je pense par exemple à Génome Québec, précise M. Coderre. L'objectif serait de favoriser le développement de la recherche intersectorielle.»

La CREPUQ insiste beaucoup sur ce point, puisqu'elle est inquiète. «Le Québec réussit depuis longtemps à aller chercher une quote-part du financement en recherche qui est plus importante que celle des autres provinces, mais on remarque maintenant une diminution. Nous croyons qu'une façon pour le Québec de garder le haut du pavé serait de favoriser la recherche intersectorielle, puisque les problèmes d'aujourd'hui touchent très souvent à plusieurs disciplines. Notre but, c'est de préserver et même de bonifier le soutien à la recherche, et nos propositions vont en ce sens.»

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Collaboratrice du Devoir