Centre de recherche Robert-Giffard de l'Université Laval - Psychiatrie et psychanalyse ne font plus un !

Thierry Haroun Collaboration spéciale
Le Dr Michel Maziade, directeur scientifique du Centre de re-cherche Robert-Giffard de l’Uni-versité Laval<br />
Photo: Source UL Le Dr Michel Maziade, directeur scientifique du Centre de re-cherche Robert-Giffard de l’Uni-versité Laval

La recherche en psychiatrie est relativement jeune si on la compare à d'autres domaines de recherche en médecine: elle a à peine une trentaine d'années d'existence. Les avancées sont par contre notables, mais il reste tant à découvrir dans ce monde qui évolue parmi cent milliards de neurones. Cours 101 en compagnie du Dr Michel Maziade, directeur scientifique du Centre de recherche Robert-Giffard de l'Université Laval.

Le domaine de la psychiatrie est si peu couvert par les médias dits traditionnels que la première question qui s'imposait d'entrée de jeu était la suivante: comment définit-on aujourd'hui la psychiatrie?

«La psychiatrie, répond patiemment au bout du fil le professeur Michel Maziade, est l'une des quelque 30 spécialités médicales. Une fois la médecine générale terminée, il reste quatre ou cinq ans de spécialisation à faire en sciences fondamentales, en neurosciences, en neurobiologie et en sciences du comportement. Le but est de détecter, de diagnostiquer et de soigner les maladies psychiatriques à l'échelle infantile, par exemple, tels les troubles de développement et l'autisme. Du côté des adultes, on touche toutes les psychoses majeures, comme la schizophrénie, la maladie bipolaire, la dépression et les divers troubles sévères de la personnalité. Et, dans le domaine de la gériatrie, il est question de problèmes cognitifs, de la maladie d'Alzheimer, des problèmes de comportement reliés à la démence et des maladies psychiatriques qu'on retrouve donc chez les personnes âgées.»

Le dogme de la psychanalyse

Selon M. Maziade, professeur titulaire de psychiatrie à la Faculté de médecine de l'Université Laval et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en génétique des troubles neuropsychiatriques, la psychiatrie est une spécialité qui est relativement jeune comparativement à d'au-tres secteurs en médecine, comme les maladies cardiovasculaires, l'infectiologie ou encore l'urologie, lesquelles datent des années 1940 et 1950. Tandis que la psychiatrie, telle qu'on la définit et reconnaît aujourd'hui, est née, ici comme en Europe, au milieu des années 1980.

Ainsi, c'est en 1987 que le Centre de recherche Robert-Giffard de l'Université Laval s'est donné pour mission de «faire avancer les connaissances sur les causes et les traitements des maladies du cerveau, infantiles, adultes et gériatriques, au moyen d'un centre de haute technologie sur le neurone et le cerveau», rappelle la documentation de ce centre, qui mobilise aujourd'hui des centaines d'experts.

D'ailleurs, le Dr Maziade tient à rappeler à quel point la psychiatrie part de loin, pour ne pas dire de la psychanalyse. «On sait aujourd'hui que la schizophrénie est une maladie du cerveau et qu'elle n'est pas le fait de la froideur de la mère, contrairement à ce que la psychanalyse laissait entendre dans les années 1950 et 1960. Jusqu'à il y a quelques années, la psychanalyse était encore très prévalente dans le monde de la psychiatrie. Je l'ai vécu moi-même lors de mon internat en résidence entre 1970 et 1972, alors que la psychanalyse dictait encore son dogme selon lequel les maladies étaient issues de l'influence des parents et de l'environnement. Que tout se jouait au cours des six premières années d'existence de l'enfant, etc. J'ai moi-même traité l'autisme infantile en soignant les parents plutôt que l'enfant. Bien sûr, on sait aujourd'hui que l'autisme est le fait de problèmes de développement reliés au dysfonctionnement du cerveau.»

Les courants de la recherche

Il y a trois grands axes de recherche qui ont présentement cours au Centre de recherche Robert-Giffard de l'Université Laval, souligne le Dr Maziade. «Dans un premier temps, il est question de neurodéveloppement, c'est-à-dire des maladies comme la schizophrénie, la maniaco-dépression, etc. Celles-ci se développent entre l'âge de 18 et 27 ans. La recherche s'est beaucoup développée dans ce secteur. Le but est de trouver les déterminants infantiles de ces maladies. On peut d'ailleurs maintenant déjà trouver les marqueurs chez les enfants à risque, c'est nouveau. Il s'agit de détecter tôt ces enfants et donc de travailler en amont du problème.»

«L'autre axe de recherche, poursuit le chercheur, touche la maladie quand elle survient tout juste, ce qu'on appelle dans notre jargon la "prévention secondaire". On ne guérit pas la maladie, mais on peut réduire la sévérité de la maladie, le nombre de rechutes, et augmenter l'autonomie de la personne. Il y a présentement beaucoup de recherche qui se fait sur le traitement cognitif, le traitement pharmacologique, afin de détecter la maladie le plus tôt possible, soit entre six mois et un an.»

Le troisième grand courant de recherche porte sur l'imagerie par résonance magnétique, l'apport des technologies et la multidisciplinarité, ce qui permettra de faire des pas importants. «L'imagerie cérébrale s'est beaucoup développée. Le cerveau est très complexe, comme vous le savez. On y retrouve 100 milliards de neurones qui parlent entre eux. Ce qu'on sait en neurogenèse, c'est que le renouvellement des cellules est plus actif dans le cerveau à l'âge adulte que dans tout autre organe. Il y a 15 ans, on enseignait encore dans les facultés de médecine que le seul organe qui ne se régénérait pas était le cerveau. D'ailleurs, cette idée est encore bien imprégnée dans l'opinion publique. Et la recherche à venir vise à entrer dans le cerveau des patients par l'entremise des nanotechnologies. On se dirige vers l'investigation du cerveau vivant, comme on le fait avec le coeur vivant par la vidéo et la scopie.»

L'argent, toujours l'argent

Pour l'heure, rappelle-t-il, les médicaments utilisés «ne font que s'attaquer aux symptômes. On ne peut pas guérir des maladies dont on ignore la cause. Il y a de meilleurs médicaments disponibles qui soignent les symptômes en général, mais qui vont partout dans le cerveau, et c'est pourquoi il y a des effets secondaires.» En conclusion, il a souligné à grands traits l'importance de financer adéquatement son secteur d'activité: «Le manque de financement est flagrant.»

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Collaborateur du Devoir