Jean-de-Brébeuf - La mention «M» apparaît sur le bulletin !

Le numérique bouscule presque tout, y compris l'enseignement. Le collège Jean-de-Brébeuf ne veut ni être à la remorque, ni foncer tête baissée dans ce virage inéluctable. Son programme Magellan prépare les étudiants à une utilisation savante des technologies.

La frénésie numérique ne s'est pas amorcée sans bavure. Certains établissements scolaires américains ont investi dans le matériel technologique avec la certitude qu'une meilleure connaissance en découlerait naturellement. Le collège Jean-de-Brébeuf a pris soin de ne pas tomber dans ce piège. «Les machines sont là. Ça peut impressionner les gens, reconnaît Richard Guay, directeur des études de niveau collégial du collège Jean-de-Brébeuf, mais il faut toujours se poser la question: quand l'étudiant sort, qu'est-ce qu'il a fait avec tout ça?»

Presque nés avec un clavier entre les mains, les jeunes qui terminent leur passage à l'école secondaire «surfent», «googlent» et «twittent» de manière instinctive. Vrai. Mais la modélisation, la création de simulations, la résolution de calculs différentiels à l'aide de tabulateurs électroniques constituent des objectifs rudement plus complexes. «Les étudiants, au-delà de l'aspect ludique des technologies de l'information, sauf de rares exceptions, ne sont pas nécessairement très à l'aise dès qu'il s'agit de travail scolaire», remarque Richard Guay, à propos des élèves parfois déstabilisés une fois rendus dans un cours du programme Magellan.

Mis sur pied en 2004 en partenariat avec l'Université de Montréal, ce projet s'anime dans des cours dédiés à l'utilisation des ordinateurs et des logiciels à des fins scolaires ou scientifiques. Cette formation parallèle dure tout le long de la première année collégiale de l'étudiant et s'ajuste selon son champ d'étude. En sciences de la nature, par exemple, plusieurs séances sont consacrées à l'élaboration de formules dans Excel. En sciences humaines ou administratives, on étudie le logiciel analytique SPSS, tandis qu'en arts et lettres Photoshop est manipulé dans ses moindres options.

«On s'assure [...] que ce soit toujours très incarné et pas déconnecté de l'apprentissage scolaire. [...] Dès qu'il y a une déconnexion, il y a une perte d'intérêt. », constate Richard Guay.

Application

Une constante communication entre le personnel d'un même département permet d'intégrer les acquis durant la session. «Les professeurs sont très au fait de ce que nos étudiants apprennent en classe et ça permet de les dégager de leur responsabilité de faire un enseignement à la pièce», explique Jean Allard, qui donne des cours Magellan aux étudiants en sciences de la nature. Ainsi, un enseignant peut demander à son groupe d'effectuer un laboratoire, sans sacrifier du temps à expliquer un logiciel, sachant que ses étudiants se sont déjà familiarisés avec son fonctionnement. «Ça fait en sorte que les étudiants sentent rapidement l'intérêt d'être à l'aise avec les outils, puisqu'ils vont avoir à les utiliser dans le cadre de leurs autres cours», ajoute M. Allard.

Ce qui pourrait ressembler à un cours de méthodologie aux premiers abords n'en n'est pas un, du moins dans sa forme conventionnelle. Bien sûr, on y consacre des heures au traitement de textes, à la rédaction de rapports scientifiques ou à la validité des sources lors d'une recherche dans le web. Mais la démarche explore l'ordinateur comme un outil essentiel, non seulement dans la réussite scolaire, mais surtout dans l'exercice des disciplines. «L'ordinateur a entraîné des modifications dans l'approche des sciences, note Richard Guay. On pense entre autres à la question de la simulation. Déjà, des disciplines comme la météorologie ou l'économie avaient fait des pas en avant, mais là on est rendu beaucoup plus loin», soulignant que les plus récentes découvertes en physique sont redevables aux possibilités engendrées par les ordinateurs. Sans oublier que «le traitement numérique de l'information [...] a ouvert des champs qui n'existaient pas auparavant», comme la photographie et la vidéo numériques du côté des sphères artistiques. En salle de cours, le potentiel des expérimentations a aussi décuplé.

«La démarche numérique, ce n'est pas juste de demander à l'ordinateur de faire quelque chose, c'est aussi de travailler avec l'ordinateur, savoir comment il fonctionne, pour introduire des choses, modéliser et ensuite connaître les limites» dit-il, évoquant l'importance d'initier les experts de l'avenir à la troncature de données.

Une reconnaissance

Si l'étudiant satisfait aux exigences du programme Magellan durant ses deux sessions et à son examen final, il obtient sur son bulletin la mention «M», pour maîtrise. Richard Guay estime que la moitié des étudiants décrochent actuellement leur certification. Grâce à certains ajustements apportés récemment, le directeur des études collégiales se dit confiant de voir cette statistique s'élever à deux étudiants sur trois. Il affiche tout de même sa satisfaction à l'égard des résultats actuels lorsqu'il analyse le contexte.

«Si je coule mon examen de Magellan, je n'ai pas de conséquence. Ça ne m'empêchera pas d'avoir mon diplôme. Pour plusieurs étudiants, c'est la course à la cote R pour être admis dans les universités. Comme ça ne compte pas dans la cote R, ils mettent leur énergie ailleurs», justifie-t-il.

Mais s'il traverse le cheminement avec succès, l'étudiant reçoit un certificat officiel du collège et une lettre personnalisée de l'Université de Montréal «reconnaissant la pertinence de cette maîtrise pour la poursuite d'études universitaires».

S'agit-il des premiers jalons posés vers une certification dans l'ensemble du réseau collégial? Possible. Le collège Jean-de-Brébeuf planche actuellement, en partenariat avec l'Université de Montréal et Cégep@distance, sur le projet interordre Certitude. Le but: créer un incitatif, dans l'ensemble du système scolaire québécois, par l'entremise d'un examen, «qui serait éventuellement national, avec lequel les étudiants obtiendraient une reconnaissance de leurs compétences technologiques, mais par rapport à leur champ d'étude».