Pénurie de classes sur l'île de Montréal

Les commissions scolaires ne pourront pas attendre encore longtemps pour lancer des appels d'offres afin de construire de nouvelles écoles ou des agrandissements qui devront être prêts à temps.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les commissions scolaires ne pourront pas attendre encore longtemps pour lancer des appels d'offres afin de construire de nouvelles écoles ou des agrandissements qui devront être prêts à temps.

Unités préfabriquées, anciennes ou nouvelles écoles, locaux dans des centres communautaires ou des centres d'achat? Alors que les commissions scolaires de l'île de Montréal se demandent où elles logeront les milliers d'élèves en surplus au cours des prochaines années, et même dès cet automne, le plan de match du ministère de l'Éducation se fait toujours attendre.

«Les demandes [d'ajouts de locaux] sont faites et c'est clair qu'elles sont urgentes», a dit Jean-Michel Nahas, responsable des communications à la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys. Dans certains cas d'agrandissements, la commission scolaire a déjà commencé à se procurer tous les documents légaux pour effectuer les transferts d'élèves, sous réserve de l'approbation du MELS. «On prend tous les moyens pour que ça fonctionne. [...] Mais il faut attendre le ministère. La balle est dans son camp», a-t-il ajouté en disant espérer une réponse avant le printemps.

Les commissions scolaires ne pourront pas attendre encore longtemps pour lancer des appels d'offres afin de construire de nouvelles écoles ou des agrandissements qui devront être prêts à temps. «On pallie pour septembre prochain, mais il commence à y avoir une espèce de "crunch". Nous, pour agrandir des écoles, il faudra procéder par appel d'offres. Il faut voir que d'ici deux ou trois ans, nous aurons besoin de tous les locaux demandés», a souligné Alain Perron de la Commission scolaire de Montréal (CSDM). Il assure que cette réorganisation majeure de l'espace est réalisée en concertation avec les parents.

Des besoins criants à Montréal

Au printemps 2010, le MELS avait invité les commissions scolaires à évaluer leurs besoins en locaux et des rapports ont été déposés à la rentrée scolaire. Quelque 150 demandes d'ajouts de classes ont été formulées à travers le Québec. Les besoins les plus criants sont néanmoins sur l'île de Montréal, où bien des écoles sont déjà pleines à craquer. «C'est un gros dossier pour nous, c'est même historique de constater une telle hausse [d'élèves] alors qu'on entend parler de décroissance démographique», a reconnu M. Perron.

À la Commission scolaire de Montréal (CSDM), on s'attend à devoir recevoir 10 000 élèves de plus au cours des dix prochaines années. Dans son plan stratégique 2010-2015, la commission scolaire de la Pointe-de-l'Île fait état d'une augmentation de 15 % par année des inscriptions. À la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, trois secteurs sont aux prises avec de graves problèmes d'espace, soit l'Île des Soeurs, Pierrefonds et Saint-Laurent. Rien que dans ce dernier arrondissement, où l'on prévoit une augmentation de 51 % de la clientèle d'ici quatre ans, on demande l'ajout de 4 classes de maternelle et de 24 classes de niveau primaire. Et déjà, l'opération «ajout de classes» a déjà commencé. «D'ici septembre prochain, on aura cinq chantiers qui viendront à échéance, ce qui représente un ajout de 27 classes», a précisé M. Nahas.

Au-delà du baby-boom, on explique ce pullulement de petits écoliers à Montréal par la décision du gouvernement du Québec de hausser le plafond d'accueil de nouveaux immigrants de 45 000 à 55 000. Les nouvelles politiques du MELS exigeant une baisse dans le ratio enseignant/élèves dans les écoles de milieux défavorisés, et désormais partout jusqu'en 4e année du primaire, contribuent aussi au manque de locaux, en particulier sur l'île de Montréal.

Unités préfabriquées et dérogations

Dans l'arrondissement d'Ahuntsic-Cartierville, l'école Sainte-Odile, située sur le territoire de la CSDM, est déjà pleine à craquer. Il n'y a pas de bibliothèque faute d'espace et tous les locaux du pavillon principal sont occupés. Il n'y a qu'à l'annexe qu'on trouve une classe vide, construite cette année en prévision d'une augmentation de la clientèle cet automne. Mais ce ne sera pas assez, constate la directrice, Lucie Charrette, qui a déjà ouvert quatre nouvelles classes en trois ans. «Des unités temporaires sur le terrain vont être nécessaires et on espère que ça va être à court terme, a-t-elle indiqué. On nous a dit qu'elles pourraient être installées pendant l'été pour que tout soit prêt à la rentrée.»

De nouvelles familles bondées d'enfants s'installent actuellement aux Places L'Acadie et Henri-Bourassa, les nouveaux logements sociaux construits par la Ville de Montréal. «Ça va déborder sur les écoles autour, c'est sûr», a dit Mme Charrette en rappelant qu'elle sont déjà à pleine capacité.

Isolée, son école doit également affronter un problème géographique majeur, étant enclavée à l'ouest de l'autoroute 15, son territoire étant délimité au nord par la rivière des Prairies et à l'est par celui d'une autre commission scolaire. Peu d'écoles sont situées à proximité et ne peuvent donc pas absorber le surplus de clientèle.

En outre, les politiques d'admission de cinq nouvelles écoles de la CSDM, soit Louis-Colin, Marie-Rivier, Saint-Bernardin, Saint-Lucie et Saint-Mathieu, bénéficieront d'une dérogation pour permettre de rediriger certains élèves vers des écoles avoisinantes, ont relevé la semaine dernière des médias locaux d'Ahuntsic et de Saint-Michel. Ainsi, certains élèves résidant près d'une école pourraient être envoyés dans un autre établissement plus éloigné.
15 commentaires
  • Louis Fortin - Abonné 27 janvier 2011 07 h 03

    Manque de vision

    Et à quand des travaux majeurs pour remettre en état tous les bâtiments du secondaire. Peinture qui écaille, plafond qui coule, piscine fermée, mobilié usé, interrupteurs qui sortent des murs et c'est sans parler de la cours d'école, c'est ça mon milieu de travail. Socialement, il faudra faire des choix.

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 27 janvier 2011 07 h 33

    La farce

    La baisse de natalité des années 90 aurait dû entrainer une baisse des budgets de l'Éducation, ce qui aurait permis de transformer les enveloppes vers la Santé, vieillissement de la population oblige.

    A la place, on a ouvert les politiques de l'immigration et on a réduit le nombre d'élèves dans les classes, tout ça dans le but de sauver les jobs des enseignantes et des enseignantes, ainsi que la nomenklatura. Résultat: les budgets de l'Éducation n'ont cessé d'augmenter et, après avoir fermé les vieilles écoles dans les années 80, on est en plus poigné pour reconstruire de nouvelles écoles.

  • Daniel Vézina - Inscrit 27 janvier 2011 07 h 44

    Hahaha "nous étions prêts..."

    ... à vous donner un système tel que le RQAP, mais rien d'autre n'a suivit pour soutenir ce mini baby-boom.

    Ça a commencé avec les CPE... pensiez-vous que cela irait mieux lors de l'arrivée à l'école de ces enfants ? 2006 5 = 2011...

    Préparez-vous à la crise en Septembre...

    Merci M. Charest !

  • alen - Inscrit 27 janvier 2011 08 h 47

    Après ça, on se demande ...

    ... pourquoi les jeunes décroches?..

  • Marie Mance Vallée - Inscrite 27 janvier 2011 08 h 53

    Improvisation

    Depuis des années, nos politiciens, tous partis confondus, ont encouragé une immigration incontrôlée, sans penser un seul instant à revoir les structures d'accueil en éducation et en santé, entre autres.

    Et si les débordements dans les urgences et la pénurie de médecins étaient dûs à une immigration non contrôlée ?

    50 000 immigrants annuellement correspond à une ville de 50 000 habitants. Qu'ont prévu nos politiciens à ce sujet ? Pas grand'chose, il semble bien.

    Que de l'improvisation ! Et Baptiste Tremblay devra payer.