L'Université Concordia dans le collimateur de Québec

Judith Woodsworth<br />
Photo: Archives Le Devoir Judith Woodsworth

Québec questionne l'Université Concordia sur ce qui semble être un problème de portes tournantes qui a entraîné, depuis deux ans, les départs successifs de deux recteurs et de nombreux cadres, administrateurs et professeurs. Le dossier a coûté plus de deux millions de dollars en fonds publics.

Comme l'a confirmé hier au Devoir le cabinet de la ministre de l'Éducation, l'entourage de Line Beauchamp a contacté cette semaine la haute direction de l'Université Concordia. Bien qu'il s'agisse d'un dossier de «régie interne» à l'université, la ministre s'interroge sur la situation réelle au sein de l'établissement. C'est d'autant plus vrai que d'importantes indemnités de départ ont été versées. Pour les deux recteurs, la dépense de fonds publics s'élève à plus de deux millions de dollars, sans compter les primes payées aux autres personnes visées.

L'intervention ministérielle vient donner une nouvelle coloration au dossier. À Concordia, on tentait toutefois hier de minimiser la situation, et ce, bien qu'en coulisse, certaines personnes proches de la tourmente parlaient de décisions financières douteuses au sein de l'université ainsi que de tiraillements sur la gouvernance de l'établissement. «Le climat est très malsain», a précisé une source qui a requis l'anonymat par crainte de représailles.

La porte-parole de l'Université Concordia, Christine Mota, a cherché à se montrer rassurante. Selon elle, la ministre voulait des clarifications sur les motifs du départ de la rectrice Judith Woodsworth. «Il n'y a pas d'inquiétude, mais la ministre va regarder de près ce qui va se dérouler dans les prochains jours et les prochaines semaines. Et s'il faut parler avec la ministre, on va le faire certainement», a-t-elle ajouté.

Le 22 décembre dernier, le conseil d'administration de Concordia annonçait le départ pour «des raisons personnelles» de la rectrice Judith Woodsworth. Cette dernière a affirmé plus tôt cette semaine, sur les ondes de CTV, qu'il s'agissait plutôt d'un congédiement. Mme Woodsworth a expliqué que certains membres du conseil d'administration avaient perdu confiance en elle. Aucune précision n'a été apportée. Mme Woodsworth n'a pu être jointe hier.

Le président du conseil d'administration, Peter Kruyt, vice-président de Power Corporation, a souligné dans un communiqué de presse, diffusé en décembre, le «leadership» et les «réalisations» ainsi que l'«engagement» de la rectrice. M. Kruyt a refusé hier la demande d'entrevue du Devoir.

Mme Woodsworth a reçu une indemnité de départ de 703 000 $, soit l'équivalent de deux années de salaire, comme le prévoit son contrat. Son prédécesseur, Claude Lajeunesse, avait également quitté ses fonctions en 2007 avec une indemnité, cette fois de 1,3 million. M. Kruyt avait alors publiquement salué l'engagement de M. Lajeunesse à l'égard de la communauté universitaire. Hier, la porte-parole de Concordia a toutefois précisé qu'il y avait mésentente entre les parties, ce qui avait forcé M. Lajeunesse à quitter l'établissement.

En plus de ces départs dans un contexte nébuleux, de hauts dirigeants (au moins cinq personnes), des administrateurs et des professeurs ont quitté leurs fonctions depuis deux ans. L'université précise qu'il s'agit, pour la plupart d'entre eux, de départs à la retraite ou d'une réorientation de carrière. «Dans une université, ce n'est vraiment pas exceptionnel. Il y a toujours beaucoup de mouvements», a assuré Christine Mota.

Selon les informations recueillies par Le Devoir, certaines démissions n'étaient pas volontaires.

Dans l'immédiat, c'est le secrétaire général et vice-président des affaires externes de l'université, Bram Freedman, qui a pris la relève de Mme Woodsworth. M. Freedman siège également au conseil d'administration de la Fondation de Concordia, entièrement dédiée au développement de l'université, de la recherche et à l'accès aux études supérieures.

Au cours des prochaines semaines, Concordia devra confier le rectorat de façon intérimaire à une personne. En parallèle, le conseil d'administration enclenchera le processus de recrutement d'un nouveau recteur permanent. Ces démarches pourraient s'étendre sur plus d'une année, a expliqué Mme Mota.

L'Université Concordia est en situation déficitaire depuis quelques années. Pour l'année 2008-2009 (les derniers résultats disponibles), le déficit accumulé s'élève à 9 millions de dollars. Le rapport annuel pour 2009-2010 est présentement en préparation. Selon Mme Mota, il devrait démontrer que Concordia est parmi les universités avec le plus bas déficit financier.

***

Avec la collaboration de Lisa-Marie Gervais
9 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 8 janvier 2011 09 h 02

    Pourquoi voter?

    Il y a ce sénateur qui a des dépenses même s'il ne siège pas.
    Il y a cette rectrice qui empoche sa prime de départ à mi-mandat.
    Quelque part, le citoyen ordinaire se dit qu'il se fait avoir.
    Pourquoi voter?

  • Benjamin Berman - Inscrit 8 janvier 2011 09 h 20

    Concordia devrait être vraiment bilingue!

    Lorsque je suis arrivé de Vancouver pour faire mes études à l’Université de Montréal, je trouvais que c’était vraiment génial qu’il y ait aussi une université bilingue à Montréal, l’Université Concordia. Or, quand je m’y suis rendu, je ne comprendrais pas : en dépite de la prétention d’être une institution bilingue, l’Université Concordia est quasiment 100% anglophone.

    Alors, même si je ne suis pas un contribuable du Québec, à mon avis, le gouvernement québécois ne devrait pas subventionner l’Université Concordia jusqu’à ce qu’elle devienne vraiment bilingue.

    On a déjà McGill à Montréal, alors on n’a pas besoin d’une autre université exclusivement anglophone, mais une qui est bilingue serait plus logique.

  • Michel Page - Inscrit 8 janvier 2011 10 h 47

    Fonds publics: déséquilibre du financement accordés aux universités anglophones, dont Concordia

    Dans tout ce débat qui s'installe et perdure sur la question du financement des universités, il serait honnête de mettre dans la balance la surrénumération (le ratio masse salariale/étudiant , et la surreprésentation dans des secteurs dont la pertinence n'a de raison que dans l'esprit des administrateurs: trop de filières, trop de pseudo disciplines dans le domaine des sciences de l'Home ou de la gestion, etc.).
    De plus, il semblerait que le secteur anglophone serait surfinancé par rapport à la population anglophone. La pertinence de l'Université Concordia devrait être revue, certains secteurs pourraient être jumelés/fusionnés ; à l'UQUAM ou à MCGill et le financement public de l'Université Concordia réduit.
    · Il existerait un déséquilibre systémique et récurrent : alors que la population anglophone du Québec est de moins de 10 % de la population totale, les universités anglophones du Québec recevraient quelque 25% subventions gouvernementales. Ce qui revient à dire que les universités francophones ne reçoivent pas la juste part qu'elles devraient recevoir pour l'enseignement et la recherche en français; alors même que les francophones de l’Ontario n’ont pas d'université francophone (des universités bilingues, sous l’Administration d’Universités anglosaxonnes)

    Pour une question de justice envers la majorité, il est grand temps que le réseau d'enseignement anglophone au Québec ne soit subventionné qu'au prorata de la proportion des anglophones au Québec, et surtout que la pertinence du financement de l’université Concordia soir remis en question dans les domaines où elle ne professe qu’une duplication de ce qui se fait ailleurs (UQUAM, ou l’excellente Université McGill par exemple,) L'université Concordia devrait-elle être biligue? Peut-être. à défaut sa taille devrait être réduite et le financement public à cette université coupé.

    Il faudrait aussi mettre ans la balance les pertes irresponsabl

  • Gilbert Talbot - Abonné 8 janvier 2011 11 h 23

    C'est à cause du «nationalisme québécois.»

    Selon un éditorial du National Post de Toronto, publié il y a quelques années, (au moment de la tuerie à Dawson) : «S'il y a tant de problèmes à Concordia, ce doit être à cause du nationalisme québécois» qui étouffe ses recteurs, assassine ses étudiants et rend fou ses professeurs.», elle qui ne cherche pourtant que la «concorde» entre ses membres. S'ajoute à cela que la pauvre Concordia habite la province la plus corrompue du Canada, ce qui doit malheureusement influencé de la pire façon son administration. L'UQÀM n'est-elle pas le pire exemple qu'on puisse lui donner ?

  • Pierraud - Inscrit 8 janvier 2011 13 h 14

    Ça ne me surprend pas, encore une affaire de ti-zamis...

    Écoeuré bin raide de cette gamique répugnante et y'a pas un galeux de politicien assez honnête pour mettre un stop à ça. Oui vous avez raison M. Dugal, ça nous donne quoi d'aller voter aujourd'hui lorsqu'on se rend compte que la politique canadienne est devenu aussi malade et dégoutante que celle d'Haïti, c'est comme les pédophiles qui s'engagent dans les clergés afin d'être plus près des enfants pour les abuser sexuellement, les politicens se lancent en politique pour être plus près de notre argent pour nous exploiter et s'en mettre plein les poches à eux et à leurs amis.

    Avec tout ce que nos bons gouvernements nous enlèvent il ne nous reste presque plus rien à perdre... une bonne révolte c'est ce que ça prendrais