Le théâtre au secondaire - L'école Saint-Louis inscrit sept périodes d'art dramatique par cycle de neuf jours

Martine Letarte Collaboration spéciale
Cours d’art dramatique à l’école secondaire Saint-Louis, à Montréal<br />
Photo: Source CSDM Cours d’art dramatique à l’école secondaire Saint-Louis, à Montréal

Plusieurs écoles secondaires offrent aux élèves de faire de l'art dramatique. Dans certains cas, les cours sont même plutôt intensifs. Dans quel but? Qu'y enseigne-t-on et qu'est-ce que cela apporte aux élèves? Le Devoir a voulu savoir.

L'école secondaire Saint-Louis, de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), est la seule école à vocation particulière au Québec où tous les élèves font de l'art dramatique. Ils ont le choix entre le programme d'interprétation, où ils apprennent à jouer, ou de production, où ils apprennent différents métiers de la scène. Est-ce pour en faire des comédiens ou des artisans professionnels ? Pas du tout, affirme Julie Duchesne, directrice de l'école.

«Notre objectif, c'est d'enrichir le développement de l'élève sur les plans personnel, culturel et artistique. Nous voulons lui donner un bagage culturel, l'amener à développer ses habiletés de communication et d'expression et sa créativité. En réalité, seulement quelques finissants par année décident de poursuivre leurs études dans le domaine du théâtre», indique-t-elle.

D'autres décident même de poursuivre leurs études en sciences de la nature, puisqu'ils ont la possibilité de faire leurs cours de sciences comme dans toutes les autres écoles. Pourtant, les élèves ont sept périodes d'art dramatique par cycle de neuf jours.

«Pour que ce soit possible, les élèves n'ont pas d'autre option artistique. Ils doivent voir le même programme que tous les autres, mais on voit la matière un peu plus rapidement. Mais cela ne les empêche pas de faire quoi que ce soit par la suite. D'ailleurs, plusieurs ont bien du plaisir à faire du théâtre au secondaire, mais ils ont envie de faire autre chose après», explique Mme Duchesne.

Ce fut le cas de Marie-Ève, qui a fréquenté il y a une dizaine d'années l'école secondaire de la Courvilloise, à Beauport, qui offre une concentration théâtre.

«J'ai vraiment aimé faire du théâtre au secondaire. Ça compensait les cours "plates"! Mais je ne me voyais pas trop faire ça comme métier, par exemple. Je me serais tannée des costumes, du maquillage, des perruques et des tournées, je crois», explique au Devoir celle qui fait aujourd'hui carrière en marketing.

Pour quel genre d'élèves ?

Pour réussir toutes les matières enseignées au secondaire dans un rythme légèrement accéléré, faut-il être très doué? À Saint-Louis, on affirme que non.

«Nous ne sommes pas une école élitiste, précise Mme Duchesne. Il n'y a pas de sélection à partir des notes. On demande seulement que les élèves réussissent leurs matières, donc qu'ils aient au moins 60 %. Nous avons toutes sortes de profils, même certains élèves qui sont en difficulté d'apprentissage, mais ils ont choisi l'école parce que le projet les intéresse, donc ça les motive et ça leur donne le goût de continuer.»

Les élèves doivent tout de même passer une petite audition avant d'être acceptés. «Il n'y a rien à préparer, c'est seulement un petit exercice de jeu en groupe. On vérifie les habiletés de base, la capacité de s'exprimer et la créativité du jeune. Il doit aussi faire une entrevue individuelle où on mesure sa motivation, son intérêt pour le projet, ses expériences antérieures, etc.», ajoute Mme Duchesne, en précisant que l'école, qui a pris le virage de la vocation particulière en 2004, accueille un peu plus de 350 élèves.

L'établissement a d'ailleurs la chance, grâce à l'appui de la CSDM, de pouvoir garder ses classes à 22, 23 ou 24 élèves environ. «Cela nous permet d'avoir une bonne proximité avec les élèves et assure que chacun ait sa place. Nous tenons à les faire participer, à les faire jouer sur scène à parts égales», précise Julie Duchesne.

Le programme

À l'école Saint-Louis, le programme d'art dramatique commence par aborder le théâtre de marionnettes et le clownesque. «Ensuite, en deuxième secondaire, on voit le théâtre grec et la commedia dell'arte. En troisième, on voit les grands classiques, avec Shakespeare et Molière. En quatrième, c'est le théâtre québécois, et en cinquième, le théâtre contemporain. Chaque année, les élèves explorent une partie du répertoire théâtral et ils découvrent des auteurs», explique la directrice.

Est-ce que les élèves s'intéressent aux grands classiques?

«C'est certain que c'est toujours un défi pour les professeurs, mais ils arrivent à les intéresser en utilisant par exemple le multimédia et en faisant des parallèles avec la culture actuelle. Les élèves aiment aussi pouvoir participer à un processus de création qui peut se faire à partir d'une oeuvre classique», explique la directrice.

Pendant l'année scolaire, les élèves montent deux pièces de théâtre, soit une en décembre et une au printemps. Ils doivent aussi participer à des répétitions hors horaire pour préparer les spectacles.

«En première et deuxième secondaires, nous présentons les pièces à l'école. Ensuite, c'est au cégep de Maisonneuve et au théâtre Gesù, donc la salle est toujours de plus en plus grande. Aussi, plus les élèves avancent dans leur parcours, plus les deux options, interprétation et production, travaillent en étroite collaboration», explique Mme Duchesne. Les élèves font aussi différentes activités pour travailler sur leurs intonations, leur voix, les techniques de jeu, leur écriture, etc. Ils font aussi, à Saint-Louis, des ateliers avec des techniciens professionnels et ils vont voir de trois à cinq pièces de théâtre professionnel par année.

«Ils font par la suite une critique ou une analyse et ils en discutent en classe. Ça leur donne un bagage culturel très riche et ça forme le public de demain, parce qu'il y a bien des chances que ces élèves continuent par la suite d'aller voir des pièces de théâtre», croit Mme Duchesne.

Est-ce rêver en couleur ?

Du moins, cela s'est réalisé pour Marie-Ève. «Il n'y a pas une année qui passe sans que j'aille voir une pièce», affirme celle qui a maintenant près de 30 ans.

L'art dramatique permet aussi aux élèves de développer leurs compétences en communication, croit Mme Duchesne. «Ils sont à l'aise pour s'exprimer en public, proposer des idées et amener des critiques constructives. Ils développent aussi des compétences à travailler ensemble, à entendre le point de vue des autres et à s'ajuster. Ce sont des choses qui leur serviront toute leur vie.»

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Collaboratrice du Devoir