La Centaurée - L'univers équestre est devenu un outil de développement régional

Denis Lord Collaboration spéciale
Avec La Centaurée, Alain Veilleux et Marie-Claude Bouillon entendent à la fois contribuer à la revitalisation de Notre-Dame-du-Rosaire et combler un manque dans la formation en cirque équestre.
Photo: Denis Lord Avec La Centaurée, Alain Veilleux et Marie-Claude Bouillon entendent à la fois contribuer à la revitalisation de Notre-Dame-du-Rosaire et combler un manque dans la formation en cirque équestre.

Notre-Dame-du-Rosaire, MRC de Montmagny, quelque 400 habitants. Il n'y a plus d'école, et l'an dernier le dépanneur/station-service a failli fermer. C'est à la dynamisation de ce village — et plus encore — qu'entend contribuer La Centaurée, un centre de formation, de recherche et création et, enfin, de diffusion en cirque et cirque équestre.

La Centaurée a des racines à Notre-Dame. Marie-Claude Bouillon y a établi son élevage de chevaux voilà plus de 10 ans et y rode les spectacles de sa compagnie, Luna Caballera. Ses productions (Ferghana, Terra, les chevaux du Nouveau Monde, etc.) ont été diffusées dans la région mais aussi au Saguenay, à Montréal et à Québec. Marie-Claude Bouillon a mis sur pied La Centaurée avec Alain Veil-leux, un collaborateur de longue date de Luna Caballera, jadis trapéziste, aujourd'hui metteur en scène circassien possédant une expérience internationale. Depuis 2008, leur poulain bénéficie de la mesure des laboratoires ruraux inscrite dans la Politique nationale de la ruralité 2007-2014. La municipalité et le Centre local de développement (CLD) appuient le projet.

La Centaurée entend donc ériger à Notre-Dame-du-Rosaire un centre artistique ayant pour bâtiment principal un chapiteau en bois de 450 places, de forme octogonale, inspiré du patrimoine agricole de la Côte du Sud. Ce lieu sera conçu et équipé pour les besoins des spectacles et la formation. On parle ici d'une piste circulaire, de gradins, d'un manège et de box, d'un parc technique adéquat. Le lieu sera utilisé pour le programme de résidence de recherche et création en cirque. «Au Québec, explique Alain Veilleux, il n'y a que La Tohu qui propose une telle chose. Le monde du cirque prend de l'ampleur au Québec depuis 25 ans, mais il est centralisé à Montréal et Québec. Il est temps d'offrir aux artistes de cirque un autre lieu, hors des grands centres, où le processus de création pourra se lier à un environnement différent.»

Selon le président de La Centaurée, le programme de résidence d'artiste permettra de soutenir la recherche et la création dans un environnement forestier inspirant. Les artistes pourront de surcroît partager leur travail avec les étudiants, présenter localement des spectacles.

Pour ce qui est de la formation qui s'y donnera, elle touchera le cirque mais principalement le cirque équestre, une première en Amérique du Nord dans ce dernier cas. Les 1100 heures de cours dispensées, en collaboration avec le Centre d'études collégiales de Montmagny, se traduiront par une attestation d'études collégiales (AEC), s'enrichiront de classes de maître, d'un programme de loisirs, de conférences et d'é-changes avec d'autres écoles du Québec et d'ailleurs. «Dans la première moitié de la formation, précise Alain Veilleux, les élèves pratiqueront différentes disciplines équestres comme la voltige cosaque, le travail de liberté, la jonglerie sur cheval, etc. Ils choisiront ensuite une spécialité et monteront un numéro. À l'été, ils seront stagiaires dans un spectacle de Luna Caballera présenté par La Centaurée.»

Retombées

L'implantation de La Centaurée à Notre-Dame-du-Rosaire a été retardée par le dépassement des coûts d'infrastructure prévus et le passage d'une route de déviation sur le terrain cédé par la municipalité. La première phase d'implantation des infrastructures devrait débuter cet été, la formation, en janvier 2012. «C'est plus long que prévu, constate Alain Veilleux. mais il faut dire que nous avons été ambitieux. Les gens du ministère des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire sont conscients qu'il faut y mettre le temps pour implanter un projet de cette envergure en région. Le CLD et la municipalité continuent de nous appuyer.»

La Centaurée a tout de même rempli une partie de son mandat en donnant un atelier de voltige équestre en mai, en collaboration avec le Centre local d'emploi de Montmagny, et en diffusant à Lévis, du 29 juillet au 22 août dernier, le spectacle KapharnaÜm Cirkus. Un fil narratif associait musique, acrobatie et jonglerie aux numéros de cirque équestre. Des gens de Notre-Dame-du-Rosaire et de la MRC ont contribué à la présentation du spectacle: billetterie, entretien, etc.

L'ambition de La Centaurée, son objectif, c'est de créer 15 emplois réguliers dans la collectivité, une trentaine à temps partiel et plus de 150 emplois indirects dans les entreprises de services et touristiques. On parle aussi d'attirer 20 nouvelles familles dans les municipalités dévitalisées environnantes.

«Pour la région, il s'agit d'un projet important et rassembleur, souligne Alain Veilleux, véritablement soutenu par la population de Notre-Dame-du-Rosaire. Les retombées seront multiples, et ce, à tous les niveaux. La Centaurée permettra d'apporter des solutions à long terme à des problèmes locaux en stimulant le tourisme, en créant un sentiment de fierté dans la région, en provoquant l'émulation chez les jeunes. De plus, ce projet novateur favorisera les échanges culturels, le développement d'une expertise artistique et régionale, la création et le transfert des connaissances.»

Le cheval à l'école

S'il y a une formation qui est tout de même, et depuis de longue date, commencée à Notre-Dame-du-Rosaire, c'est celle des chevaux oeuvrant pour Luna Caballera et, en fin de compte, à La Centaurée. On y retrouve des Clydesdale, des lusitaniens, des boulonnais et des canadiens. La Centaurée a d'ailleurs conclu un protocole avec l'Association québécoise du cheval canadien pour accroître la disponibilité des chevaux de cette race, presque disparue dans les années 70. Le désir de mettre de l'avant le canadien correspond à un attachement au patrimoine et à l'imaginaire québécois, qui s'est manifesté dans Terra, les chevaux du Nouveau Monde et KapharnaÜm Cirkus.

«Le cirque équestre se divise en plusieurs catégories, explique Marie-Claude Bouillon, une des très rares enseignantes dans ce domaine au Québec. Dans la voltige, par exemple, le cheval s'associe à un acrobate, dans le travail en liberté, il évolue sans contact avec le cavalier. Mon travail est de découvrir la discipline qui convient le mieux à son tempérament. Les lusitaniens, par exemple, sont très propices à la haute école, qui est peut-être la discipline la plus difficile, en raison de leur conformation, de leur sens de l'équilibre et de leur tempérament. Ils ont été très utilisés en tauromachie. Il faut parfois travailler jusqu'à deux ans avec un cheval avant de se rendre compte qu'il ne sera pas à sa place dans un cirque, qu'il ne s'adaptera pas à la foule, aux lumières.»

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Collaborateur du Devoir

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