Québec sort la religion des garderies

La ministre Yolande James a assuré hier qu’il n’était pas question de sortir les sapins de Noël des CPE: «Il y a une différence entre enseigner la religion et souligner les aspects culturels d’une fête ou d’une tradition.»<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La ministre Yolande James a assuré hier qu’il n’était pas question de sortir les sapins de Noël des CPE: «Il y a une différence entre enseigner la religion et souligner les aspects culturels d’une fête ou d’une tradition.»

La centaine de services de garde qui font l'enseignement de la religion aux tout-petits devront se conformer à une nouvelle directive bannissant l'«apprentissage religieux» sous peine de se voir retirer, en tout ou en partie, leur subvention.

C'est ce qu'a confirmé hier la ministre de la Famille, Yolande James, en dévoilant la directive et le guide d'application auxquels devront se plier tous les centres de la petite enfance et les garderies subventionnées d'ici juin 2011. Une centaine de ces garderies de différentes confessions — équivalant à quelque 2000 places — seraient visées par cette directive.

Les règles édictées par Québec interdiront l'«apprentissage religieux», soit le «fait qu'un enfant soit soumis de façon répétée à des activités visant à lui inculquer la croyance, le dogme ou la pratique d'une religion spécifique». Elles permettront toutefois les manifestations culturelles liées à une fête religieuse, les régimes alimentaires fondés sur des préceptes religieux ou la participation à une activité inspirée par une coutume.

«Il faudra faire la part des choses», a insisté Mme James hier, en précisant qu'il n'était pas question de «sortir les sapins de Noël de nos CPE». «Il y a une différence entre enseigner la religion et souligner les aspects culturels d'une fête ou d'une tradition.»

Le gouvernement a concocté ces règles en tout respect des chartes des droits. En clair, cela signifie qu'une technicienne de garderie soucieuse d'exprimer sa foi pourra, durant ses heures de travail, faire une prière, s'adonner aux chants religieux, voire distribuer des bénédictions, en plus d'avoir accès à un lieu de prière. Mais elle ne pourra inciter les enfants à faire de même. Les ministres du culte ne seront plus les bienvenus dans les garderies.

Directive «facile à contourner»

Le Parti québécois, qui réclamait pourtant des changements semblables depuis huit mois, estime que la directive énoncée hier est insuffisante et «facile à contourner». La porte-parole en matière de famille, Carole Poirier, a souligné qu'il ne serait pas interdit de sélectionner les enfants en fonction de la religion de leurs parents, ce qui lui semble une faille.

Un bambin pourra ainsi être refusé par une garderie subventionnée située près de chez lui sous prétexte que ses parents ne pratiquent pas la bonne religion ou n'appartiennent pas au bon groupe ethnique. Par ailleurs, le manque d'inspecteurs, déjà flagrant, constituera un obstacle de taille à l'application de la nouvelle règle, selon la députée péquiste. Les renforts promis en avril dernier n'ont en effet pas encore été recrutés ni formés.

Pour sa part, l'Association des garderies privées (AGPQ) s'inquiète déjà de voir des inspecteurs, dont elle a souvent décrié les décisions arbitraires, se mêler d'un dossier «aussi sensible et délicat que celui de la religion». «Nous nous questionnons fortement sur la façon dont le dossier sera traité au quotidien», a confié le directeur général Jean-François Belleau. L'AGPQ promet de rester vigilante et de dénoncer toutes les situations qui lui sembleront «abusives».

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D'après La Presse canadienne
5 commentaires
  • Duchêne Denys Mehdi - Inscrit 18 décembre 2010 07 h 45

    La sagesse du gouvernement.

    Tout en annoncant une directive louable en ce qui concerne l'enseignement religieux, le gouvernement a eu la décence de ne pas toucher aux ports de signes religieux en garderie, aux symboles( objets) ou à la nourriture particulière pour les jeunes de certaines communautés.

    Mais ce que l'info du Devoir ne précise pas, c'est que les garderies en milieu familial sont exemptées de ces directives. Le gouvernement n'a manifestement pas souhaité se lancer dans des contestations judiciaires au fait qu'elles opèrent en résidence privée.

    Mais peu importe cette directive encourageante le P.Q poursuit sa croisade contre la liberté de conscience. Ce parti politique de plus en plus déplaisant avec sa vision du nationalisme ethnique au détriment du nationalisme civique se fait de moins en mois d'amis parmi les communautés culturelles. Un parti de plus en plus fermé sur lui-même à l'instar de certaines autres formations politiques européennes(blanc, catho et franco). Un parti qui nage à contre-courant de la réalité québécoise où ce type d'électeurs est en régression plutôt qu'en augmentation.

    Ha oui, il s,en trouvera sur cette tribune(les extrèmistes de la laicité habités de leurs mépris habituel pour la liberté de conscience) pour déchirer leurs chemises et repartir en croisade jugeant cette directive gouvernementale insuffisante. Et pourtant, soulignons qu,elle touche que 2,000 places en garderie sur un total de 214,000.

  • Mario Bertrand - Inscrit 18 décembre 2010 13 h 19

    L'État impose sa religion aux garderies

    « Quelles que soient les lois politiques qui régissent les hommes dans les siècles d'égalité, l'on peut prévoir que la foi dans l'opinion commune y deviendra une sorte de religion dont la majorité sera le prophète. [...] Et j'aperçois comment, sous l'empire de certaines lois, la démocratie éteindrait la liberté intellectuelle que l'état social démocratique favorise, de telle sorte qu'après avoir brisé toutes les entraves que lui imposaient jadis des classes ou des hommes, l'esprit humain s'enchaînerait étroitement aux volontés générales du grand nombre. (1) »

    Quelle hypocrisie d'adopter des lois qui limitent les libertés individuelles sous prétexte que des fonds publics sont en jeux. Il faut être aveugle ou dupe pour ne pas y voir encore une fois la soif de pouvoir de l'État Providence qui sape les droits les plus fondamentaux de ses citoyens pour imposer sa vision du monde — « sa religion », en quelque sorte. Comme si la garantie du bien commun doit passer obligatoirement par des services financés et gérés par l'État? Un contribuable n'a-t-il plus le droit de choisir une garderie ou une école selon sa liberté de conscience parce que l'État la finance? On ne s'est pas battu pour se libérer de la toute-puissance ultramontaine pour la remplacer par une autre toute-puissance tout aussi arrogante qui brandit, au nom de la démocratie, la carotte du service et le bâton du financement. Si ce n'est pas de la manipulation, dites-moi ce que c'est? Car, admettons-le, la liberté de choix devient de plus en plus coûteuse au Québec. Du moins, pour ceux qui ne veulent pas suivre bêtement le troupeau.

    « Pour moi, quand je sens la main du pouvoir qui s'appesantit sur mon front, il m'importe peu de savoir qui m'opprime, et je ne suis pas mieux disposé à passer ma tête dans le joug, parce qu'un million de bras me le présentent. (2) »

    1. Tocqueville, « De la Démocratie en Amérique II », première partie, chapitre 2.
    2. Toquevill

  • Michel Page - Inscrit 18 décembre 2010 20 h 02

    Accord partiel avec les commentaires précédents: Libertaire et liberté, mais sans oublier nos traditions religieuses chrétiennes, source de cohésion et de solidarité sociale

    Il n'y a pas de pays sans une identité forte faite de l'ensemble des traditions, dont de la tradition religieuse séculaire
    @I. Belanger
    La religion chrétienne fait parti du patrimoine culturel, et des traditions; elle constitue un liant de la société québécoise et canadienne. Le nihilisme que le mouvement laïcité semble professer avec dirais-je une certaine obstination intégriste, n'est pas le salut d'une société tellement désagrégée qu'elle perd en identification positive et en cohésion.
    Ici, notre tradition est d’essence démocratique, l’égalité des hommes et des femmes prévaut, la langue commune de la société québécoise est le français et notre tradition, notre histoire relèvent de la contribution de la religion chrétienne (ne pas mélanger religion avec tradition, nous sommes de traditions judéo-chrétiennes, que cela plaise ou non.
    Voilà essentiellement des données de notre être identitaire

    "Je me souviens, donc je peux continuer à constituer une société viable, stable et prospère" Se souvenir et perpétuer pour mieux se projeter dans l'avenir est déjà source de Liberté (Tocqueville serait assez d'accord... (chap 5 livre!) au sein d'une démocratie saine.


    Addemdun: Le choix jadis donné entre le cours de religion catholique (chrétienne) et un cours de morale convenait mieux au respect de nos traditions et à la pérennité d'une société stable (Maintenant 91% de la population (c'est la proportion de Stat Canada de 2006 de la proportion de la population de tradition religieuse chrétienne au Québec, est brimée pour satisfaire quelques laicistes et éviter des revendications qui viendront de toute manière. Le bon sens inciterait à faire le rappel de nos trstions et à respecter l'immense contribution des communautés religieuses dans les domaines cuulturels, de l'enseignement, des soins de santé...cela est; il, en est ainsi, à moins de vouloir se dénaturer en se dépuillant des richesses dont nous enseigne not

  • Benoît Evans - Inscrit 18 décembre 2010 21 h 44

    Deux poids, deux mesures!

    Pourquoi le gouvernement subventionne-t-il les écoles primaires et secondaires privées confessionnelles mais refuse maintenant de subventionner des garderies confessionnelles?

    Pourquoi un père ou une mère qui garde son enfant à la maison peut-il ou elle inculquer des préceptes religieuses à son enfant mais un parent qui est obligé à confier son enfant à une garderie n'aura plus le droit de choisir une garderie confessionnelle?

    Le Québec prétend prôner une laïcité « ouverte » mais en fait semble de plus en plus vouloir ériger la sécularisme en relgion d'état.

    Il y a aussi une sorte de racisme ou plutôt ethnocentrisme qui est évident dans la prétention que certains symboles ne sont pas (ou plus) religieux mais sont aujourd'hui « culturels ». En vertu de ce prétexte, notre État, qui se dit « neutre » a rejeté la recommendation de la Commission Bouchard-Taylor d'enlever le crucifix de l'Assemblée. Notre gouvernement croit-il vraiment que le citoyent ordinaire considère le symbole prééminent du christianisme ne sois rien de plus qu'un symbole « culturel », comme une ceinture fléchée ou del la poutine. Même Ti-Coune ne serait pas trompé par cette illusion.

    Il faut que nous soyons vigilants pour éviter de confondre la démagogie et la démocratie.

    La démagogie est l’utilisation du pouvoir par la multitude pour imposer l’uniformité.

    La démocratie est l’utilisation du pouvoir par la majorité pour faire régner la justice et pour assurer le respect des différences sociales et culturelles.

    L’auteur français Antoine de Saint-Exupéry a fait cette distinction en ces mots :

    « La démagogie s'introduit quand, faute de commune mesure, le principe d'égalité s'abâtardit en principe d'identité. »

  • Jeannot Vachon - Inscrit 22 décembre 2010 07 h 42

    La frousse des religions

    Le gouvernement veut bloquer tout message religieux dans les garderies. Mais que s’est-il passé au Québec pour qu’on passe d’une société chrétienne à une société qui a la frousse des religions? Est-ce que nos parents et grands-parents, qui ont été élevés dans une pratique fidèle de la religion, ont si mal tourné? La religion a-t-elle provoqué des crimes, des guerres, de la violence? A-t-elle enseigné à être de mauvais citoyens, de mauvais époux, de mauvais parents? Je dirais que c’est exactement le contraire.

    La religion a un impact beaucoup plus fort sur l’honnêteté et l’éthique d’un individu que de simples leçons de morale appuyées par d’éventuelles sanctions. Des dérapages, il y en a eu bien sûr, comme dans tous les domaines d’ailleurs. Mais le bilan des religions est de loin plus positif pour une société que les morales élastiques de la laïcité.

    On veut maintenant pénaliser les parents qui ont encore la foi et souhaitent que leurs enfants puissent baigner dans le système de valeurs qu’ils partagent avec leur communauté. Les contribuables croyants seront privés de subventions, lesquelles seront accaparées par les contribuables laïques.

    On ne laissera aux jeunes enfants que certains vestiges propres à notre passé catholique, pour ne pas brusquer les québécois de souche et, bien sûr, les niaiseries comme les contes de fée et la croyance au père Noël. Mais si on place une crèche sous l’arbre de Noël pour rappeler l’histoire sainte, des boubous macoutes se précipiteront pour vous rappeler à l’ordre, un ordre laïc et hostile à toute croyance religieuse.