Tests PISA en éducation - Le Canada perd des plumes dans le peloton de tête

Paris — Les élèves canadiens sont en recul, même s'ils se classent largement au-dessus de la moyenne. Pourtant, sur dix ans, leurs résultats baissent dans tous les domaines, s'il faut en croire les études PISA qui seront rendues publiques aujourd'hui à Paris par l'OCDE. Ces tests évaluent tous les trois ans les capacités des jeunes de 15 ans en lecture, en mathématiques et en sciences.

Dans cette dernière matière, le Canada dégringole de la 3e à la 8e place, loin derrière Shanghai et la Finlande qui obtiennent respectivement la première et la seconde. Avec une note en sciences qui passe de 534 à 529, le Canada reste parmi les meilleurs. Mais, sur dix ans, sa note a chuté de 11 points.

Le Canada est aussi en léger recul en lecture. Il perd une place par rapport à 2007 et arrive cinquième derrière Shanghai, la Corée, la Finlande et Hong Kong. Sa note passe de 527 à 524, un écart qui n'est pas significatif compte tenu des marges d'erreur. Plus inquiétant, cette baisse atteint dix points depuis l'an 2000 et elle serait surtout manifeste parmi les meilleurs élèves.

En mathématiques, les résultats des jeunes Canadiens sont stables depuis trois ans. Même si le Canada passe de la 7e à la 10e place, sa note générale ne bouge pas (527). Il est cependant loin derrière les meilleurs: Shanghai (600), Singapour (562) et Hong Kong (555). Ici aussi, la baisse est manifeste sur le long terme: sept points de moins depuis dix ans.

En général, dans toutes les matières, le Canada réussit nettement moins bien que les vedettes du Sud-Est asiatique, comme Shanghai, Hong Kong et la Corée. Un club sélect auquel seule la Finlande semble en mesure d'accéder. Mais, comme les années précédentes, le Canada a de meilleurs résultats que les grands pays industrialisés, comme les États-Unis (17e en lecture), l'Allemagne (20e), la France (22e) et le Royaume-Uni (25e) qui se situent généralement dans la moyenne.

Habiletés de base

Critiqués par plusieurs experts, les classements PISA (Program for International Student Assessment) sont devenus la bible de nombreux ministres de l'Éducation dans le monde. Ils sont administrés dans 65 pays tous les trois ans à 470 000 jeunes de 15 ans quel que soit leur parcours scolaire. L'enquête est publiée par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) qui regroupe 34 pays parmi les plus développés du monde. Les tests ne mesurent pas les savoirs, mais quelques habiletés de base en lecture, en mathématiques et en science. Habiletés qui, disent les chercheurs, permettent de participer de manière «productive à la vie» dans un «univers mondialisé». Cette année, les tests ont mis l'accent sur la lecture, notamment sur ordinateurs (digital texts) plutôt que de livres ou d'imprimés.

Dans tous les pays de l'OCDE sans exception, les filles surpassent largement les garçons en lecture, constatent les responsables de PISA. Le Canada ne fait pas exception à la règle, contrairement à la Colombie, au Chili et au Pérou où les écarts entre les sexes sont les moins grands. Les garçons prennent leur revanche en mathématiques, mais l'écart est nettement plus faible.

Marché du travail

Les auteurs de l'étude notent que les habiletés en lecture vont de pair avec la réussite sur le marché du travail comme l'a montré une étude récente de l'OCDE sur le Canada. Le Canada fait de plus partie des pays où l'écart est le plus faible entre les élèves d'origine immigrante et leurs camarades. Ce qui s'explique notamment par le fait que l'on y sélectionne les immigrants sur la base de la fortune et des diplômes.

Utilisés par certains gouvernements pour définir les politiques en éducation, les tests PISA ont souvent été critiqués parce qu'ils n'évaluent que certaines compétences de base, mais aucun savoir. Comme ils ne recoupent qu'une mince partie des programmes scolaires, «on ne peut pas considérer que PISA évalue la qualité globale de notre système éducatif», écrivait le mathématicien français Antoine Bodin qui rejette l'idée d'un classement entre des systèmes scolaires aussi différents.

Les données pour le Québec et les autres provinces canadiennes seront disponibles ce matin.

***

Collaborateur du Devoir à Paris

À voir en vidéo