Éducation: les syndiqués et les associations étudiantes claquent la porte

Les étudiants n’entendent pas encaisser sans broncher des hausses successives de frais de scolarité dans les années à venir et ils l’ont démontré bruyamment aujourd’hui. Les associations étudiantes collégiales et universitaires, avec l’appui des grandes centrales syndicales, ont claqué la porte de la rencontre avec le gouvernement sur le financement des universités, cet après-midi, jugeant que les dés étaient pipés et les décisions déjà prises.

Les contestataires réclament maintenant des États généraux de l’éducation pour amener Québec à revoir sa position.

Pendant ce temps, dans la rue, devant l’Hôtel Hilton de Québec où se tenait la rencontre, quelques milliers d’étudiants en grève, des cégeps et universités, manifestaient leur refus de toute hausse des frais de scolarité et leur colère envers le gouvernement.

Une escouade anti-émeute était présente sur place depuis tôt le matin et l’accès au site était très contrôlé. Malgré cela, quelques manifestants ont réussi à franchir une porte, avant d’être rapidement maîtrisés.

Selon le gouvernement Charest, la situation financière des universités est à ce point précaire qu’il faut demander aux étudiants un effort supplémentaire, de même qu’aux entreprises, par des activités philanthropiques, et aux universités elles-mêmes, grâce à des revenus autonomes.

Chacun devra donc mettre l’épaule à la roue pour financer adéquatement les universités, ont prévenu d’entrée de jeu les ministres de l’Éducation, Line Beauchamp, et des Finances, Raymond Bachand, ce matin, à la rencontre tenue avec les recteurs d’université et autres partenaires de l’éducation, un événement qui vise à trouver des solutions à ce problème récurrent.

Quelque 60 000 étudiants des cégeps et des universités étaient en grève lundi.

Les groupes qui ont quitté la rencontre sont, notamment, la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), la CSN, la CSQ et la FTQ, regroupés sous l’étiquette d’«Alliance sociale».

«Les jeunes ne sont pas seuls» dans leur lutte, a dit la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, en point de presse. Selon elle, une hausse des frais de scolarité est «la pire des solutions» pour régler le problème de financement des universités.

Ne pas avoir quitté la rencontre serait revenu à «cautionner un événement qui finalement n’en est pas un», a estimé de son côté le président de la CSQ, Réjean Parent.

«C’est un gouvernement qui est certainement désespérant pour la jeunesse», a fait valoir Louis-Philippe Savoie, représentant de la FEUQ, immédiatement après avoir claqué la porte. Il a promis d’autres gestes d’éclat dans les mois à venir.
Devant l’hôtel, un porte-parole de l’Association pour une solidarité syndicale et étudiante (ASSÉ), Gabriel Nadeau-Dubois, a dit que le projet du gouvernement de faire payer encore une fois la note par les étudiants ne passerait pas.

Un manque à gagner de 620 millions


Quant à elle, la Conférence des recteurs d’université (CRÉPUQ) n’en démord pas. Elle évalue à 620 millions $ le manque à gagner des universités. Pour combler ce trou, elle réclame une hausse massive des droits de scolarité, qui passeraient à 3680 $ par année par étudiant, en 2014.

Actuellement, il en coûte aux étudiants 2 068 $ par année pour fréquenter l’université, soit environ la moitié de la moyenne canadienne.

La solution «passe par les frais de scolarité», a déclaré en point de presse, le recteur de
l’Université Laval et président de la CRÉPUQ, Denis Brière, en plaidant l’urgence d’agir.

«Il faut que les décisions se prennent rapidement», a-t-il dit, dénonçant le syndrome «pas dans ma cour», qui fait en sorte que personne ne veut acquitter la facture pendant que les universités risquent d’être de moins en moins concurrentielles avec celles des autres provinces, faute de moyens suffisants.

A l’heure actuelle, les étudiants québécois acquittent seulement 12 pour cent des frais réels de leurs études universitaires, contre 25 pour cent ailleurs au Canada.

Le Québec impose d’ailleurs aux étudiants les droits les plus bas au Canada, d’où les pressions de plus en plus fortes pour leur refiler la facture.

D’ailleurs, ce mouvement est déjà amorcé. Québec a procédé au dégel des frais de scolarité en 2007, en prévoyant une augmentation de 100 $ par année jusqu’en 2012. Mais ce n’est toujours pas suffisant et d’autres hausses sont à prévoir.

«Les étudiants doivent payer leur juste part des coûts», a soutenu le ministre Bachand, en point de presse, sans vouloir préciser quelle était cette «juste part» dans son esprit.

La rencontre d’aujourd’hui sert «à envoyer des messages, bien sûr aux étudiants, aux universités elles-mêmes et au secteur également des entreprises qui doivent aussi faire partie de la solution», a dit de son côté la ministre Beauchamp.

Les universités auront donc elles aussi «des obligations de performance» et de reddition de comptes, a prévenu Mme Beauchamp, si elles veulent plus d’argent.

«Si on ajoute de l’argent, on doit être sûr et certain d’être capable de dire aux étudiants et aux professeurs ce à quoi l’argent sert», a-t-elle précisé.

Les déficits accumulés des universités atteignent 483 millions $.

Québec allègue faire déjà sa large part, en ayant fait passer ses subventions annuelles aux universités de 1,9 milliard $ à 2,9 milliards $, entre 2003 et 2010.

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