Sous-financement des universités - Aux étudiants de payer, disent les recteurs

Denis Brière, président du Conseil d'administration de la CREPUQ.
Photo: Denis Brière, président du Conseil d'administration de la CREPUQ.

La facture des étudiants universitaires pourrait presque doubler d'ici cinq ans, passant de 2068 $ à 3680 $ en 2014-2015. C'est ce que va proposer lundi la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ) à la ministre de l'Éducation lors de la rencontre des partenaires sur le financement universitaire.

Faisant apparemment consensus, le scénario proposé par l'organisme, qui regroupe les 17 universités du Québec, est une augmentation annuelle des droits de scolarité de 504 $ pendant trois ans, et ce, dès la rentrée scolaire 2012. Les recteurs, qui refusent de parler d'augmentation, n'y voient qu'un «ajustement» en dollars constants du montant que payaient les étudiants en 1968, il y a plus de 40 ans.

La CREPUQ prétend avoir saisi au vol l'annonce faite lors du dernier budget Bachand, d'une augmentation présentée comme inévitable des droits de scolarité. «Notre proposition, c'est de dire que l'ensemble des gens qui bénéficient des universités doivent contribuer. C'est les gouvernements provincial et fédéral, mais c'est aussi les étudiants et les entreprises», a soutenu Denis Brière, président du Conseil d'administration de la CREPUQ.

Selon M. Brière, l'urgence de renflouer les coffres des universités n'est plus à démontrer. «On a de la difficulté à attirer les meilleurs parce qu'on n'a pas d'argent pour leur donner de bonnes conditions. Ça finit par attirer moins de fonds, a-t-il souligné. Si on dépasse un certain seuil de masse critique, ça va être très difficile de revenir et d'être compétitif avec le reste du Canada. C'est ça le message d'urgence qu'on envoie.»

Les universités se sont aussi entendues pour proposer qu'un nombre restreint de programmes — ceux pour lesquels la formation coûte plus cher, comme le premier cycle en médecine, pharmacie et médecine dentaire ou vétérinaire — puissent exiger des droits de scolarité plus élevés. Les droits de scolarité ne devraient toutefois pas varier d'un établissement à l'autre pour un même programme.

Un manque à gagner de 621 millions

Selon le plus récent calcul du sous-financement basé sur les revenus effectué par la CREPUQ, il manquerait 621 millions aux universités pour qu'elles rattrapent la moyenne canadienne. Mais la somme de 225 millions nets qui sera ainsi engrangée grâce aux étudiants — on calcule que 25 % du montant brut devra être retenu en aide financière — épongera à peine la moitié du total du sous-financement. Le président-directeur général de la CREPUQ, Daniel Zizian, reconnaît d'ailleurs que cela ne rendra pas les universités québécoises plus compétitives par rapport à celles du reste du Canada. Alors, pourquoi refiler la facture aux étudiants? «La mise à niveau nous semble quelque chose qui est acceptable publiquement et de plus en plus, on en parle. Mais il ne faudrait pas dire que l'ensemble du sous-financement va être couvert par les étudiants, mais il appartient au gouvernement de faire sa part et d'essayer d'aller chercher le privé», explique M. Brière, également recteur de l'Université Laval.

La CREPUQ n'exclut pas de plaider pour une plus grande contribution des entreprises privées, soit en encourageant les dons, soit par des mesures fiscales plus alléchantes. Mais rien de coercitif pour l'instant. «On n'a pas eu le temps avant le 6 décembre de faire cette grande réflexion-là. C'est vrai qu'on a eu des sommets sur la jeunesse et l'éducation où le privé a accepté d'investir 200 ou 300 millions», a dit M. Brière en faisant allusion à la Fondation Chagnon et aux efforts pour contrer le décrochage de L. Jacques Ménard, le président de la Banque de Montréal. «Oui, c'est quelque chose qu'on va discuter avec la ministre. C'est quelque chose qui se justifie», a-t-il ajouté en indiquant qu'il appartient d'abord au gouvernement de prendre les décisions.

La CREPUQ compte faire des démarches auprès du gouvernement fédéral pour qu'il reconnaisse que, lorsqu'il octroie une subvention de recherche, la part calculée des frais indirects de recherche (tous les frais de fonctionnement, par exemple le chauffage des installations, etc.) doit être de 40 % et non de 22 % comme c'est le cas actuellement.

Elle demande aussi la mise sur pied d'une enveloppe de 100 millions dans le cadre d'un programme d'appariement de dons. Le principe serait que par exemple pour chaque dollar versé en don, les gouvernements s'engageraient à verser la même chose, ainsi que les entreprises.

Un net recul de l'accessibilité

La Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) voit dans cette hausse des droits de scolarité un recul sur le plan de l'accessibilité aux études. «Cette proposition ramène le Québec 45 ans en arrière», a dit Louis-Philippe Savoie, président de la FEUQ. À cet «ajustement» au niveau de 1968, il rétorque qu'il est «anormal» qu'un étudiant ait à payer plus qu'un autre en 1974 ou qu'en 1988. «Notre réseau a considérablement changé et on a aussi progressé en matière d'accès à l'éducation grâce à une politique de droits de scolarité peu élevés. La CREPUQ a du mal à reconnaître ça», a dit M. Savoie.

Ne niant pas qu'on peut toujours améliorer la qualité de la formation, il déplore la tendance que les recteurs d'ici ont à vouloir se comparer aux universités canadiennes. «Le montant [du sous-financement] ne nous informe pas sur ce qu'on veut faire avec nos universités pour l'avenir de notre société. Tout ce que ça nous dit, c'est que le voisin a plus d'argent.»

En plus des mesures d'aide financière, la CREPUQ propose de mettre en place un mécanisme de remboursement des prêts étudiants en fonction du revenu, qui avait déjà fait l'objet d'études. «Je suis entrée à l'université en 1968 et je suis passé à travers sans que mes parents y contribuent, raconte M. Brière. Les étudiants disent qu'ils s'endettent, mais ils investissent aussi dans leur avenir. Il en va aussi de la qualité de vie.»
19 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 3 décembre 2010 01 h 04

    EN PARTIE VRAI...

    Dans un monde sans faille, tout serait gratuit. Mais le Québec ne fait pas parti de ce monde là. C'est pourquoi je pense que la vérité se situe entre les deux. Pas gratuit mais pas comme en Ontario non plus.

    C'est comme quand le PQ est entré au pouvoir dans les années 70, ils voulaient et presque tout donner gratuitement à tout le mode. En particulier, Parizeau. Si je me rappelle bien, c'est là qu'on commencer les plus gros déficit.

  • Mario Jodoin - Inscrit 3 décembre 2010 02 h 40

    POurquoi pas 622 ?

    « il manquerait 621 millions aux universités pour qu'elles rattrapent la moyenne canadienne»

    Je pensais qu'une analyse des besoins devait reposer sur les ... besoins ! On ne dit pas ce qu'on ferait avec ce 621 millions $, mais que c'est le montant pour rejoindre la moyenne canadienne. Or, tout est moins cher au Québec, même les profs et chargés de cours ! Si je comprends bien, les universités s'engagent à porter leur salaires et ceux de tous leurs employés à la moyenne canadienne ? Il me semble qu'ils n'ont jamais parlé de ça...

    Et il faudrait réduire l'accessibilité à l'université pour ça !

  • Jean Nicolas - Abonné 3 décembre 2010 05 h 29

    Des sous pour la formation OUI, pour le reste NON

    En plus de 30 ans de carrière, j'ai vu les universités dépenser de plus en plus d'argent pour la communication, pour les bâtiments qui ont poussés comme des champigons, pour appuyer la recherche, pour créer des services de toutes sortes, mais pas ou très peu pour améliorer la qualité de la formation.
    Malgré tous les discours à l'externe, la qualité de la formation n'est pas le souci principal à l'interne dans bien des cas. On parle beacoup du décrochage au secondaire mais savez-vous que le décrochage au doctorat atteint 45 % (MELS) !
    Que les universités aient besoin de plus de fonds, oui, MAIS elles devront présenter un plan pour expliquer comment elles vont se servir de ces fonds pour améliorer la qualité de la formation à TOUS les cycles.
    Comme dans d'autres pays, il faudrait créer une agence d'assurance qualité en éducation, agence qui veillera à ce que la formation redevienne effectivement la mission première des universités. Le véritable "transfert" de l'université vers la société, ce sont ses diplômés. Notre avenir repose sur leurs connaissances et leurs compétences.
    Des sous oui, mais avec un plan de match pour la formation et la msie en place d'un suivi constructif.
    Jean Nicolas
    Prix d'ecellence pour la qualité de l'enseignement au Canada
    Profeseur émérite de l'U de Sherbrooke

  • Xavier Tremblay - Inscrit 3 décembre 2010 07 h 06

    Il serait temps que le privé paye pour ce qu'il récolte!

    Bien que les citoyens au fil des ans aient réussit à implanter des filets sociaux et à se doter d'un système de santé et d'éducation publique accessible à tous et répondants aux besoins primaires de la société québécoise il serait temps que l'on se questionne réellement sur les bénéficiaires réels de ces filets sociaux.
    Malgré ce que pourraient dire certaines mauvaises langues de la droite, la société Québécoise est tout de même basée sur un modèle capitaliste où le secteur privé règne.

    En effet, le fondement même de notre société et surtout de ces deux institutions que sont le ministère de la santé et de l'éducation consiste à produire des individus capable, qui pourront extraire les ressources naturelles du territoire québécois, les transformer, les compter et chercher de nouvelles façon d'y parvenir pour le compte des firmes privées, et accessoirement pour le gouvernement du Québec qui lui même mets en place des infrastructures facilitant l'exploitation des ressources québécoises par le secteur privé. Pensons aux routes. Toute cette richesse crée par des québécois éduqués et en santé profite à une poignée individus, propriétaire de nos ressources. Il serait temps que le sacrosaint secteur privé mette ses culottes et redonne à la société ce qui lui est dû!

    Car, le réel bénéficiaire de ce système d'éducation et de santé ce sont les corporations, les .inc et autres entités légale génératrice de profit non redistribués au contribuable. Les millionnaires CEO qui concentrent nos richesses entre leurs mains. Les Québécor et PowerCorp de ce monde.

    Sans système d'éducation il n'y a plus de main d'œuvre pour inventer nos moteur roues. Il n'y a plus d'ingénieurs pour inventer nos avions. Il n'y a même plus personne pour lire les ragots du 7jours.

    Il serait temps que le secteur privé paye son dû. Qu'il paye pour le système qui lui fournit ses travailleur en bonne santé.

  • Yvan Dutil - Inscrit 3 décembre 2010 07 h 08

    La gratuité a un prix.

    En Europe a plusieurs endroit l'éducation est essentiellement gratuite. Ce que l'on ne dit pas, c'est que ces systèmes sont très élitistes. Il faut autrement plus solide que de notre système. De plus, les réorientation à outrance ne sont pas possibles. L'université est un lieu de formation pas une forme d'assistance sociale.

    Bref, ce que l'on gagne en accessibilité économique ont le perd en flexibilité économique.