Cégeps: l'histoire en voie de disparition

Parmi les 12 grandes compétences que les étudiants doivent acquérir à la fin de leur parcours collégial, aucune ne fait mention du Québec et de son histoire.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Johanna Leguerre Parmi les 12 grandes compétences que les étudiants doivent acquérir à la fin de leur parcours collégial, aucune ne fait mention du Québec et de son histoire.

95% des étudiants n'auront suivi aucun cours d'histoire du Québec au collégialUne étude conclut au «quasi-effacement» de l'histoire du Québec dans les cégeps et au déclin de l'enseignement de l'histoire. Alarmée, une coalition va jusqu'à réclamer l'introduction d'un cours obligatoire d'histoire du Québec au cégep. Les étudiants sont ouverts à en discuter.

La grande majorité des étudiants (75 %) n'auront aucun cours d'histoire générale au cégep et un plus grand nombre encore (95 %) n'aura jamais de cours d'histoire du Québec, conclut une étude de la Fondation Lionel-Groulx sur la place de l'histoire au niveau collégial rendue publique hier. Pire, le cours n'est même pas offert dans les trois quarts des cégeps, s'inquiète Gilles Laporte, coauteur de l'étude avec Myriam D'Arcy et récemment nommé Patriote de l'année. «Il n'y a que les cours ministériels, dont les cours obligatoires, mais pour le reste, liberté totale pour définir et bâtir le cours, pour autant qu'il se conforme à de grandes compétences [décidée par le ministère de l'Éducation]», a expliqué Gilles Laporte, enseignant d'histoire au cégep du Vieux-Montréal.

Or il constate que, parmi les 12 grandes compétences que les étudiants doivent acquérir à la fin de leur parcours collégial, aucune ne fait mention du Québec et de son histoire. «Par conséquent, il n'y a aucune obligation pour un collège du Québec d'offrir un cours qui porte sur l'histoire du Québec ou sur le Québec en général», souligne M. Laporte.

L'étude sonne aussi l'alarme en ce qui concerne le déclin de l'enseignement de la discipline. Au cours des 15 dernières années, l'histoire du Québec a occupé en moyenne 10 % de l'offre totale des cours en histoire et a connu une régression depuis 2005 puisqu'elle ne représente plus que 8 % des cours offerts. Par exemple, dans un gros cégep comme celui du Vieux-Montréal, qui reçoit plus de 6300 étudiants de jour, on compte 411 enseignants, dont 62 professeurs de littérature et... cinq d'histoire.

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«Je ne me souviens plus. L'état désastreux de l'enseignement de l'histoire nationale dans le réseau collégial du Québec», le titre de l'étude en dit d'ailleurs long sur l'inquiétude des auteurs. Présent à la conférence de presse, l'ancien président du Mouvement Desjardins, Claude Béland, s'est inquiété des graves lacunes en histoire des jeunes. «Parlez-leur de la Révolution tranquille, ils ne savent pas c'est quoi. Parlez-leur de la Crise d'octobre, ils ne savent pas que c'est ici que ça s'est passé, déplore M. Béland. Où prend-on sa fierté lorsqu'on ne sait pas d'où l'on vient?»

Toujours selon l'étude, dans les 111 pages du descriptif du programme de sciences humaines, le mot «histoire» n'apparaît qu'à un seul endroit, et dans les 182 pages du descriptif de la formation générale commune, le mot «Québec» n'apparaît lui aussi qu'une seule fois, en rapport avec le cours «littérature québécoise».

L'historien et professeur associé à l'Université du Québec à Montréal Robert Comeau note avec ironie que «le Québec est le seul endroit au monde qui ne parle pas d'histoire, mais d'"univers social"». M. Comeau réclame ni plus ni moins qu'un cours d'histoire obligatoire pour tous les étudiants au cégep. C'est la première de quinze recommandations que fait la Coalition pour l'histoire, dont il est le porte-parole, et qui regroupe une quinzaine de membres, dont l'Association des professeurs d'histoire du Québec et l'Union des écrivains du Québec font partie.

L'option mérite d'être analysée, croit la Fédération étudiante collégiale du Québec. «On constate que la formation générale pourrait être repensée parce que plusieurs nous ont demandé d'ajouter un quatrième cours d'éducation physique, tandis que d'autres, au Parti libéral, veulent ajouter un troisième cours d'anglais langue seconde obligatoire», a dit Léo Bureau-Blouin, président de la Fédération. À condition toutefois de ne pas alourdir le fardeau des étudiants, a-t-il insisté.
30 commentaires
  • tohi1938 - Inscrit 25 novembre 2010 02 h 41

    L'histoire du Québec et du Canada absente du CEGEP?

    C'est pourtant un domaine du secondaire (4° secondaire), et dans le règlement "pléthorique" du programme des CEGEPs c'est même une condition d'admission!
    Par conséquent, s'il y a problème, il faut le situer dans l'ordre d'enseignement approprié.
    Si l'Histoire, cependant, y est aussi mal enseignée que ne le sont le Français et les Mathématiques, ce n'est pas très étonnant...

  • Normand Parisien - Inscrit 25 novembre 2010 06 h 49

    Une recherche d'emploi difficile pour les historiens?

    Je suis plus près de la retraite que du milieu scolaire. La lecture de cet article provoque chez moi 2 grandes questions. Pourquoi nous parler de l'histoire du Québec au lieu de l'histoire du Canada? Il me semble que c'était ce qui était enseigné lorsque j'étais un adolescent. De plus pourquoi cet enseignement est-il offert au Cégep alors que c'était enseigné au secondaire avant? Toutes ces connaissances devraient déjà être acquises lors de l'entrée au Cégep. L'histoire devrait faire partie des connaissances générales et non des cours spécialisés qui sont offerts au Cégep, à moins de vouloir se spécialiser en enseignement de l'histoire. Il est probable que les historiens craignent de manquer de débouchés lors d'une recherche d'emploi.

  • Socrate - Inscrit 25 novembre 2010 07 h 30

    Un Tel

    Au Canada. Taire de nos ailleux, ton front est sein de flocons glorieux. Ton histoire est une des pas pires....
    Le Frère Untel / Le Devoir/ 1959

  • Francois - Inscrit 25 novembre 2010 08 h 04

    Exiger un cour histoire

    Nous devrions exiger un cours d'histoire comme on le fait pour le français et éducation physique. Pour conserver la culture.

  • Louis Chehri - Inscrit 25 novembre 2010 08 h 18

    cours d'histoires.avec un S

    Pour détruire un peuple en silence et sans a voir l'O.N.U se mêler de ça rien de tel que de lui effacer son histoire et sa religion .
    NORMAND PARISIEN ,l'hitoire du Canada est celle qui commence par le Québec ,ça coule de source non? on commence pas par la fin n'est-ce pas.