Éducation - Blâmer ou valoriser ?

Personne ne semble nier le rôle qu'ont à jouer les parents dans la persévérance scolaire. Mais en leur faisant porter cette responsabilité, certains craignent que Jean Charest ne bousille le message que son gouvernement semble pourtant vouloir porter: celui que la réussite scolaire de nos jeunes passe, bien sûr, par la valorisation de l'éducation par la famille, mais que c'est aussi l'affaire de tous.

«Chaque fois que la question du décrochage scolaire est soulevée, on vise les commissions scolaires, on vise les professeurs, on vise les politiciens. Mais on oublie les acteurs les plus importants: les parents», a déclaré Jean Charest mercredi, devant une assemblée de gens d'affaires réunis pour parler de l'importance de l'éducation pour la performance économique du Québec.

Cette déclaration aura au moins eu le mérite de relancer le débat, croit Suzanne Veillette, une personnalité très influente dans le milieu de l'éducation qui, avec son mari le sociologue Michel Perron, a reçu la médaille de l'Assemblée nationale. «Je ne partage pas les propos de Jean Charest, mais ils ont au moins le mérite de susciter un débat et je suis impressionnée de voir que plusieurs personnes de différentes allégeances s'expriment. C'est bien, il faut le faire», note-t-elle.

Les propos de M. Charest ont suscité des réactions, mais ce n'est pas la première fois qu'il tient ce discours. La semaine dernière, interrogé en chambre à la suite de la publication de plusieurs enquêtes faisant état du piètre taux de diplomation des Québécois, le premier ministre avait insisté sur le rôle des parents. Même chose en mars 2009, lors du dévoilement de la Stratégie d'action jeunesse 2009-2014.

Quant à la nouvelle ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, elle joint sa voix à celle du premier ministre pour interpeller les parents sur leur rôle et leurs responsabilités. «Il y a une publicité télé et radiophonique qui est diffusée où on illustre ça en disant que les parents font partie de l'équation. Et c'est exactement le même message que livrait M. Charest. Ce n'est pas un message nouveau du gouvernement, on a décidé de mettre l'accent là-dessus», a dit la ministre en parlant d'une position assumée.

De l'avis de Michel Janosz, professeur à l'Université de Montréal et directeur de l'équipe d'évaluation de la Stratégie d'intervention Agir autrement pour la persévérance scolaire en milieu défavorisé, de telles déclarations pourraient difficilement être prononcées par des acteurs du réseau de l'éducation. Faisant allusion au parallèle qu'a établi Jean Charest entre les élèves francophones et anglophones, ces derniers ayant de meilleurs taux de diplomation, il reconnaît que cela prend «un certain courage pour affirmer que dans notre culture on ne valorise pas autant l'éducation, contrairement à l'autre culture. Je ne suis pas sûr que demain matin je serais prêt à prendre le micro pour dire ça. Mais quand le premier ministre va de l'avant avec ça, c'est qu'il a un plan en tête.»

Suzanne Veillette estime que l'intention du premier ministre était de minimiser le rôle de l'État sans-le-sou. «À partir du moment où on dit qu'on veut valoriser l'éducation, [Jean Charest] ne peut faire autrement que de voir s'ajouter des signes de dollars. Il veut calmer les attentes, alors il pellette dans la cour des parents», constate la cofondatrice et chercheuse du Groupe ECOBES, un centre collégial de transfert de technologie dans le domaine des pratiques sociales novatrices.

La portée des propos

M. Charest est-il allé trop loin? Sans doute, soutient Mme Veillette en déplorant les effets pervers de ses propos. À commencer par la culpabilisation des parents. «C'est sûr qu'il ne faut pas culpabiliser l'un ou l'autre des acteurs. Je trouve ça très dommage parce qu'on met une partie de la population sur la défensive, poursuit-elle. Ce qu'il a dit aux parents, il aurait fallu qu'il le dise à tous les citoyens. C'est aussi vrai pour les enseignants, c'est vrai pour nous tous.»

En sa qualité de chercheur, Michel Janosz ne peut que tempérer les propos de Jean Charest, qui n'ont pas de valeur scientifique. «Moi, comme chercheur, ma fonction est de rappeler que, si c'est une hypothèse, on va aller la tester. Est-ce que l'hypothèse de notre premier ministre, qui dit que c'est peut-être une question d'un manque de valorisation de l'école par les parents, tient la route? On a des données pour montrer si ce qui explique la différence du taux de décrochage ce sont les attitudes des parents francophones et anglophones. Alors, on se propose d'aller vérifier. Affirmer cela en l'absence de données, c'est une opinion comme une autre», a-t-il dit.

Suzanne Veillette craint que mettre l'accent sur le rôle des parents occulte tous les autres aspects du problème. «C'est multifactoriel, ça ne peut pas être que les parents. Comment expliquerait-on, sinon, qu'il y ait autant de disparités géographiques? C'est trop simple, croit la chercheuse. On a un travail de rotoculteur à faire au Québec actuellement pour valoriser l'éducation. Les médias ont un très grand rôle à jouer, nos politiciens ont aussi un rôle majeur à jouer. M. Charest nous donne l'impression qu'il croit qu'on n'a qu'à agir sur ce facteur-là.»
1 commentaire
  • Catherine Paquet - Abonnée 13 novembre 2010 06 h 01

    Qui dit le contraire?

    Qui soutiendra que les parents ne sont pas les acteurs les plus importants dans la poursuite des activités scolaires de leurs enfants.