On n'aura plus les docteurs qu'on avait

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Photo: Newscom Étudiante

Une formation universitaire donnée qui mène à la maîtrise ou au doctorat? Disons x cours pointus dans un champ restreint, suivis ou non d'une thèse. Cela était. Mais, bientôt, cela ne sera plus. L'université se transforme.

«Auparavant, on étudiait en psychologie pour devenir psychologue: on ne se posait pas de questions! Maintenant, environ la moitié des programmes sont comme ça, mais tous les autres peuvent mener à différents types de carrière. D'ailleurs, nous offrons aussi plusieurs baccalauréats bidisciplinaires, comme celui, très populaire, en communication politique, et nous nous assurons toujours que les étudiants pourront par la suite poursuivre leurs études supérieures dans les deux disciplines.»

Hélène David se souvient. Elle, qui porte toujours son titre de docteure en psychologie, est aujourd'hui devenue vice-rectrice aux affaires académiques et rectrice suppléante à l'Université de Montréal. Ce qu'elle décrit, c'est la réorientation des programmes qui se poursuit dans son établissement et qui fait que, après une ère où la spécialisation à outrance semblait être devenue la norme, on arrive aujourd'hui à faire en sorte que même une formation de base soit ouverte à une réalité plus large que celle qu'autrefois la seule définition disciplinaire établissait. Un exemple, pris par un détour qui nous ramène à la même université: «Dans l'année préparatoire au programme de médecine dentaire, on étudie aussi l'anthropologie de la santé, le design industriel, l'éthique, la psychologie et le pluralisme religieux en milieu de santé. Le dentiste pratique dans différents milieux socio-économiques, auprès de patients de tout âge, donc cela exige une formation interdisciplinaire et le développement de compétences transversales.»

Apprendre

«Compétences transversales»: si cela nous amène dans un autre débat, celui qui a agité toute l'école québécoise, cela nous dit toutefois que, au-delà des programmes, c'est la philosophie même qui sous-tendait l'enseignement qui est devenue autre. Et cela laisse entrevoir une petite révolution sociale.

Sommes-nous en santé qu'il est presque entendu que, dès son inscription, le futur médecin envisagerait déjà sa vie postuniversitaire: il sera spécialiste. Et la masse des connaissances est telle qu'il risque de se produire que, plus tard, il restreindra encore plus sa pratique. On a ainsi vu une docteure qui, après ses études, son internat, ses années de spécialisation en neurologie, aujourd'hui n'exerce qu'en ne s'occupant d'un seul type de personnes, soit celles porteuses de la maladie de Parkinson.

Dans un tel contexte, on comprendra, en médecine toujours, et c'est le cas pour nos quatre universités, qu'on fasse la «promotion» de la médecine familiale, besoins sociaux obligent, avec en retour la nécessité d'ajouter à la formation disciplinaire des cours qui débordent de la seule connaissance du corps, de son fonctionnement et de ses dérèglements.

Exercer

Et l'étudiant-doctorant n'est plus le même. Jean Dansereau, directeur des études supérieures à l'École polytechnique de Montréal, décrit ainsi une nouvelle réalité, car une enquête a démontré que, «même si 51 % de nos diplômés au doctorat travaillaient encore dans un milieu universitaire, soit en recherche ou en enseignement, seulement 15 % d'entre eux avaient choisi la carrière de professeur d'université».

Et là aussi changement de programme de formation: «Le parcours typique était conçu comme si la finalité du doctorat devait mener au travail de professeur d'université, c'est-à-dire mener à l'enseignement, à la recherche universitaire et à la publication d'articles scientifiques. De plus, les études menant au doctorat étaient orientées vers des projets de recherche pointus.» Alors, devant un tel constat, il y a réalignement et le futur ingénieur ne doit plus être surpris d'apprendre qu'aux mathématiques et autres disciplines informatiques s'ajoutent aussi des contenus où apparaissent les mots «éthique», «gestion» et «politique».

Connaître


Il y aura donc émergence d'une nouvelle race universitaire où, en bout de cours, on reviendra à soutenir des maximes qui se concluaient souvent par une formule lapidaire, qu'on rappelle, celle d'«une tête bien faicte». Et le partage des formations entre sciences pures, sciences appliqués et sciences humaines pourrait bientôt n'être plus actuel.

Mais il faudra aller plus loin encore dans les changements de programme. Un indice des transformations qui s'opèrent est d'ailleurs donné par ce qui se passe à l'Université de Sherbrooke, où le Département de biologie propose une nouvelle maîtrise en écologie internationale. L'étudiant non seulement se retrouvera-t-il en classe avec des confrères venus du Mexique, tout comme il recevra un diplôme binational, le cours étant donné conjointement par son établissement et El Colegio de la Frontera Sur, mais il devra aussi, dès le premier semestre d'hiver, se rendre au Chiapas pour poursuivre sa formation à San Cristobal de Las Casas. On comprendra donc que, dans un tel cas, la connaissance de l'espagnol fait aussi partie intégrante de la formation.

Mondialisation, donc, il y a, ouverture des champs disciplinaires il y aura, et à cela s'ajoute une autre donnée: si on parlait de formation continue.
1 commentaire
  • Yvan Dutil - Inscrit 1 novembre 2010 13 h 38

    Du marketting, voilà tout.

    C'est bien beau la pluridisciplinarité, mais c'est souvent aussi une façon de niveler par le bas. On combine les cours les plus faciles de différents programmes, ce qui fait un programme globalement plus facile. Il y a des exceptions comme le programme de Génie Physique, mais c'est très rare.

    D'autre part, une fois sur le marché du travail, il est difficile de faire reconnaître ces programmes. C'est beau les compétences transversales, mais ce sont essentiellement les mêmes quelque soit le programme (ex: synthèse, analyse, etc.). Alors que les ressources humaines cherchent des gens pour des tâches très spécifiques.