Ph. D. en administration - Des professeurs, certes, mais plus encore

Alain D’Astous, directeur pédagogique du Ph. D. à HEC Montréal<br />
Photo: Source HEC Alain D’Astous, directeur pédagogique du Ph. D. à HEC Montréal

HEC Montréal offre un doctorat bilingue en administration, en collaboration avec l'UQAM, l'Université Concordia et l'Université McGill. Sa particularité: être un Ph. D., soit une formation de troisième cycle plus fondamentale que le DBA (Doctorate in Business Administration) offert notamment à l'Université de Sherbrooke, en collaboration avec l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

«Le DBA met plus l'accent sur les applications pratiques de la gestion, précise Alain D'Astous, directeur pédagogique du Ph. D. à HEC. Dans un cas comme dans l'autre, l'étudiant doit soutenir une thèse, mais, alors que le Ph. D. sera plus général — on fait un Ph. D. en marketing, en finances, en comptabilité — le DBA sera souvent plus thématique, dans un domaine plus pointu comme la gestion des arbres, la fiscalité, une niche particulière.»

Excellence

Pour accéder à cette formation fondamentale, il faut faire preuve d'un parcours universitaire d'excellence, après un deuxième cycle (maîtrise, DEA, DESS), idéalement en administration. Pour qui provient de champs disciplinaires connexes, comme l'économie, des cours de remise à niveau lui sont alors prescrits.

Mais si l'excellence est une condition sine qua non, elle ne suffit pas. Le candidat doit réussir avec brio l'un des trois tests de son choix — le Graduate Management Admission Test (Gmat), le Test d'aptitude aux études de gestion (Tage-Mage) ou le Graduate record examinations (GRE) — visant à déterminer ses aptitudes à résoudre un problème, à raisonner de manière logique ou encore à défendre oralement son point de vue.

Pour mettre toutes les chan-ces de son côté, le candidat doit également avoir une idée précise de ce qu'il souhaite faire, notamment le sujet de la thèse sur lequel il aimerait travailler, voire être déjà entré en contact avec le ou les professeurs qui pourraient l'encadrer. «Il nous arrive de prendre des étudiants qui n'ont pas poussé leur démarche jusque-là, note Alain D'Astous, mais seulement s'ils font preuve d'une grande ouverture d'esprit. Nous devons nous assurer qu'ils trouveront, car notre souci principal est qu'ils terminent leur programme. Or nous avons des étudiants qui ont plus de 25 ans, voire la trentaine, ajoute-t-il. Ils ont parfois une famille à charge, ils ont besoin d'un financement pour poursuivre la formation.»

Ce financement peut être assuré par un professeur intéressé par le sujet qu'a proposé l'étudiant, qui décide donc de le prendre sous son aile, par l'un des différents organismes publics subventionnaires au fédéral et au provincial ou par HEC, qui dispose de son pro-pre plan de financement et délivre des bourses d'excellence, ou encore par l'obtention de charges de cours.

Sur quatre ans

Le programme dure en moyenne quatre ans. Deux ans de cours fondamentaux: deux sont obligatoires, recherche et pédagogie, les autres étant des séminaires à choisir parmi les dix spécialisations (affaires internationales, économie appliquée, finances, gestion des opérations et de la logistique, gestion des ressources humaines, management, marketing, méthodes quantitatives, sciences comptables, technologies de l'information) et pouvant être suivis en français ou anglais, dans l'une des quatre universités partenaires du Ph. D. (HEC, UQAM, Concordia, McGill).

«Chaque établissement gère ses inscriptions, explique Alain D'Astous. Un étudiant peut très bien avoir été sélectionné par nous, mais ne suivre aucun de ses cours à HEC. Cette collaboration offre une palette de séminaires très variée.»

Doctorat bilingue ne signifie cependant pas que les étudiants doivent l'être eux-mêmes, poursuit le directeur pédagogique: «On leur demande de se débrouil-ler dans les deux langues, de pouvoir suivre un cours dans l'une comme dans l'autre, d'être capable de lire des documents, mais ils peuvent remettre tous leurs travaux dans l'une comme dans l'autre.»

Au bout de ces deux années survient un événement important: l'examen de synthèse, une épreuve à la fois écrite et orale qui permet de s'assurer que les fondamentaux sont acquis et dont le résultat augure de la suite. Un échec, et la formation s'arrête là. Une réussite, et l'étudiant passe alors à la deuxième phase du Ph. D., soit la proposition de thèse, le travail de recherche et enfin la soutenance.

450 diplômés

Depuis 1976, 450 étudiants sont sortis de cette formation de prestige avec le titre de docteur, dont 220 à HEC. Pour l'inscription, 20 % environ des candidats sont sélectionnés. Les cohortes comptent une trentaine de personnes, la moitié en provenance du Québec, l'autre, du reste du Canada et même de toute la planète. Car les débouchés sont nombreux.

Au départ, il s'a-gissait surtout de former des professeurs pour les universités québécoises naissantes. Mais si aujourd'hui l'enseignement au Québec et, de plus en plus, à l'étranger reste l'issue pour près de 80 % des finissants, 15 % d'entre eux deviendront consultants, analystes, gestionnaires de haut niveau. «Les premières cohortes ont servi à remplir les universités du Québec, rapporte Alain D'Astous. Par la suite, les universités du Canada, puis étrangères. Mais aujourd'hui de plus en plus d'entreprises recrutent des candidats avec un diplôme de troisième cycle pour leurs postes stratégiques, ajoute Alain D'Astous. C'est vrai aux États-Unis depuis plusieurs années, ça le devient au Québec et au Canada. Prenez la Caisse de dépôt, plusieurs de nos chercheurs y ont atterri.»

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Collaboratrice du Devoir