Université de Montréal - Le virage interdisciplinaire se poursuit

L’Université de Montréal insère la formule interdisciplinaire dans ses offres de cours pour les professionnels. <br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’Université de Montréal insère la formule interdisciplinaire dans ses offres de cours pour les professionnels.

Parce que les grands enjeux mondiaux sont de plus en plus complexes, parce que les milieux professionnels l'exigent et aussi parce que, pour les jeunes étudiants, c'est tout naturel, l'interdisciplinarité prend une place toujours plus importante à l'Université de Montréal (UdeM). Par exemple, en ce moment, un programme de maîtrise en santé mondiale est en développement.

«C'est un projet très intéressant sur lequel travaille l'École de santé publique de l'UdeM (ESPUM): la Faculté de médecine et différentes facultés partenaires travaillent à développer un programme qui abordera de grands problèmes de santé mondiale», explique Hélène David, vice-rectrice aux affaires académiques et rectrice suppléante à l'UdeM.

Dans le cadre de cette maîtrise, des sujets comme l'obésité, le suicide, le diabète et, bien sûr, la grippe H1N1 pourront être étudiés par des professeurs et des étudiants de facultés aussi différentes que celles de médecine, médecine vétérinaire, pharmacie, sociologie et sciences infirmières.

L'explosion de la pandémie de grippe H1N1 l'an dernier n'est pas étrangère au regain d'intérêt dans la communauté scientifique pour les grands enjeux de santé mondiale. «La psychose H1N1 a beaucoup interpellé la santé publique et, par le fait même, l'ESPUM, parce que c'est le seul établissement du genre au Québec. L'UdeM a aussi la seule faculté de médecine vétérinaire et nous savons que les gouvernements sont extrêmement préoccupés par tout ce qui peut venir des animaux. C'est donc important que nos spécialistes issus de différentes disciplines travaillent ensemble sur ces grandes questions pour développer de solides expertises», affirme Mme David.

Les cycles supérieurs

La collaboration interfacultaire est présente depuis longtemps à l'UdeM lorsqu'il est question de projets de recherche, mais, depuis peu, la tendance s'étend de plus en plus aux programmes de deuxième et de troisième cycles.

Et la santé publique n'est qu'un secteur parmi tant d'autres qui s'ouvrent à l'interdisciplinarité.

C'est le cas aussi du domaine des études internationales, qui offre aux étudiants le programme interdisciplinaire de maîtrise ou encore le diplôme d'études supérieures spécialisées (DESS).

«Les études internationales sont l'un des créneaux les plus porteurs en ce qui a trait à l'interdisciplinarité. On y étudie à la fois le développement international, le droit, l'économie, l'administration, l'histoire et les sciences politiques. C'est très large et c'est très populaire auprès des jeunes», indique Hélène David.

L'interdisciplinarité se développe même dans les programmes de doctorat, avec celui offert en sciences humaines appliquées. «L'étudiant peut toucher à différents domaines, soit l'anthropologie, la criminologie, la démographie, la psychoéducation, la psychologie, les sciences politiques, les sciences économiques, le service social et la sociologie. L'idée, c'est d'avoir un sujet qui a une facture interdisciplinaire», explique la vice-rectrice aux affaires académiques.

Un programme, plusieurs débouchés

La tendance est donc aux programmes d'étude très vastes qui entrecroisent différentes disciplines. Mais quels sont les débouchés pour les diplômés?

«Par exemple, après avoir fait sa maîtrise en études internationales, un jeune peut travailler dans le domaine de la coopération internationale, dans des organisations non gouvernementales, à l'ONU ou dans plusieurs ministères, énumère Mme David. Les étudiants sont pâmés devant ce genre de formations qui leur ouvrent plusieurs portes.»

Docteure en psychologie, Hélène David remarque que les temps ont bien changé depuis qu'elle a elle-même terminé sa formation universitaire. «Auparavant, on étudiait en psychologie pour devenir psychologue: on ne se posait pas de questions! Maintenant, remarque-t-elle, environ la moitié des programmes sont comme ça, mais tous les autres peuvent mener à différents types de carrières. D'ailleurs, nous offrons aussi plusieurs baccalauréats bidisciplinaires, comme celui, très populaire, en communication politique, et nous nous assurons toujours que les étudiants pourront par la suite poursuivre leurs études supérieures dans les deux disciplines.»

Un virage très large

Même si on étudie dans un champ professionnel très précis, il semble que l'interdisciplinarité soit tout de même rendue inévitable. «Par exem-ple, dans l'année préparatoire au programme de médecine dentaire, on étudie aussi l'anthropologie de la santé, le design industriel, l'éthique, la psychologie et le pluralisme religieux en milieu de santé. Le dentiste pratique dans différents milieux socio-économiques, auprès de patients de tout âge, donc cela exige une formation interdisciplinaire et le développement de compétences transversales», affirme Mme David.

Les jeunes issus de la réforme ne risquent donc pas d'être désorientés lorsqu'ils mettront les pieds à l'université! «Pour eux, c'est tout à fait naturel de travailler sur des projets interdisciplinaires. Ils sont formés comme ça, donc c'est évident que, lorsqu'ils arriveront à l'université, ils s'intéresseront à des programmes interdisciplinaires. Ensuite, s'ils décident de faire carrière en recherche, les grands organismes subventionnaires exigent de l'interdisciplinarité, alors ils seront déjà au diapason.»

Alors que la formation continue prend toujours plus d'importance, l'Université de Montréal insère aussi la formule interdisciplinaire dans ses offres de cours pour les professionnels.

«Les ordres professionnels exigent maintenant que leurs membres fassent de la formation continue. Que ce soit une infirmière qui travaille avec des personnes âgées, ou encore un médecin qui travaille dans un milieu défavorisé, il y a une plus-value pour ces professionnels d'aller se chercher des formations interdisciplinaires. Nous avons déjà développé des DESS dans cette optique, mais nous voulons en développer encore davantage, parce que les besoins sont grands.»

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Collaboratrice du Devoir