Études et pratiques des arts - « Pour nous, la pratique est un lieu de théorie »

La compagnie Le Carré des Lombes de Danièle Desnoyers. Que ce soit en danse, en musique, en théâtre ou en histoire de l’art, le programme de doctorat en études et pratiques des arts offre aux étudiants un cadre de formation à la fois théorique et pratique. <br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir La compagnie Le Carré des Lombes de Danièle Desnoyers. Que ce soit en danse, en musique, en théâtre ou en histoire de l’art, le programme de doctorat en études et pratiques des arts offre aux étudiants un cadre de formation à la fois théorique et pratique.

Profitant de la collaboration de six écoles et départements, le programme de doctorat en études et pratiques des arts de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) a pour objectif de susciter une interaction entre les pratiques et les théories artistiques actuelles. Francophone et interdisciplinaire, il se veut un laboratoire de réflexion unique en son genre.

Offert conjointement par l'École des arts visuels et médiatiques, l'École de design, l'École supérieure de théâtre et les Départements de musique, de danse et d'histoire de l'UQAM, le programme doctoral en études et pratiques des arts a été créé il y a treize ans à l'intention des praticiens du domaine des arts.

«Ce programme s'adresse aux praticiens qui ont déjà une carrière affermie, reconnue et bien établie et aux praticiens plus jeunes qui ont complété une maîtrise dans les dernières années et qui décident de poursuivre leurs études doctorales. Le programme est toutefois ouvert aux théoriciens, mais à des gens qui théorisent davantage sur la pratique que sur les oeuvres. Nous ne faisons pas d'analyse systématique d'oeuvres; il nous arrive de les regarder, mais on s'attarde surtout aux pratiques artistiques», explique Pierre Gosselin, directeur du doctorat en études et pratiques des arts et professeur à l'École des arts visuels et médiatiques.

Comportant 90 crédits, le programme de doctorat en études et pratiques des arts offre aux étudiants un cadre de formation à la fois théorique et pratique. Par sa forme et son caractère pluridisciplinaire — il est ouvert à toutes les formes d'art, du cinéma à l'architecture en passant par l'histoire de l'art, la musique et le théâtre — il est unique en son genre. De plus, il est le seul programme francophone destiné aux praticiens du domaine des arts.

«Pour nous, la pratique est un lieu de théorie. Notre programme allie une part de concret, mais une part de théorisation aussi, dans la perspective. D'autres domaines professionnels, comme la médecine et le travail social, ont lancé avant nous ce genre de processus de théorisation à partir de la pratique, mais en arts c'est moins fréquent. On a vu apparaître, en Allemagne et sur la côte ouest américaine, des programmes semblables au nôtre. Toutefois, rares sont les programmes qui sont aussi interdisciplinaires. Dans cette formule-là, notre doctorat est unique», soutient M. Gosselin.

Sur les bancs d'école

Pour être admissibles au programme, les étudiants doivent avoir complété une maîtrise et obtenu une moyenne cumulative égale ou supérieure à 3,2, ou encore posséder une expérience professionnelle et démontrer que leur production artistique est soutenue et reconnue. Certains candidats peuvent également être sélectionnés pour leur apport significatif dans le champ de la théorie ou de l'intervention dans le domaine des arts.

En plus de répondre à ces critères, les postulants doivent également déposer un avant-projet de recherche susceptible d'être encadré par un professeur de l'UQAM. Après avoir réfléchi à leur thèse, les candidats doivent formuler leurs intentions de recherche puis les coucher dans un document d'au moins cinq pages.

«On regarde d'abord le dossier de pratique de nos candidats, que ce soit pour les étudiants de maîtrise ou les professionnels. On s'intéresse aussi beaucoup à leur rayonnement. Si un candidat n'a exposé que dans une seule ville, par exemple, il y a peu de chances que sa candidature soit retenue. Finalement, on regarde l'avant-projet proposé et l'intention de recherche», explique M. Gosselin.

Bien que, dans certains programmes plus théoriques de niveau doctoral, les postulants n'ayant pas complété de maîtrise et souhaitant être admis sur une base professionnelle soient parfois désavantagés par rapport à leurs pairs, les candidats intéressés par le doctorat en études et pratiques des arts de l'UQAM et menant une carrière établie ont de bonnes chances d'être retenus et d'exceller. Selon M. Gosselin, la pratique étant un terrain de réflexion très fertile, ces postulants parviennent généralement à formuler d'étonnants projets.

«Il faut savoir que, lorsque les gens sont vraiment investis dans une pratique artistique exigeante, ils accompagnent leur travail d'une réflexion. Même s'il arrive que, sur papier, leurs idées soient tournées gauchement, généralement leurs intentions sont excellentes. Par exemple, l'an dernier, un étudiant qui souhaitait être admis sur une base professionnelle a déposé un projet de recherche vraiment exceptionnel. Lorsqu'on s'est rencontré, il m'a confié que ça faisait cinq semaines qu'il réfléchissait à son idée et que, tout à coup, il s'était mis à penser que le doctorat était fait pour lui. Il m'a montré son texte, et c'était tellement fort qu'on lui a donné une bonne bourse d'accueil. C'est l'étudiant qui s'est le plus démarqué avec son avant-projet», souligne M. Gosselin.

Si le contingentement suggéré est de 20 étudiants pour ce programme doctoral, chaque année, le nombre des candidats admis varie selon la demande et la qualité des dossiers présentés. «Il y a deux ans, par exemple, nous avions fait une offre d'admission à plus d'une quinzaine d'étudiants et il y en a neuf qui l'ont acceptée. L'an dernier, par contre, il y en a 21 qui l'ont fait. Normalement, on accepte les candidats qui ont le dossier qu'il faut pour faire le programme. Autrement dit, on ne prend pas les 10 ou les 15 meilleurs. Quand les dossiers sont de bon calibre, on les prend», précise M. Gosselin.

Horizons

Bien que le programme doctoral en études et pratiques des arts n'ait pas pour vocation première de former des professeurs, après l'obtention de leur diplôme, bon nombre d'étudiants ayant suivi ce parcours se tournent vers les classes, mais cette fois pour y enseigner.

«Les gens qui suivent cette formation-là la complètent surtout pour se saisir davantage comme praticien, et, une fois qu'ils l'ont complétée, ça les aide à accompagner des gens dans un processus semblable, affirme le directeur. Nous répétons à nos étudiants que le fait d'obtenir un doctorat ne signifie pas nécessairement qu'ils décrocheront un jour un poste de professeur, mais il est vrai que plusieurs viennent à enseigner soit au collège, soit à l'université.»

***

Collaboratrice du Devoir

***

Pour en apprendre davantage sur le programme de doctorat en études et pratiques des arts de l'UQAM: www.doctorat-arts.uqam.ca.