Accessibilité et financement - Faute de fonds, des abandons !

Le Conseil national des cycles supérieurs de la Fédération étudiante universitaire du Québec souhaite que les étudiants inscrits aux cycles supérieurs aient accès au Régime québécois d’assurance parentale.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le Conseil national des cycles supérieurs de la Fédération étudiante universitaire du Québec souhaite que les étudiants inscrits aux cycles supérieurs aient accès au Régime québécois d’assurance parentale.

Le Conseil national des cycles supérieurs de la Fédération étudiante universitaire du Québec (CNCS-FEUQ) considère que le financement reçu par les étudiants a une incidence sur l'accessibilité aux études de 2e et de 3e cycles. Il estime que des mesures de conciliation études-famille-travail favoriseraient également cette accessibilité.

Le Conseil national des cycles supérieurs de la Fédération étudiante universitaire du Québec (CNCS-FEUQ) souhaite une augmentation des budgets des organismes subventionnaires pour que tous les étudiants dont le dossier est jugé excellent puissent recevoir une bourse. «Il y a énormément de dossiers qui sont recommandés pour leur excellence, mais qui ne sont pas financés par les organismes subventionnaires, faute d'argent suffisant», déplore le président du CNCS-FEUQ, Laurent Viau.

Selon des données obtenues par le CNCS-FEUQ, en 2008, 601 demandes de bourse de maîtrise et 750 demandes de bourse de doctorat présentées à des organismes subventionnaires québécois ont été recommandées pour un financement mais ont été rejetées, faute de fonds suffisants.

Dans un avis sur les formations universitaires aux cycles supérieurs qui a été rendu public le 19 octobre, le Conseil supérieur de l'éducation a lui aussi indiqué que le «nombre de bourses d'excellence consenties par les organismes subventionnaires ne permet de répondre qu'à une fraction des candidats dont le dossier est jugé excellent». Il a recommandé au gouvernement de «veil-ler à la croissance du nombre de bourses d'excellence».

Le Conseil supérieur de l'éducation estime que des conditions financières satisfaisantes «favorisent l'engagement dans le projet d'étude» et représentent donc «un déterminant de l'accessibilité de la formation aux cycles supérieurs, de la persévérance et de la durée raisonnable des études». Il a aussi traité de l'accessibilité géographique des formations de 2e et de 3e cycles sur le territoire du Québec. Il a par ailleurs souligné la hausse du nombre d'étudiants aux cycles supérieurs depuis le début des années 1990.

Accessibilité au diplôme

Créé en 2002 à l'initiative de l'Université du Québec, le Consortium d'animation sur la persévérance et la réussite en enseignement supérieur (CAPRES) a tenu cette semaine un colloque sur l'accessibilité aux études supérieures.

En ce qui concerne spécifiquement le 2e et le 3e cycles, le vice-président à l'enseignement et à la recherche de l'Université du Québec, Pierre Lefrançois, soulève en particulier la question de l'«accessibilité au diplôme».

«Le gros problème actuellement aux cycles supérieurs est beaucoup plus la réussite,

la diplomation, la durée des études, que l'accessibilité au sens classique du terme», précise-t-il.

Selon des données du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport du Québec, 69 % des personnes qui ont quitté un programme de maîtrise en 2006-2007 ont obtenu leur diplôme. Cette proportion était de 53 % au doctorat.

Parmi les facteurs qui peuvent avoir une influence sur la réussite des études aux cycles supérieurs, M. Lefrançois mentionne notamment le financement obtenu par les étudiants, l'encadrement et la conciliation études-famille-travail.

Conciliation et financement


Le CNCS-FEUQ se préoccupe de la question de la conciliation études-famille-travail. Il souhaite que les étudiants inscrits aux cycles supérieurs aient accès au Régime québécois d'assurance parentale (RQAP). Laurent Viau souligne que, à l'heure actuelle, le RQAP n'assure que les revenus d'emploi et non ceux provenant de bourses. Il soulève également la question de la prise en compte des besoins des étudiants-parents par le programme d'aide financière aux études. «On considère que les dépenses admises ne sont pas suffisantes pour couvrir l'ensemble des besoins, notamment en ce qui a trait aux frais de garde, mais également pour ce qui est des coûts de subsistance: coûts de logement, coûts de nourriture, etc.» De plus, le CNCS-FEUQ est en faveur d'une amélioration des services de garde en milieu universitaire.

Quelque 18 % des étudiants inscrits aux cycles supérieurs ayant participé en 2007 à une étude du CNCS-FEUQ avaient des enfants à charge. Il s'agissait d'une étude sur les sources et les modes de financement des étudiants inscrits aux cycles supérieurs. Environ 30 % de l'ensemble des répondants avaient reçu au moins une bourse d'excellence ou une récompense au mérite en 2006. Cette proportion était plus élevée au doctorat (58 % des étudiants à temps plein) qu'à la maîtrise de type recherche (30 % des étudiants à temps plein). Le pourcentage des étudiants en sciences pures et appliquées ou en sciences de la santé ayant reçu une bourse d'excellence ou une récompense au mérite était plus élevé que chez les étudiants en arts et lettres ou en sciences humaines et sociales. Les autres sources de financement des études étaient le travail rémunéré à l'extérieur de l'université ou à l'université, des contributions familiales, le programme de prêts et bourses du gouvernement du Québec ainsi qu'un soutien non accordé au mérite par le directeur d'études, un groupe de recherche, l'établissement d'enseignement ou un organisme externe. Quelque 31 % des répondants qui avaient interrompu leurs études aux cycles supérieurs au moins une fois ont mentionné des ennuis financiers comme raison principale.

Droits de scolarité et accessibilité

Selon le président du CNCS-FEUQ, une hausse des droits de scolarité pourrait nuire à l'accessibilité aux études de 2e et de 3e cycles. M. Viau estime que les étudiants contribuent déjà suffisamment au financement des universités.

Pour sa part, la Fédération québécoise des professeures et professeurs d'université (FQPPU) souhaite que l'université soit accessible tant au premier cycle qu'aux cycles supérieurs. «Nous encourageons, par toutes les mesures possibles, la plus grande accessibilité aux études supérieures. Ça signifie un soutien de l'État par des programmes de bour-ses. Ça signifie aussi des droits de scolarité raisonnables», indique le président de la FQPPU, Max Roy. «On n'est pas favorable à des augmentations excessives des droits de scolarité. On pense même qu'il doit y avoir une réflexion de fond sur cette question-là, et non pas l'imposition d'une hausse, comme il était annoncé dans le budget du mois de mars de M. Bachand.»

La FQPPU estime par ail-leurs que l'accessibilité aux études supérieures dépend beaucoup du développement de la recherche. «Dans la mesure où on soutient la recherche dans les universités, on peut développer de nouveaux créneaux, de nouveaux programmes, ou renforcer les programmes existants», dit M. Roy.

Le président de la FQPPU mentionne qu'il faut se féliciter de la hausse du nombre des étudiants. Il indique que le nombre des professeurs n'a toutefois pas connu une augmentation proportionnelle à celle du nombre des étudiants.

«S'il y a effectivement des gens de talent qui ont [accès] aux études pour l'instant, il faut que les moyens pour leur assurer une qualité de formation soient au rendez-vous», dit par ailleurs M. Roy.

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Collaboratrice du Devoir