De nouveaux doctorats - L'École polytechnique s'adapte aux nouvelles réalités

Un nouveau programme de maîtrise de l’École polytechnique est réservé à la gestion des projets d’ingénierie civile.<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Un nouveau programme de maîtrise de l’École polytechnique est réservé à la gestion des projets d’ingénierie civile.

En matière de maîtrises et de doctorats, l'École polytechnique de Montréal fait preuve de souplesse et d'ouverture d'esprit. Non seulement a-t-elle mis en place un nouveau programme de maîtrise conçu pour répondre à un besoin spécifique du marché du travail, mais elle a aussi repensé toute sa démarche en ce qui concerne les études au doctorat.

Le changement de cap en ce qui a trait au doctorat s'est fait à la suite d'un sondage mené auprès des ingénieurs ayant obtenu leur doctorat à l'École polytechnique de Montréal. «On voulait con-naître les secteurs d'activité dans lesquels oeuvraient nos anciens étudiants, explique Jean Dansereau, directeur des études supérieures à l'École polytechnique de Montréal. Cette enquête a démontré que même si 51 % de nos diplômés au doctorat travaillaient encore dans un milieu universitaire, soit en recherche ou en enseignement, seulement 15 % d'entre eux avaient choisi la carrière de professeur d'université. De plus, cela veut aussi dire que près de la moitié de nos diplômés au doctorat n'ont aucun lien avec le milieu universitaire. En fait, ils travaillent soit pour des services publics, soit pour des chaires de recherche industrielles, soit pour des entreprises privées, notamment en recherche et développement.»

Or le parcours typique menant au doctorat ne tenait évidemment pas compte de cette nouvelle réalité. «Le parcours typique était conçu comme si la finalité du doctorat devait mener au travail de professeur d'université, c'est-à-dire mener à l'enseignement, à la recherche universitaire et à la publication d'articles scientifiques. De plus, les études menant au doctorat étaient orientées vers des projets de recherche pointus.»

L'École polytechnique de Montréal n'est pas la seule à connaître pareille réalité. «Cela fait partie d'une mouvance internationale et on a vu pareil phénomène se produire dans les universités tant américaines qu'européennes.»

Une nouvelle démarche

Devant ce constat, l'École polytechnique de Montréal a donc modifié le parcours de ses doctorats afin de mieux tenir compte du fait que la moitié de sa cohorte de doctorants ira travailler hors des murs universitaires. Le premier changement a été la mise en place d'un comité-conseil pour chaque étudiant au doctorat. Ce comité-conseil est formé du directeur de thèse et d'au moins deux membres invités et il a pour but de mieux accompagner l'étudiant tout au long de son parcours le menant au doctorat.

«Le comité-conseil ne vient pas remplacer le directeur de thèse, qui demeure le principal responsable auprès du doctorant. Mais ses membres viennent appuyer le directeur de thèse. Les membres invités sont soit d'autres professeurs, parfois issus de champs d'expertise différents, soit des professionnels du secteur privé, et ils ont pour but d'apporter un nouvel éclairage sur la démarche ou le projet du doctorant. Cela permet de mieux orienter les travaux et de mettre en lumière certains aspects du projet qui autrement auraient peut-être échappé au directeur de thèse et à l'étudiant. Au fond, le comité-conseil permet de réunir autour de l'étudiant deux ou trois cerveaux de plus et ainsi renforcer l'accompagnement.»

Autre effet recherché: rendre le doctorat plus stimulant. «L'apport de personnes autres que le directeur de thèse stimule l'étudiant et rend plus plaisant le parcours menant au doctorat. On vise ici à donner au doctorant le meilleur encadrement possible afin d'augmenter le taux de diplomation de nos étudiants au doctorat.»

Le second changement est l'introduction au doctorat d'un microprogramme d'enrichissement, composé d'une série d'ateliers portant sur six habiletés jugées essentielles au doctorant qui opte pour une carrière à l'extérieur de l'université. Ces habiletés sont: les connaissances, les stratégies et les méthodes en recherche et innovation, la communication, la gestion, le comportement et le professionnalisme.

«Avec ces ateliers, on cher-che à outiller nos diplômés avec des habiletés qui pourront être obligatoires selon les tâches qu'on leur confiera au sein des organismes et des entreprises où ils iront travailler. De plus, cela permet d'augmenter l'étendue de leurs connaissances et de leurs compétences et ne plus les limiter à leur seule spécialisation scientifique. On cherche à leur donner tous les atouts nécessaires à la réussite de leur carrière. Et, pour les doctorants qui choisiront de travailler au sein des universités, les habiletés ainsi acquises serviront aussi.»

Nouvelle maîtrise

Depuis septembre, l'École polytechnique de Montréal accueille les étudiants inscrits au tout nouveau programme de maîtrise, la MAGESPIC, soit la maîtrise en gestion des projets d'ingénierie civile. Cette maîtrise s'adresse aux détenteurs d'un baccalauréat en génie civil qui ont acquis une expérience sur le marché du travail en génie civil pendant au moins trois ans.

«Nous répondons ainsi à une demande qui nous est venue directement des ingénieurs civils qui sont déjà sur le marché du travail. Comme le Québec s'est lancé dans d'importants travaux publics ces dernières années, soit la construction de nouveaux bâtiments ou de nouvelles infrastructures ou la réfection d'ouvrages déjà construits, le nombre de projets de génie civil à gérer a considérablement augmenté. Plusieurs ingénieurs qui voulaient s'orienter vers ce secteur et participer à ces travaux publics estimaient qu'ils n'a-vaient pas toutes les compétences requises pour bien faire ce travail. Cette maîtrise vient répondre à cette demande.»

Comme elle s'adresse à une clientèle déjà en exercice, le parcours de cette maîtrise en tient compte. «Nous avons mis en place un horaire suffisamment souple pour que l'étudiant puisse suivre ses cours de maîtrise tout en continuant à occuper son emploi à temps plein et ainsi demeurer actif sur le marché du travail.»

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Collaborateur du Devoir