Universités - Piger dans la recherche pour financer le béton

Les universités québécoises pigent de plus en plus dans leur budget de fonctionnement, lié aux activités de recherche et d'enseignement, pour financer le béton de leurs installations
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les universités québécoises pigent de plus en plus dans leur budget de fonctionnement, lié aux activités de recherche et d'enseignement, pour financer le béton de leurs installations

Les universités québécoises pigent de plus en plus dans leur budget de fonctionnement, lié aux activités de recherche et d'enseignement, pour financer le béton de leurs installations. C'est ce que permet de conclure une étude longitudinale de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d'université (FQPPU) rendue publique hier.

En dix ans, soit entre 1997 et 2007, la part de financement des immobilisations grevée à même le budget de fonctionnement est passée de 26 % à 45 %. Si la FQPPU se doutait qu'un tel phénomène se produisait, elle était loin d'en constater l'ampleur. «On se doutait qu'on trouverait des choses comme celle-là, mais l'ampleur que ç'a pris au cours des quatre ou cinq dernières années, ça nous a jetés à terre», a indiqué Michel Umbriaco, professeur à la Télé-université, l'un des chercheurs de l'étude.

Une telle étude, réalisée à partir des bilans financiers des différentes universités du Québec, a permis de faire la lumière sur le manque de financement chronique des universités pour l'embauche d'enseignants et les activités de recherche alors que le gouvernement affirmait pourtant investir d'importantes sommes dans le domaine. «Quand on travaille dans le milieu universitaire et qu'on entend que le gouvernement ajoute des centaines de millions, on se demande toujours où va cet argent-là. Nous, on ne le voyait pas, a dit M. Umbriaco. C'est en faisant l'étude qu'on s'est aperçus que l'équivalent de cet argent a servi à des frais d'immobilisations.»

L'équation que fait M. Umbriaco est simple. Depuis dix ans, le ministère de l'Éducation a réduit son financement des immobilisations universitaires — il est passé de 1935 $ par étudiant à 1535 $, soit une diminution de 20 % — alors que, contrairement à ses prévisions, l'effectif étudiant a explosé et s'est accru de 23,4 %. Entre-temps, toutes les universités du Québec ont fait des acquisitions d'immobilisations totalisant près de 700 millions, soit une croissance de 108 % depuis 1997.

Résultat? Les universités doivent financer les mètres carrés nécessaires pour leurs nouveaux étudiants à même leur budget de fonctionnement. «Puiser dans le fonds de fonctionnement, c'est une pratique "normale" depuis une vingtaine d'années», constate M. Umbriaco. «Dans les immobilisations, il y a beaucoup de dépenses informatiques et la révolution informatique a fait en sorte que les budgets n'étaient plus suffisants. C'est là qu'une partie de ces fonds ont été [pris] dans les fonds de fonctionnement», avance-t-il, en précisant que toutes les universités ont recours à cette pratique dans une proportion très similaire.

Une compétition néfaste


Le président de la FQPPU, Max Roy, déplore que de tels investissements en immobilisations se fassent au détriment de la recherche. «À moins de considérer que le développement du parc immobilier est une priorité de l'université québécoise, cette orientation budgétaire est insoutenable à tous les points de vue», écrit-il dans la préface de la recherche.

Une série de recommandations vient d'ailleurs avec cette étude qui a été transmise à la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp. À commencer par des états généraux, notamment pour réfléchir sur les pratiques de compétition entre établissements universitaires, que les chercheurs tiennent pour responsables des «détournements de fonds». «Il y a des développements pour trouver de la nouvelle clientèle qui sont débiles. La construction de campus et la compétition sur des territoires de toutes les universités, Sherbrooke à Longueuil, Montréal à Trois-Rivières, etc., dans des programmes qui sont les trois quarts du temps offerts par d'autres universités, ce n'est pas correct, dénonce Michel Umbriaco. On a des sous-centres, remplis de chargés de cours, où il n'y a même pas une activité intellectuelle forte. Est-ce que c'est ça qu'on veut, devenir de gros cégeps?»

«Notre prétention est que, si on veut rester compétitifs dans le monde d'aujourd'hui, notre compétition ne doit pas être entre Trois-Rivières, Chicoutimi ou Montréal! On a dix ans pour choisir ce qu'on veut au Québec. Devenir une économie dite émergente, durable ou du Tiers-Monde? Ça passe par une réflexion sur l'université», a-t-il insisté, en dénonçant l'incohérence du ministère de l'Éducation.

Le président de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Louis-Philippe Savoie, abonde en ce sens. «Si on investit de plus en plus dans le béton, c'est sûrement qu'on en a besoin, mais il y a peut-être une partie qu'on n'a pas besoin d'investir et qui est une réponse à la compétition entre universités. Le phénomène de délocalisation des campus n'est pas encadré», déplore-t-il. Il réclame qu'une sérieuse discussion soit menée sur le sujet à la rencontre des partenaires prévue par la ministre d'ici la fin de l'automne.

Au cabinet de la ministre, on s'abstiendra de tout commentaire pour l'instant, préférant d'abord prendre connaissance de l'étude.
5 commentaires
  • Assez merci - Inscrit 29 octobre 2010 07 h 12

    Priorité zéro!

    Ils font la même chose avec la santé.

    Il mttent l'argent dans le béton et rien pour du personnel et le service aux citoyens.

    Et après on vient nous dire qu'il n'y a plus d'argent, faut aller au priver, augmenter les frais.

    De belles urgences avec les meilleurs tecknologies, ca va se vendre mieux dans quelques années!

    De belles universités, ca va se vendre mieux au privé dans quelques années aussi.

    Faut pas oublier que les nouveaux CHUM, auront la vocation de s'occuper du touriste de santé pour rentabiliser le tout!

  • La Loutre - Inscrit 29 octobre 2010 09 h 16

    Au bénéfice de qui?

    La mission des universités se résume en deux mots: recherche et formation. Ça signifie que l'université est le lieu où on génère et transmet des connaissances. Quand les administrateurs universitaires se lancent dans le développement immobilier, on assiste à un détournement de la mission universitaire. On le voit, ici et là, le résultat de ces investissements dans le béton (regardez l'ilot voyageur...). Regardez qui sont les maitres d'oeuvres de ces constructions, et vous verrez qui sont les grands bénéficiaires de ce détournement d'argent. Et le grand perdant, c'est la société entière.

    En terminant, pour appuyer ce que monsieur Umbriaco dit ("On a dix ans pour
    choisir ce qu’on veut au Québec. Devenir une économie dite émergente, durable ou du Tiers-Monde? Ça passe par une réflexion sur l’université»), il est intéressant de jeter un coup d'oeil au document produit par Science Metrix:

    http://www.science-metrix.com/30years-Paper.pdf

  • Jacques Gagnon - Abonné 29 octobre 2010 09 h 18

    Le doigt sur le bobo

    Je suis heureux de voir qu'enfin quelqu'un dénonce cette bétonophilie rampante.

    Depuis toujours on peut constater que les projets publiques s'accompagnent d'un accouchement immobilier. Pour un fonctionnaire, il semble bien que ce soit un symbole tangible de réussite. Peu importe ce que produira le projet, une relique persistera dans le paysage pour témoigner des efforts de nos «grands bâtisseurs».

    Prenez le CHUM comme exemple. On ne parle que de la manière de disposer du béton, de l'édifice. Quel est donc le vrai projet d'amélioration des soins, de la recherche et de la formation des médecins ? Pas un mot sur la raison de ces projets et sur l'équation entre le béton et le projet de soins.

    Pour nos gouvernants l'asphalte et le béton sont les seules infrastructures qu'on puisse imaginer.

  • Naturelebo - Inscrit 29 octobre 2010 11 h 07

    Allo, le vrai problème tabou !!!

    Env gros Max 15% d'anglo au Québec = 23% du budget universitaire
    Env. 85% Minimum Franco (Néos compris) au Québec = 77% du budget universitaire

    C'est normal qu'il faut du béton, la demande pour les universités francos est en hausse, mais pas d'investissements pour les infrastructures, on sacrifie quelques cohortes pour de futures qui auront un peu plus de chance avec les budgets de recheche.

    ce déséquilibre est questionnable en plus du fait que le 2è Grand hopital universitaire à été fait sur l,Île de Montréal... la première injustice, c'est de l'avoir fait sur l'Île au lieu que dans la ville de Québec qui désert plus de 2.0 millions d'habitant jusqu'en gaspésie et tout le Lac-St-Jean, La capital et chaudière appalache jusqu'à Trois-Rivière env. Mais NON, on a préféré faire des milliards d'investissement pour 500 000 anglos au lieu de 2 millions de francos régionaux !!!

    Les INJUSTICES passées sous silence !!!
    Assez, c'est Assez
    Après, on ose demander si les Anglos sont bien traités à Montréal, comme des Sujets de Sa Majesté, EUX' CE SONT DES ÊTRES ROYAUX !!! (2 universités, 1 Méga Hopital), je me demande si les francos de l'Ontario ont autant que notre supposé MINORITÉ (qui est un mensonge d'état pcq ils ne sont pas la Minorité tant et aussi longtemps que le Québec sera province, POINT FINAL, ils sont de la majorité qui jouent au ptit pour pouvoir avoir des droits et privilèges réservés aux minorités habituellement, ils font pitier ces anglos-qc lol) !!!

  • France Marcotte - Inscrite 29 octobre 2010 17 h 53

    Pas clair

    "Quand on travaille dans le milieu universitaire et qu'on entend que le gouvernement ajoute des centaines de millions, on se demande toujours où va cet argent-là", dit M.Umbriaco. Ensuite, l'article dit: Depuis dix ans, le ministère de l'Éducation a réduit son financement des immobilisations universitaires — il est passé de 1935 $ par étudiant à 1535 $, soit une diminution de 20 %. Question: si l'argent du gouvernement ne va pas dans l'immobilisation et que les universités doivent puiser à même leur budget de fonctionnement pour compenser le manque, où vont les centaines de millions du gouvernement dont on parle au début? Aussi: que fait-on de ce que rapportent les frais de scolarité?