Rencontre des partenaires - Beauchamp rejette l'intégration à tout prix

Pour la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, «il ne faut pas se dire que le succès de l’éducation d’un enfant handicapé ou en difficulté est d’intégrer 100 % de ces enfants dans la classe régulière cinq jours par semaine».<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Pour la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, «il ne faut pas se dire que le succès de l’éducation d’un enfant handicapé ou en difficulté est d’intégrer 100 % de ces enfants dans la classe régulière cinq jours par semaine».

La ministre de l'Éducation aurait souhaité un consensus «le plus large possible» sur la question de l'intégration des élèves en difficulté, mais elle ne l'aurait eu que partiellement. Néanmoins, au terme de cette journée de discussions, elle a déjà pris position sur un bon nombre de points, et le plan de match devrait être prêt en juin 2011.

Il n'y aura pas d'intégration à tout prix, et des formules «à la carte» devront être proposées aux élèves handicapés et en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage (EHDAA). Quant aux écoles privées et celles qui ont des vocations particulières, elles devront faire davantage pour intégrer les EHDAA.

Voilà quelques annonces, somme toute audacieuses, qu'a faites la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, à l'issue de la rencontre des partenaires d'hier en se disant bien consciente qu'elle allait heurter les sensibilités des groupes défendant l'intégration de tous. «Il ne faut pas se dire que le succès de l'éducation d'un enfant handicapé ou en difficulté est d'intégrer 100 % de ces enfants dans la classe régulière cinq jours par semaine. C'est un faux débat. Il faut accepter que, parfois, ces enfants sont mieux dans une classe spécialisée. Et encore, il y a un modèle ou l'enfant est dans une classe régulière, car il réussit très bien en français, mais il peut parfois être dans une autre classe», a expliqué la ministre lors d'un point de presse en fin de journée.

Elle entend également «s'asseoir» avec les écoles privées, car elle admet qu'elles ont un engagement social à assumer pour l'intégration et la rétention des enfants en difficulté. «Mais, assurément, il y a une obligation de résultat», a indiqué la ministre en insistant sur le devoir de rétention de ces élèves. «Certaines personnes du milieu scolaire vous diront qu'on les intègre et qu'aux examens de secondaire 4 et 5, on fait comprendre subtilement que l'enfant serait mieux d'aller dans une autre école, car on ne veut pas faire chuter les résultats. Il faut les admettre et les faire réussir.»

Baliser l'intégration

La ministre Beauchamp a également retenu d'autres idées qui ont rallié un grand nombre de la trentaine de groupes invités, soit celle de l'importance d'élaborer un canevas de plan d'intervention impliquant tous les intervenants autour de l'enfant, à commencer par les parents afin de faciliter le suivi si celui-ci change d'école ou de commission scolaire. La notion de «contrainte excessive», qui est en quelque sorte la limite de l'intégration, sera balisée. «Je sais que je vais déranger et bousculer», a reconnu la ministre de l'Éducation en soulignant que la Loi sur l'instruction publique permet d'aborder cette question. Toutes ces consultations, que ce soit avec les écoles privées et publiques ou au sein des comités paritaires patronaux-syndicaux prévus dans la convention collective, devront être terminées d'ici juin 2011.

Et pas question d'ajouter des ressources budgétaires alors qu'il n'est pas de modèle d'intégration qui fasse consensus. «En fait, j'ai compris qu'on aurait besoin de plus de temps pour intervenir de la bonne façon, ça me fait dire qu'il y a encore du travail à faire dans la lutte à la bureaucratie scolaire», a constaté la ministre.

Enfin, elle a noté qu'il n'y avait pas eu non plus de consensus sur la question de la formation des enseignants. Certains voudraient qu'ils soient mieux formés pour répondre aux besoins des enfants en difficulté, alors que d'autres, en particulier les syndicats d'enseignants, y sont farouchement opposés.

Des réactions positives

Dans les couloirs du Centre des congrès, où avait lieu la rencontre, les réactions positives abondaient hier à l'issue du discours de clôture de la ministre. «Je ne veux pas devenir jovialiste, mais elle a l'air d'y croire», s'est réjoui Réjean Parent, président de la Centrale des syndicats du Québec. «Je dirais que 80 % du message a été entendu. Mais il y a un noeud sous l'angle des ressources budgétaires», a-t-il ajouté en parlant du manque à gagner de 800 millions pour rattraper la moyenne canadienne des investissements par personne.

La présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec, Josée Bouchard, parle d'une journée «très constructive». Elle reconnaît qu'il y a des discussions à continuer, entre autres sur un sujet qui a été abondamment évoqué: l'arrimage entre le ministère de l'Éducation et le ministère de la Santé et des Services sociaux dans le dossier de l'intégration. «En réponse à ça, ce sont les plans locaux, mais il y a plus que ça. Je prends l'exemple de la CSDM qui doit traiter avec huit CSSS. C'est complexe. De l'autre côté, vous avez la Fédération des directions d'école qui veut des postes de CLSC dans les établissements.»

En marge du forum, des syndicats ont manifesté, tout comme le Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec, déçu de ne pas avoir été invité. «Le portrait n'est pas complet», a estimé Suzanne Daneau, la porte-parole et directrice de la Boîte à lettres à Longueuil. Pour elle, le problème dépasse le cadre de l'école et se situe dans la pauvreté et l'exclusion.

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Rectificatif du 28 octobre 2010
Suzanne Daneau n’est pas porte-parole du Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec, comme nous l'avons écrit dans l'article précédent, mais porte-parole du Ralliement engagé envers les jeunes exclus du système scolaire (REJESS) qui manifestait en marge de la rencontre des partenaires sur l’intégration des enfants handicapés et en difficulté.