Line Beauchamp amorce les Rencontres des partenaires

Avec les Rencontres des partenaires qui s'échelonneront jusqu'au printemps, la nouvelle ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, montre quelles sont ses priorités.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Avec les Rencontres des partenaires qui s'échelonneront jusqu'au printemps, la nouvelle ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, montre quelles sont ses priorités.

Financement des universités, formation professionnelle, démocratie scolaire... Avec les Rencontres des partenaires qui s'échelonneront jusqu'au printemps, la nouvelle ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, montre quelles sont ses priorités. Et cela commence en force aujourd'hui avec l'un des forums les plus attendus dans le réseau, celui sur l'intégration des enfants handicapés et en difficulté. État des lieux.

Dans son école en Montérégie, Philippe a la cote... 50. Celle qui est attribuée par le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) pour tous les enfants qui ont un trouble envahissant du développement (TED). Aujourd'hui en 5e année du primaire, Philippe sait depuis la maternelle qu'il est un autiste de haut niveau. Cela ne veut pas dire qu'il est un cas lourd, au contraire. Il est plutôt du type Rain Man. Car il possède un quotient intellectuel élevé, même s'il éprouve des difficultés d'apprentissage et de socialisation.

Le «code» — dans le jargon ministériel — permet à la commission scolaire de recevoir un certain montant d'argent afin de l'intégrer en classe ordinaire et lui offrir les services dont il a besoin. Contrairement aux enfants répertoriés par des codes de handicaps, il existe des quotas pour les enfants avec des codes DAA (en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage) comme le trouble de comportement (code 12) ou la déficience intellectuelle légère (code 11). À cela s'ajoutent d'autres sommes, notamment en fonction de l'indice de défavorisation de l'école.

Mais il faut aussi s'occuper des élèves qui n'ont pas encore été cotés et qui sont donc exclus des budgets octroyés par le ministère. Et aussi des enfants qui cumulent plusieurs difficultés et à qui le ministère ne reconnaît qu'un seul code. «Devant l'ampleur des besoins, on est confrontés à un problème éthique. Si on a un élève TED [trouble envahissant du développement] qui reçoit un financement nominatif et qui fonctionne relativement bien, il est très possible qu'une partie de son financement soit réorientée vers un élève qui a une difficulté de lecture en première année», explique Jocelyne Duhamel, directrice adjointe du réseau des écoles spécialisées et responsable du dossier de l'adaptation scolaire à la Commission scolaire de Montréal (CSDM).

Dans le cas de Philippe, l'argent que son école reçoit sert notamment à payer les heures qu'il passe avec un «TS», soit un technicien spécialisé. Mais c'est loin d'être assez. Pour compléter, les parents de Philippe requièrent les services d'un neuropsychologue et d'un orthopédagogue au privé. D'autant que, cette année, le garçon âgé de dix ans et demi a cinq heures avec un TS au lieu de douze. «On s'affiche comme des parents ayant les moyens d'aller au privé, notre temps est probablement réduit à cause de ça», croit Marie-Josée Crête, la mère de Philippe.

Elle considère néanmoins qu'elle est chanceuse de pouvoir se permettre des services extérieurs en plus d'avoir un soutien de l'école. Des enfants dits «à risque» ou aux prises avec d'autres troubles de comportement ou d'apprentissage ne reçoivent pas d'aide spécifique parce qu'ils ne font pas partie de l'un des 15 codes que le ministère attribue. C'est le cas des enfants dyslexiques à qui le tribunal, selon un jugement rendu la semaine dernière, ne reconnaît pas de traitement discriminatoire fondé sur leur déficience.

Les limites de l'intégration

L'année dernière, Philippe s'est heurté à un mur. Ou les limites de l'intégration, pense sa mère. Il a régressé sur le plan de l'apprentissage et a commencé la médication. «Certains profs ont un intérêt marqué et prennent ça comme un défi, mais d'autres non. [...] Mais on ne peut pas s'attendre à ce que l'enseignant soit toujours à la fine pointe», explique Marie-Josée Crête.

En voyant à quel point le réseau ne répond pas toujours bien aux besoins de Philippe, elle a cessé de croire à l'intégration à tout prix. «Il devrait y avoir une classe pour accueillir mon enfant, une classe avec d'autres enfants comme lui. Ça pourrait faciliter les apprentissages au lieu de le noyer dans la masse.»

Plus de classes spéciales pour les enfants qui ne sont pas «normaux»? Plusieurs applaudissent à l'idée. Maude [nom fictif], mère d'une petite de 4e année très douée à l'école, la première. Cette année, dans la classe de sa fille, 5 élèves sur 27 ont des plans d'intervention, donc font l'objet d'un suivi serré. «Ma fille me raconte qu'il y a constamment des va-et-vient et des perturbations dans la classe pour contrôler ces enfants indisciplinés. Je n'ai rien contre les élèves en difficulté, mais je trouve qu'on est dans un nivellement par le bas, et on oublie les autres qui vont bien. On dirait qu'on laisse tomber la culture de l'effort et de la performance à l'école», va-t-elle jusqu'à dire.

Pourtant, certains enfants tirent des bénéfices de cette intégration. Et progressent lorsqu'ils sont entourés d'enfants «normaux». C'est ce qu'argue la maman de la jeune Lucie Polo, atteinte de paralysie cérébrale et d'une déficience intellectuelle, qui l'a vue faire des pas de géant au contact des enfants «normaux» de la garderie du coin.

Ce dilemme fera d'ailleurs partie des discussions de la rencontre d'aujourd'hui entre les divers acteurs du milieu puisque l'un des trois axes de débat proposés par la ministre de l'Éducation est: «Comment, concrètement, peut-on assurer à tous les élèves l'accès à une éducation de qualité, et ce, dans la perspective de la recherche d'un juste équilibre entre tous?»

Maude a sa petite idée. «Si on avait une classe spéciale ou quelques cours où ces enfants-là pourraient avoir des ressources spéciales et aller à leur rythme, ce serait mieux. Mais ils pourraient faire, par exemple, de l'éducation physique avec tout le monde», propose-t-elle. «Mais quand on force l'intégration, c'est tout le monde qui est retardé.»