Débat-conférence 100 ans d'éducation au Québec - De nouveaux défis à relever, 50 ans après le rapport Parent

Dans l’ordre: Robert Bisaillon, Françoise Guénette, Michel Perron et Jean-Pierre Proulx à la conférence-débat tenue hier au Musée de l’Amérique française, à Québec.<br />
Photo: Yan Doublet - Le Devoir Dans l’ordre: Robert Bisaillon, Françoise Guénette, Michel Perron et Jean-Pierre Proulx à la conférence-débat tenue hier au Musée de l’Amérique française, à Québec.

Cinquante ans après la secousse que fut le rapport Parent pour le système d'éducation au Québec, les défis contemporains ne sont plus ceux de l'accessibilité, mais bien de la réussite et de la diversité, de la valorisation du travail des enseignants et de l'adaptation scolaire.

«Si on veut faire bouger l'aiguille du taux de diplomation au Québec, qui n'a pratiquement pas bougé depuis 30 ans, on se doit de faire les choses autrement», a affirmé hier Michel Perron, sociologue connu pour son implication au sein du CREPAS, ce groupe qui a mobilisé une communauté entière autour des questions de persévérance scolaire au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Avec d'autres observateurs du monde de l'éducation, M. Perron participait hier au troisième débat-conférence organisé au Musée de l'Amérique française par l'Institut du Nouveau Monde, le tout dans le cadre des 100 ans du Devoir.

Les panélistes invités (Robert Bisaillon, ancien sous-ministre au ministère de l'Éducation, Jean-Pierre Proulx, professeur retraité de l'Université de Montréal, et Éric Bédard, historien et professeur à la Teluq) ont rappelé le contexte des années 60, où tout était à bâtir, mais où les taux de décrochage du célèbre cours classique avoisinaient les... 70 %. «C'est un peu triste qu'on en soit encore là!» s'est désolé Éric Bédard, qui a insisté sur l'obsession de la pédagogie au détriment des disciplines dans la formation des futurs maîtres.

Les spécialistes ont aussi traité de la question de la démocratie scolaire, qui doit faire l'objet d'un nouveau débat politique cet automne. «Le système que nous avons ne donne pas les résultats souhaités et la preuve en est bien faite», croit Jean-Pierre Proulx, qui avance pour soutenir ses dires les faméliques taux de participation aux élections scolaires (5 %, «quand il y a des élections, parce que 75 % des commissaires sont élus par acclamation»).

Les panélistes ont insisté sur les raisons diverses qui pouvaient expliquer les ratages de l'école contemporaine, notamment le nombre d'élèves en difficulté, le statut précaire d'un fort pourcentage d'enseignants et aussi l'absence de continuité, jusque dans la «permanence» ministérielle. «Il y a eu 16 ministres de l'Éducation en trente ans, explique Robert Bisaillon. La constance des ministres, c'est un problème. Est-ce que quelqu'un quelque part pourrait penser à un monitorage des politiques ministérielles?»
2 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 29 septembre 2010 09 h 32

    Nouveaux défis?

    Nouveaux défis? Les étudiants de la réforme arrivent au Cégep; ils sont là sans jamais avoir étudié de leur vie. Dans deux ans, ils seront à l'université!
    Ce qui se passe dans l'éducation publique présentement au Québec est un immense gâchis dont les conséquences seront désastreuses pour l'avenir de notre nation.
    La dernière réforme est un échec retentissant. Le détachement avec lequel les responsables en parlent donne froid dans le dos.
    Voici ce qui va arriver dans l'avenir. Le système public va de plus en plus baisser ses standards pour obtenir un illusoire «taux de réussite» et il va former les porteurs d'eau de demain. Le système privé va ramasser les élèves motivés.
    Ce sera le retour à la case départ: la grande noirceur.
    Avez-vous dit nouveaux défis?

  • Bernard Dupuis - Abonné 29 septembre 2010 10 h 55

    Un système à deux vitesses.

    N'est-il pas étonnant que parmi les défis contemporains de la société québécoise, relativement à l'éducation, on ne mentionne jamais la prolifération de l'enseignement privé? Ce système n'est-il pas en fait le symptôme d'une société néolibérale qui privatise le succès et les profits et qui étatise les échecs et les pertes?

    Les parents ont le choix de l'école de leurs enfants. Étant donné la mauvaise réputation de l'école publique, les parents peuvent choisir l'école privée. Toutefois, ce n'est pas parce que les parents ont choisi l'école privée que leur enfant y sera accepté nécessairement. Cette école effectue à son tour une sélection. Pour être accepté, l'enfant devra faire preuve de grandes aptitudes, d'une part, étant donné les exigences de l'école privée, ainsi qu'un véritable goût du travail, d'autre part. Si l'enfant est plutôt médiocre et plus ou moins paresseux, il sera relégué à l'école publique. D'un côté, les plus aptes pour l'école privée, de l'autre côté, les moins aptes pour l'école publique.

    Le président de la fédération des établissements d'enseignement privées affirmait dans l'édition du Devoir du 19 septembre (est-ce de la publicité déguisée?) que sur 187 institutions privées, 11 d'entre elles (5.8 %) acceptaient exclusivement des enfants en difficultés d'apprentissage ou handicapés. Dans son collège, M. Saint-Jacques parle de 14 % d'élèves «aux prises avec un retard scolaire». Il ne peut donner de chiffres plus élaborés pour les autres établissements de sa fédération. Or, ce type d'élèves constituent maintenant plus de 50 % des inscriptions des écoles publiques dans la région de Montréal!

    Par conséquent, à quand un débat public sur cette école à deux vitesses qui privatise le succès et qui étatise les défaillances?

    Bernard Dupuis, Berthierville.