Victor Doré - Le surintendant garde les élèves en classe

Amélie Daoust-Boisvert Collaboration spéciale
Victor Doré<br />
Photo: Victor Doré

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

«Si la fréquentation scolaire obligatoire n'est pas l'unique remède à employer, elle constitue tout de même le moyen le plus propre à favoriser le progrès de l'éducation pour la masse du peuple», lance en 1942 le surintendant à l'instruction publique, Victor Doré, en dévoilant au Comité catholique du Conseil de l'instruction publique de troublantes statistiques qui soulignent à grands traits la piètre performance scolaire du Québec.

Des 13 000 élèves âgés de 8 ans qui étaient inscrits dans les écoles catholiques de Montréal en 1933, la moitié d'entre eux seulement sont encore en classe en 1940. Victor Doré a la ferme intention de convaincre le clergé du bien-fondé d'une loi sur l'instruction obligatoire. Il triomphera là où, depuis près de 100 ans, bien d'autres, même les plus entêtés, se sont heurtés à un mur.

Tour à tour enseignant, comptable, contrôleur des finances puis président général de la CECM, Doré est un réformiste. Dès 1932, il réussit à faire aménager des classes pour les enfants atteints de déficience intellectuelle à l'école Montcalm, aujourd'hui l'école Victor-Doré, qui s'acquitte toujours de cette mission.

«La loi, on la doit en grande partie à Doré. Bien sûr, si [le premier ministre Adélard] Godbout n'avait pas été là, ça n'aurait pas marché non plus. Mais c'est le surintendant qui a semé les germes», raconte l'historienne Andrée Dufour.

Oui à l'instruction obligatoire

Après avoir convaincu le Comité catholique du Conseil de l'instruction publique — non sans effort! — Doré voit son projet prendre forme: en avril 1943, l'Assemblée législative dit oui à l'instruction obligatoire pour les enfants âgés de six à quatorze ans. École primaire et manuels scolaires sont désormais gratuits. De plus, le surintendant augmentera substantiellement le financement des commissions scolaires afin de venir à bout de la pénurie d'écoles et d'enseignants, qui mine aussi la persévérance scolaire.

Imparfaite à plusieurs égards, la loi de 1943 laisse des jeunes passer entre les mailles du filet. Mais elle prépare le terrain pour la grande démocratisation de l'éducation qui bouleversera le Québec dans les années 1960 et qui permettra à la province de rattraper le retard qui s'est creusé entre les Canadiens français et les Canadiens anglais en matière d'éducation.

Peu après l'élection de Duplessis en 1944, Doré quitte le monde de l'éducation. Il devient ambassadeur du Canada en Belgique et au Luxembourg, puis en Suisse et en Autriche. Il meurt en mai 1954, à l'âge de 74 ans.