Claude Ryan - De combat en combat

Lisa-Marie Gervais Collaboration spéciale
Claude Ryan<br />
Photo: Jacques Grenier -Le Devoir Claude Ryan

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Grand intellectuel d'une foi, d'une intégrité et d'une rigueur sans pareilles, Claude Ryan a été l'un des Québécois les plus influents et les plus sollicités de son temps. Que ce soit dans les milieux fédéralistes ou souverainistes, libéraux ou nationalistes, laïques ou religieux, ce journaliste, qui fut directeur du Devoir et chef du Parti libéral, savait conseiller, discourir et débattre, surtout lorsqu'il s'agissait de défendre les principes qu'il chérissait.

Né à Ville-Émard en 1925 et élevé dans une famille modeste au père absent, Claude Ryan n'en était pas moins un homme de combat. Cette phrase désormais célèbre du biographe Aurélien Leclerc est souvent reprise pour évoquer l'essence de ce grand esprit tenace: «Claude a été élevé à se battre dans la rue, mais à penser comme un prince.»

Il effectuera par la suite des études au collège Sainte-Croix de Montréal (aujourd'hui le cégep Maisonneuve) et à l'École de service social de l'Université de Montréal, avant d'occuper le poste de secrétaire national de la section langue française de l'Action catholique canadienne en 1945. Il n'avait alors que 20 ans.

Droits de scolarité doublés!

Parmi ses batailles, la victoire du Non au référendum de 1980 sur la souveraineté du Québec, contre René Lévesque qui menait le camp du Oui, fut sans contredit l'une de ses grandes réussites politiques. Mais ses luttes pour les idéaux qu'il défendait ne ralliaient pas toujours la majorité. En 1989, lorsqu'il était ministre de l'Enseignement supérieur et de la Science, Claude Ryan s'est attiré les foudres des étudiants du Québec tout entier en osant annoncer, après un gel de plusieurs années, une hausse des droits de scolarité pour l'université. Après quatre affrontements en règle avec les jeunes libéraux du Congrès jeunesse, son idée avait fini par passer au sein des instances du parti.

Ce fut un coup dur porté aux étudiants. De 540 $, les droits de scolarité — objet d'un gel depuis 20 ans — ont plus que doublé pour atteindre 1240 $ en 1992. Devant l'Assemblée nationale à Québec comme au centre-ville de Montréal, les étudiants de quelques cégeps et universités manifesteront et feront la grève pendant plus d'un mois. Mais l'homme avait ses principes et est demeuré intransigeant devant les étudiants revendicateurs, qui se sont finalement inclinés.

Claude Ryan ne gagnera toutefois pas son dernier combat, celui contre le cancer, et s'éteindra à l'hiver 2004, à l'âge de 79 ans.