Pauline Marois - La laïcité scolaire, enfin

Jean-Pierre Proulx Collaboration spéciale
Pauline Marois a convaincu son gouvernement, puis toute l'Assemblée nationale, de faire sauter le «verrou constitutionnel» de 1867.<br />
Photo: René Mathieu Pauline Marois a convaincu son gouvernement, puis toute l'Assemblée nationale, de faire sauter le «verrou constitutionnel» de 1867.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

On doit à Mme Pauline Marois, ex-ministre de l'Éducation, un exploit politique qui a marqué un moment charnière dans l'histoire de l'éducation au Québec. En 1997, elle a réussi à convaincre son gouvernement, puis toute l'Assemblée nationale, de faire sauter le «verrou constitutionnel» de 1867.

Ce verrou empêchait depuis 40 ans toute modification du régime ancestral des commissions scolaires catholiques et protestantes et leur remplacement par une formule plus conforme à l'évolution du Québec. Mme Marois ouvrait ainsi une brèche qui mènera, en 2005, à une complète laïcité scolaire.

Ce «verrou constitutionnel», c'était cet article 93 de la Loi constitutionnelle de 1867 qui protégeait les droits et privilèges confessionnels acquis par les catholiques et les protestants depuis 1841. Ce verrou ayant sauté, on a pu mettre en place les commissions scolaires francophones et anglophones que tous les partis appelaient de leurs voeux.

Mais Mme Marois devait d'abord convaincre ses collègues de prier Ottawa de bien vouloir concourir avec le Québec pour modifier la Constitution de 1867. Or tant les péquistes que les libéraux ne reconnaissaient pas la Constitution de 1982. Demander une telle modification, c'était donc, implicitement, reconnaître l'oeuvre de Pierre Trudeau. L'Assemblée nationale réussit à s'entendre pour faire la grande demande, sans admettre politiquement la légitimité de cette oeuvre!

Mme Marois a donc ouvert une brèche, mais seulement une brèche. Dans une déclaration ministérielle, en mars 1997, Mme Marois annonçait même: «Le libre choix entre l'enseignement moral et l'enseignement religieux, catholique et protestant, continuera d'être offert.» Mais elle a créé en même temps un groupe de travail «aux fins d'étudier l'ensemble de la question de la place de la religion à l'école». Huit ans plus tard, elle concourait, avec le ministre libéral Jean-Marc Fournier, à la laïcisation complète de l'enseignement public.
7 commentaires
  • Claude Gilbert - Inscrit 25 septembre 2010 19 h 12

    Avis aux membres du Parti Québécois : M. Jean-Pierre Proulx vient de vous avertir de ne pas vous fier à ce qu'elle dit.

    M. Proulx vous fournit pour cela l'exemple de l'engagement qu'elle avait pris en 1997 de ne pas supprimer l'enseignement religieux à l'école, ceci afin d'endormir les résistances à la déconfessionnalisation des commissions scolaires, alors simplement présentée comme une modernisation administrative nécessaire. En fait, elle avait non seulement promis de maintenir cet enseignement, mais également le statut confessionnel des écoles elles-mêmes à l'intérieur des nouvelles commissions scolaires linguistiques, promettant même que le maintien (ou la révocation) de ce statut serait assujetti à la consultation... des parents de chaque école! Imaginez, les parents devaient être consultés par l'école!! Et c'est la ministre de l'Éducation qui s'y engageait! Cela paraît complètement farfelu quand on y pense maintenant, sachant ce qui est arrivé, n'est-ce pas?...

    En réalité, il s'agissait d'une étape et Pauline Marois savait qu'elle devait tout simplement offrir des gages pour pouvoir avancer son jeu et passer à l'autre étape. Et ça a marché : la preuve, j'y ai cru à l'époque. La citation reprise dans cet article ne suffit pas pour vous convaincre de la duplicité dont Mme Marois fit alors preuve et dont M. Proulx lui fait aujourd'hui compliment? Alors complétons :

  • Claude Gilbert - Inscrit 25 septembre 2010 19 h 35

    Suite et complément promis (promesse tenue, dans le cas présent)

    Pauline Marois :

    « L'école publique se doit donc de respecter le libre choix ou le libre refus de la religion, cela fait partie des libertés démocratiques. »

    « Le libre choix entre l'enseignement moral et l'enseignement religieux catholique et protestant continuera d'être offert, EN CONFORMITÉ AVEC LA CHARTE QUBÉCOISE DES DROITS ET LIBERTÉS. »

    « Cette école devra être capable d'offrir le libre choix aux parents qui la fréquenteront... c'est-à-dire aux parents des enfants qui la fréquenteront, soit la possibilité d'une formation religieuse catholique, protestante ou une formation morale. »

    « Je répète, M. le Président, que l'école publique doit respecter le libre choix comme le libre refus de la religion qu'expriment les parents. » 1

    [1] Journal des débats, 26 mars 1997, Déclaration ministérielle de la Ministre de l’Éducation à l’Assemblée nationale

    http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/

    Chers amis du PQ, vous vous rappelez les remarques d'un de vos anciens chefs à propos de la cage à homards? Le truc n'a pas fonctionné (il n'avait qu'à ne pas s'en vanter, mais Jacques Parizeau était et demeure trop candide pour avoir jamais été un vrai politicien). Il eut toutefois une élève qui, elle, a appris et sait faire. Je vais donc faire comme M. Proulx en vous félicitant d'avoir une présidente aussi douée. Ce dernier se débrouillera avec sa conscience de distingué promoteur d'une "éthique" dont l'enseignement obligatoire mur-à-mur a pour origine une grosse tromperie qu'il juge digne d'être célébrée dans le journal.

  • Mario Jodoin - Inscrit 26 septembre 2010 03 h 28

    Jeu de mots ?

    «Mme Marois devait d'abord convaincre ses collègues de prier (...)»

  • Gebe Tremblay - Inscrit 26 septembre 2010 15 h 11

    Laïcité ?

    Mon oeil !!

    Le cours d'ECR n'est rien d'autre qu'un endoctrinement idéologique de même nature que les religions.

    Ceux qui l'ont préparé et conçu sont les mêmes lobyistes au service d'institutions idéologiques (think-tanks).

    La laïcité c'est la séparation de l'État de ces pouvoirs.

    On a transformé l'école en clergé et les profs en curés de la "nouvelle religion".

  • Syrinus - Inscrit 26 septembre 2010 18 h 10

    Réflexion sur la mise en place des systèmes scolaires francophone et anglophone.



    En mettant en place les commissions scolaires francophones et anglophones, le gouvernement creusait plus profondément fossé entre les communautés anglophones et francophones, leurs cultures particulières dans un contexte nord-américain où nous sommes tous en compétition. Nous devenons un groupuscule dans un très grand continent. Nous devenons plus vulnérables et moins compétitifs. L’université québécoise la mieux coté actuellement est l'Université McGill.

    Ça n’est pas la même situation en Europe où il y a une mosaïque de peuples, de langues, de cultures, de traditions où chacun à déjà pris place depuis des générations.

    Vous avez poussé notre peuple dans une situation de plus grande vulnérabilité, malheureusement.

    Françoise de Launière