Guy Rocher - «On avait le sentiment qu'on pouvait être audacieux»

Marie-Andrée Chouinard Collaboration spéciale
Guy Rocher<br />
Photo: Guy Rocher

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Intellectuel de haut calibre, pionnier des sciences sociales, l'un des auteurs du célèbre rapport Parent, le sociologue Guy Rocher a contribué de maintes manières à façonner la société québécoise telle qu'on la connaît aujourd'hui, une société qu'il a toujours souhaitée la plus juste et la plus égalitaire possible.

Guy Rocher effectue une maîtrise en sociologie à l'Université Laval, puis un doctorat à Harvard. En 1952, il retourne à Laval, mais pour y enseigner la sociologie et la psychologie sociale. Le pédagogue a formé à la sociologie des milliers d'étudiants; son ouvrage intitulé Introduction à la sociologie générale, publié en 1965, reste un traité de référence, non seulement ici mais un peu partout dans le monde.

Au début des années 1960, Guy Rocher passe à l'Université de Montréal — où il est toujours associé, depuis maintenant plusieurs années, au Centre de recherche en droit public de la Faculté de droit. Lorsque le ministre Paul Gérin-Lajoie crée la Commission royale d'enquête sur l'enseignement dans la province de Québec, le directeur du Département de sociologie de l'Université de Montréal, M. Guy Rocher, est désigné pour en faire partie, ce qui l'occupe notamment de 1961 à 1966.

«Le défi qu'avait à relever le système d'enseignement, au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, n'était pas que conjoncturel: il était aussi structurel», écrivait M. Rocher dans Le Devoir à l'occasion des 40 ans du rapport Parent. «Il ne s'agissait pas de faire face à la crise d'un moment: il fallait avant tout se situer dans la mutation d'une civilisation. En effet, pour la première fois dans toute l'histoire de l'humanité, on demandait que l'enseignement soit accessible à tous, sans discrimination.»

Dans une entrevue accordée lors de ce 40e anniversaire, il précise à quel point cette période de sa vie fut exaltante. «On travaillait dans un climat où on sentait que les choses allaient changer. [...] Autour de nous, il y avait un mouvement d'intérêt pour le système d'enseignement, et une intention de changer; ça nous portait, en quelque sorte. On avait le sentiment qu'on pouvait être audacieux.»

Engagé, fidèle à ses convictions, M. Rocher laisse sa marque dans nombre de luttes: la protection de la langue et de la culture, forces vives de l'identité nationale; le combat contre l'instrumentalisation de l'éducation, une des dérives du système actuel; les contours de l'identité nationale. Son parcours est véritablement celui d'un bâtisseur du Québec moderne.