À la FNEEQ-CSN - Le syndicalisme s'applique à intervenir différemment dans le secteur privé

Les enseignants du collège Notre-Dame constituent l’un des 34 syndicats affiliés à la FNEEQ-CSN.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Les enseignants du collège Notre-Dame constituent l’un des 34 syndicats affiliés à la FNEEQ-CSN.
La Fédération nationale des enseignants compte maintenant dans ses rangs 34 écoles, au moment où trois autres syndicats ont joint ses rangs au cours des derniers mois: «On en est rendu à plus de 2500 membres dans le secteur privé», indique la secrétaire générale de la FNEEQ, Caroline Senneville, qui dégage une particularité marquant la vie syndicale dans ce réseau: «Il y a 34 syndicats, 34 comités de négociations, 34 conventions collectives, et ce n'est pas tout le monde qui négocie en même temps.»

Il en résulte qu'il a fallu innover dans la mise en place d'une formule valable pour tous: «Notre travail, en plus d'offrir aux membres les services professionnels d'un conseiller syndical qui intervient auprès du comité de négociations, c'est aussi de les tenir informés de tout développement dans le monde du travail, donc de tous les changements législatifs et des jugements qui sont rendus.» Elle donne des exemples: «On rencontre un expert du régime québécois d'assurance parentale qui nous explique en détail comment cela fonctionne pour aider de cette manière les syndicats dans leurs négociations, et on fait aussi des comparaisons entre des conventions collectives en signalant des caractéristiques commentées et analysées de chacune de celles-ci.» Un tel exercice est de nature à enrichir les ententes con-clues d'un endroit à l'autre.

Elle fournit plus de détails sur cette façon de procéder: «C'est une espèce de travail de coordination, de mise en commun et même d'émulation. On va souvent également produire des argumentaires et, sur ce plan, on s'est beaucoup penché sur le sujet des libérations syndicales. On fournit de plus des guides techniques sur différentes questions. On accomplit toute une somme de travail pour que les gains obtenus par les uns puissent par la suite servir à d'autres. Pour arriver à ces fins, on réunit nos syndicats une demi-douzaine de fois par année.»

Et les syndicats invitent la FNEEQ à franchir un pas de plus dans cette direction: «Ils veulent que le travail soit vraiment mieux coordonné sur des textes communs portant sur des enjeux souvent très techniques et très compliqués. On passe beaucoup de temps sur ces dossiers et ce n'est pas nécessairement parce qu'il y a confrontation avec les patrons; ça relève de la complexité de ceux-ci, par exemple, dans le cas de celui sur les droits parentaux. On essaie d'élaborer des textes communs pour faciliter la tâche de tout le monde.»

Du véritable cas par cas

Dans le secteur privé, les salaires, les régimes de retraite et les congés relèvent des dispositions calquées à toutes fins utiles sur le réseau public: «Nous, on s'occupe de l'organisation du travail», lance Mme Senneville. Existe-t-il des différences majeures dans les conventions d'un endroit à l'au-tre? «Il peut y avoir des variations assez significatives. Dans certains établissements, la tâche de l'enseignement va être beaucoup centrée sur le volet éducatif, c'est-à-dire sur le travail en classe, quitte à ce que le nombre d'élèves soit plus élevé ou à ce que les heures de cours soient plus nombreuses. D'autres écoles vont demander à leurs enseignants de s'engager beaucoup plus dans la vie de celle-ci et, en contrepartie, on va alléger quelque peu la tâche enseignante.»

Les établissements veulent que la tâche soit modelée sur les projets pédagogiques qu'ils ont adoptés: «Tout à fait. Ça dépend aussi de l'organisation scolaire, du transport, du nombre d'élèves par classe, etc. Le nombre de congés de maladie varie et il existe des variables dans la façon de les monnayer. Chaque école représente un cas particulier, et nous, on s'adapte à cela.» Est-ce difficile pour une organisation syndicale de se retrouver dans un tel environnement? «Chez nous, à la CSN, la moitié des membres viennent du secteur privé et les conseillers sont habitués de travailler comme cela. Pour nous, l'autonomie des syndicats est une valeur très importante, et l'objectif, c'est d'avoir une convention collective qui réponde aux besoins du fonctionnement de l'école et qui offre les meilleures conditions de travail possibles pour les salariés.»

Les retombées et la mobilisation

Il y a des syndiqués qui profitent à leur tour des avancées réalisées dans la convention collective d'un établissement autre que le leur; c'est l'effet boomerang: «Il y a telle chose intéressante à Brébeuf et le syndicat de Regina Assumpta nous signale qu'il veut l'obtenir lui aussi; de plus, celui de Notre-Dame ne veut pas être en reste. C'est pourquoi on met beaucoup d'efforts dans la syndicalisation parce que plus on syndique, moins on peut se faire opposer les conditions de l'école voisine qui n'est pas syndiquée.»

Il reste du pain sur la planche en matière de syndicalisation dans le secteur privé, assure Caroline Senneville: «C'est tout le temps sur notre feuille de travail, pour la bonne raison qu'il y a encore beaucoup d'écoles où les gens ne sont pas syndiqués du tout et où le règne de l'arbitraire prévaut, notamment par rapport à l'accès à l'emploi ou aux tâches.» D'une façon générale, les personnels font les premiers pas dans le but d'obtenir leur accréditation: «Ce sont eux qui nous approchent, et nous, on ne se place pas à la sortie des écoles pour distribuer des dépliants.»

La secrétaire générale de la FNEEQ aborde de cette façon le sujet de la mobilisation dans le secteur privé: «En temps de négociations, comme les syndicats négocient leur propre convention collective, les gens se sentent responsables et les salles des assemblées générales sont pas mal remplies; ceux-ci sont plutôt mobilisés. Au secteur public, il paraît moins grave au membre de ne pas se rendre à une assemblée, perdu qu'il est dans une masse d'un demi-million de personnes. Quand on adhère à un syndicat de 60 personnes, ce raisonnement-là tient moins bien la route.» Elle apporte donc cette réflexion: «L'importance dans la mobilisation, ce n'est pas tant le geste lui-même qui est effectué, mais le fait qu'il est réalisé par l'ensemble des gens. J'ai pour mon dire qu'un port de macaron par 60 profs sur 60, c'est plus fort qu'un vote de perturbation gagné à 52 %.»

***

Collaborateur du Devoir

À voir en vidéo