Jean-de-Brébeuf - La tradition jésuite continue

Au collège Jean-de-Brébeuf, la formation demeure imprégnée d’une visée humaniste directement inspirée de la tradition jésuite. <br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Au collège Jean-de-Brébeuf, la formation demeure imprégnée d’une visée humaniste directement inspirée de la tradition jésuite.

Fondé par les pères jésuites en 1928, le collège Jean-de-Brébeuf est aujourd'hui l'un des établissements-phares de l'enseignement secondaire et collégial au Québec, collège privé qui arrive régulièrement en tête des palmarès des meilleurs établissements.

Depuis sa fondation, le collège n'a cessé d'évoluer en fonction des besoins de la société et des orientations éducatives du Québec: les structures du cours classique ont été dispensées jusqu'en 1972, avant d'être remplacées par les cinq années d'études secondaires et les deux années d'études collégiales qui aboutissent à l'obtention du DEC.

Dans ce collège d'abord réservé aux garçons, la mixité est introduite au niveau collégial à partir de 1968 et en 5e secondaire en 1969. Le baccalauréat international est proposé à partir de 1982, et, en 1991, le premier directeur laïque, M. Benoît Lauzière, succède au dernier directeur jésuite du collège, le père Rodolphe Tremblay.

Alors qu'auparavant ce type de collège formait des notaires, avocats et gens de robe, le portrait a aujourd'hui évidemment changé: «Les deux tiers de nos étudiants font des sciences. Cela répond à l'évolution de la société et des idées», souligne Richard Guay, directeur des études du collège Brébeuf.

Mais cette évolution n'exclut pas une fidélité inconditionnelle à la tradition jésuite qui a présidé à la naissance de l'établissement et qui imprègne encore l'ensemble du projet éducatif de Brébeuf. «Évidemment, le collège n'est plus ce qu'il était dans les années soixante, mais il est encore marqué par cette tradition, précise Richard Guay. C'est un héritage qu'on essaie de maintenir, tout en s'adaptant à l'évolution de la société.»

Entre tradition et modernité, le mot d'ordre de la vocation pédagogique du collège est son héritage humaniste: une tête bien faite plutôt que bien pleine, pour reprendre les mots de Montaigne. Brébeuf concentre son projet éducatif autour de trois axes: la sensibilisation à la tolérance, l'excellence scolaire et l'importance du service pour autrui. «Nous ne sommes pas un cégep professionnel qui prépare à la vie active. Nous cherchons à amener les élèves à posséder des connaissances, mais uniquement dans la mesure où elles seront mises en oeuvre avec habileté et développées d'une manière intéressante.»

Même si les programmes sont offerts dans toutes les disciplines, la formation demeure imprégnée d'une visée humaniste directement inspirée de la tradition jésuite.

Lettres et sports


La littérature a tout d'abord la part belle, quelle que soit la discipline envisagée: tous les programmes sont enrichis de cours de littérature, de philosophie et de langues. Le théâtre occupe également une place de choix, et Brébeuf demeure l'un des rares établissements à offrir des cours de latin. Selon Richard Guay, c'est la qualité des élèves de l'établissement qui permet de hausser ainsi le niveau d'exigence. En plus des cours exigés par les DEC de chaque spécialité, le volume horaire en lecture permet d'atteindre un niveau supérieur de culture générale et de maîtrise de la langue. «Il existe un courant très fort aujourd'hui qui ne considère la langue que comme un moyen de communication. Pour nous, la langue est d'abord une langue de culture.»

Dans un même discours proche de la tradition humaniste, le collège valorise les activités sportives: reprenant l'adage «Un esprit sain dans un corps sain», il ouvre cette année ses portes à un complexe sportif pour répondre aux demandes en la matière. Un sport tel que la crosse, très pratiqué par les jésuites, est par exemple encore largement représenté au collège.

Autre trace de cet héritage religieux: l'importance accordée au parascolaire, et notamment au bénévolat et à l'humanitaire. Le collège regorge ainsi de projets caritatifs et associatifs auxquels les élèves sont invités à se consacrer.

Et, enfin, ce qui était l'un des piliers fondamentaux du cours classique et de l'enseignement jésuite, c'est-à-dire la religion, demeure un élément important de l'enseignement de cet établissement désormais laïque. S'adaptant à l'évolution de la société, l'établissement revendique sa laïcité et son ouverture, tout en se réclamant d'une tradition spirituelle: aujourd'hui, la tradition chrétienne a fait place à des cours d'ouverture aux grandes religions du monde.

Engagement

Avec la volonté de placer l'élève au coeur des préoccupations éducatives, les professeurs sont également encouragés à s'engager dans la vie du collège: «Nous avons conservé l'idée que le professeur n'est pas simplement un dispensateur de cours et qu'il peut intervenir à différents niveaux. Avec l'encouragement à l'aide pédagogique, l'objectif est de consacrer les ressources là où elles peuvent être les plus utiles à l'élève.»

Imprégné de ces valeurs humanistes, le projet éducatif de Brébeuf fait bien écho aux ambitions du cours classique: former les élites. Si le collège peut compter parmi ses célèbres anciens élèves des noms tels que Pierre Elliott Trudeau, Robert Bourassa ou Hubert Reeves, la mission du collège demeure orientée vers les notions d'émancipation des individus, vers le développement personnel et l'exercice de l'esprit critique. Selon Richard Guay, la responsabilité humaine fait partie des priorités de cet héritage: «L'un de nos objectifs est de former des citoyens engagés: nous souhaitons voir sortir de Brébeuf des gens engagés dans le domaine social et politique. Nous cherchons à faire en sorte que chaque élève se dépasse.»

D'après le directeur des études, le collège se dit fier d'avoir su ainsi concilier le meilleur des deux mondes: un héritage jésuite et les obligations contemporaines. «Aujourd'hui, nous sommes attachés à cette tradition, mais celle-ci n'a jamais été contraignante: elle est basée sur l'ouverture et sur la formation des hommes de leur temps. La tradition jésuite est l'une des grandes traditions de l'éducation en Occident. Nous en sommes fiers et nous cherchons à en maintenir la flamme.»

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Collaboratrice du Devoir