Un manque de fonds retarde l'arrivée d'un logiciel d'apprentissage gratuit dans les écoles

Le logiciel gratuit Abracadabra, un outil d'apprentissage interactif pour aider à apprendre à lire aux enfants en bas âge ou en difficulté, devra retarder son implantation dans les écoles francophones du Québec par manque de fonds. C'est ce que craint la doyenne de la Faculté des sciences de l'éducation de l'UQAM, Monique Brodeur, responsable de l'adaptation francophone de ce logiciel d'apprentissage dont la version anglaise a été approuvée par le ministère de l'Éducation, des Loisirs et du Sport (MELS).

«On paye des étudiants qui nous aident à développer le projet à partir de nos maigres fonds. Mais là, on arrive au bout de la corde et notre inquiétude est que si on ne reçoit pas rapidement l'aide financière du gouvernement, on va perdre nos assistants de recherche», constate-t-elle.

Au coût d'un million, ce logiciel, qui est déjà largement utilisé par les écoles anglophones du Québec et même ailleurs dans le monde, avait reçu les promesses de financement de plusieurs commissions scolaires, en plus du ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation (MDEIE) et du MELS. Or, depuis le changement de ministre, la part du financement du MELS, soit un montant de 700 000 $ qui avait été approuvé par le Conseil du trésor, est en suspens.

«Je ne peux pas penser que les petits francophones du Québec ne bénéficieront pas d'un outil dont les enfants anglophones disposent», déplore Mme Brodeur.

L'automne dernier, Le Devoir s'était rendu à l'école Hillcrest Academy à Laval, où des enfants de deuxième année s'amusaient littéralement à améliorer leur compétence de la langue anglaise réalisant différentes activités proposées par le logiciel s'apparentant à un jeu vidéo. Plusieurs études scientifiques ont été menées sur cet outil élaboré pendant plus de dix ans par Philip Abrami, professeur au Département d'éducation de l'Université Concordia. Des gains en lecture de 10 à 20 % chez les enfants ont été observés.

S'intéressant elle aussi à l'autorégulation de l'apprentissage et à la prévention des difficultés de lecture chez les tout-petits, Monique Brodeur n'a pas hésité longtemps avant d'adapter le projet en français. Mais comme peu d'argent était disponible pour la traduction, la doyenne est véritablement partie en croisade pour trouver du financement et des appuis. Ce qu'elle a obtenu des trois commissions scolaires francophones de l'île de Montréal ainsi que de la commission Marie-Victorin, de la Fédération des commissions scolaires du Québec ainsi que du MELS et du MDEIE.

Pour l'heure, seules la Fondation Webster et celle de Concordia de même que la commission scolaire Rivière-du-Nord ont véritablement versé des fonds. Selon Monique Brodeur, il ne reste plus que le ministère de l'Éducation donne l'exemple et verse sa contribution pour que son geste soit imité.

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