Examens du ministère - 87 % des élèves ont passé le test

Les jeunes Québécois du secondaire ont passé le test haut la main l'an dernier. Le taux de réussite global de ces quelque 100 000 élèves francophones et anglophones de 4e et 5e secondaire à avoir passé les épreuves ministérielles en 2009 est de 87,4 %, soit nettement meilleur que celui de 83,3 % obtenu en 2005.

Parmi les épreuves uniques, obligatoires pour la sanction des études, celle d'anglais langue seconde a été la mieux réussie, avec un taux de 93,6 %, tandis qu'à l'inverse, celle de mathématiques 514 n'a été réussie que par 69,2 % des étudiants, selon les données rendues publiques mardi par le ministère de l'Éducation.

Sans grande surprise, les élèves des écoles privées, où se pratique la sélection, réussissent mieux que ceux des écoles publiques, mais l'écart est moindre que par les années passées. Filles et garçons ont chacun leurs forces, même si l'écart du taux de réussite dans une matière est souvent très peu significatif.

Enfin, c'est dans les régions administratives de Chaudière-Appalaches (89,8 %), Capitale-Nationale (89,6 %) et Lanaudière (89,6 %) que l'on réussit le mieux. Montréal fait aussi bonne figure avec un taux de réussite de 88,6 %, alors que le Nord-du-Québec s'enfonce (49,6 %).

En français, langue d'enseignement, les élèves de 5e secondaire décrochent le meilleur taux de réussite des cinq dernières années, soit 91,2 %. Une bonne nouvelle, croit Suzanne Richard, présidente de l'Association québécoise des professeurs de français, d'autant plus que les exigences ont augmenté. «Si je ne m'abuse, la correction a été centralisée au ministère en 1989 et depuis ce temps, il n'y a pas eu de dégringolade extrême dans les résultats des épreuves. Les exigences ont par contre beaucoup augmenté. En lecture, par exemple, il y a un monde de différence entre ce qu'on demande aux élèves maintenant comparativement à avant», note-t-elle. Elle invite à plus d'indulgence devant un résultat qui aurait connu une baisse radicale, celle-ci pouvant être attribuée à une question d'examen plus difficile. «Il y a quelques années, en français, la question portait sur la mondialisation. C'était un sujet que les étudiants maîtrisaient moins bien et le taux de réussite avait été très bas, se rappelle-t-elle. Il ne faut pas oublier qu'un mauvais taux de réussite peut être causé par l'examen lui-même.»

Avec un taux de réussite de 93,6 %, l'anglais, langue seconde, est une matière mieux réussie que le français. Mais, insiste Micheline Schinck, présidente de la Société pour la promotion de l'enseignement de l'anglais, langue seconde, au Québec, une langue seconde ne peut pas être évaluée de la même façon qu'on évalue une langue d'enseignement. «En anglais, on essaie de faire en sorte que la forme soit bonne, mais surtout que le message soit compris», a expliqué Mme Schinck, en précisant que les erreurs d'expression sont plus facilement tolérées.

L'anglais, langue seconde, est aussi une matière mieux réussie au privé parce que «plus d'heures y sont consacrées à l'enseignement de l'anglais.» «Mais si on regarde les écoles publiques internationales [qui consacrent aussi plus d'heures à l'anglais], le taux de réussite se compare à celui des écoles privées», souligne-t-elle. Elle ne s'étonne pas que le volet «production d'un discours oral» soit réussi à 98 %, puisque le Renouveau pédagogique met désormais l'accent sur le développement de cette compétence. «Il y a beaucoup moins d'inhibition qu'avant», se réjouit-elle.

Avec un grain de sel

En sciences physiques 416, le taux de réussite global a été de 79,2 %. Et surprise!, les filles ont eu plus de succès avec un taux de 80,2 %, contre 78,4 % pour les garçons. Une différence somme toute peu significative, selon Ghislain Samson, professeur à la Faculté des sciences de l'éducation à l'Université du Québec à Trois-Rivières et président de l'Association pour l'enseignement de la science et de la technologie au Québec. «À cet âge, les filles sont un peu plus matures que les garçons et peut-être plus méthodiques, mais ça se stabilise au collégial», avance-t-il.

L'écart entre le taux de réussite au privé (94 %) et au public (77,4 %) est le plus élevé de toutes les matières. Mais M. Samson ne s'en formalise guère. «De mes expériences professionnelles, les étudiants qui viennent des écoles privées sont souvent très bons en théorie, mais ils ne le sont pas nécessairement tous du point de vue pratique, car leurs établissements ne sont pas toujours dotés d'un bon équipement», a-t-il souligné. Fait à noter: malgré l'intégration des nouveaux programmes de la réforme en 4e secondaire, l'épreuve de sciences physiques de 4e secondaire n'a pas nécessairement reflété cette nouvelle approche, dans le but de laisser un temps d'adaptation aux élèves.

Somme toute, tous les professeurs et présidents des associations des différentes matières interrogés par Le Devoir ont exhorté à prendre ces résultats avec un grain de sel. «Les chiffres cachent tellement de manipulations, alors il faut être très critique», met en garde France Caron, professeure en didactique des mathématiques à l'Université de Montréal et présidente de l'Association mathématique du Québec.

Dans le rapport du ministère de l'Éducation détaillant les résultats, on explique que l'établissement de la note finale passe par le processus de conversion et de modération. Le premier vise à s'assurer que le degré de difficulté d'un examen est équivalent d'une année à l'autre, et le second est un processus par lequel on minimise ou annule l'effet des variations locales. En effet, obtenir 60 % en maths dans une école où le niveau d'enseignement est très relevé peut représenter une plus grande valeur qu'une note de 99 % dans un établissement où la matière est moins approfondie et la correction, peu sévère. «On va trop rapidement au chiffre et on oublie qu'il y a le facteur humain. Plus on essaie de rendre la note objective et plus on dénature la matière», estime Mme Caron.

Dans cette optique, elle invite à revoir le faible taux de réussite en mathématiques 514 (69,2 %) et la faible moyenne des notes (63,2 %). «Plutôt que de s'intéresser à ces résultats, on se rendrait service comme société si on s'intéressait au contenu de ces épreuves. De quoi veut-on que les élèves témoignent? Que veut-on qu'ils retiennent? C'est tout le débat sur les compétences et les connaissances.»

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