Génération réforme (3) - Les nouveaux examens souffrent de préjugés

Les examens de la fin du secondaire ne seraient pas plus faciles aujourd’hui qu’avant la réforme.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Les examens de la fin du secondaire ne seraient pas plus faciles aujourd’hui qu’avant la réforme.

C'est le sprint final pour les élèves du secondaire avant les vacances d'été. Tous les regards sont tournés vers ceux de 5e secondaire, qui constituent la première cohorte de diplômés 100 % réforme. Troisième d'une série de textes sur le Renouveau pédagogique.

Fannie Tanguay est une élève de l'École secondaire publique de Mortagne, à Boucherville. Comme plusieurs de ses camarades de 4e secondaire partout ailleurs au Québec, elle nage en pleine période d'examens, notamment dans des cours obligatoires pour la sanction des études, comme maths et histoire. Son truc? Respirer par le nez et «être à son affaire» ledit jour de l'examen.

Et l'étude? D'une importance relative, croit-elle. «Il faut surtout avoir étudié et écouté pendant l'année. Mon prof dit, lui, qu'il faudrait qu'on étudie du "par coeur" et qu'on fasse des liens, mais j'ai l'impression que l'examen va plutôt faire appel à notre capacité de réfléchir», avance-t-elle sagement en parlant de son examen d'histoire de demain.

Le Renouveau pédagogique a entraîné toute une série de changements, dans les contenus mais surtout dans la façon d'évaluer les élèves. L'approche par projets est devenue le coeur de l'enseignement. On s'est mis à exiger des enseignants qu'ils s'intéressent aux compétences des élèves et non à leur capacité de remplir leur mémoire et de recracher tout ce qu'ils avaient retenu ensuite. Les examens à choix multiples ou à développement court sont ainsi apparus peu inappropriés, voire inutiles.

N'empêche, cette intention louable de relever le niveau d'éducation au Québec, tout en menant un grand nombre d'élèves sur le chemin de la réussite, s'est mutée en une profonde inquiétude: et si on allait former des cancres? Et si les examens devenaient trop faciles?

Ce dernier point fait tiquer Nancy Brousseau, coordonnatrice des services à l'enseignement à la Fédération des établissements d'enseignement privés (FEEP). «Les questions objectives dans les examens, par exemple en histoire, ça n'existe plus. En mathématiques, ce sont des situations de problèmes. Il n'y a rien de facile dans ces épreuves-là. Le niveau est très relevé et c'est grâce au Renouveau pédagogique. C'est peut-être pour ça qu'il est si critiqué, a-t-elle dit. On leur donne des problèmes à résoudre dans lesquels ils doivent utiliser tout ce qu'ils ont vu. C'est très difficile.»

La difficulté d'évaluer

Qu'on soit résolument contre ou qu'on ait de la sympathie pour la réforme, il n'en demeure pas moins que l'évaluation a été, pour plusieurs enseignants, le nerf de la guerre. Josée Scalabrini, vice-présidente de la FSE-CSQ, n'y va pas de main morte pour décrire ce grand bouleversement dans le milieu de l'enseignement. «L'élément majeur de l'échec de la réforme a été, dès le début, l'évaluation. Toutes ces étapes qu'on devait faire pour évaluer les compétences et les outils qu'on exigeait pour arriver à l'évaluation de ces compétences», a-t-elle souligné en qualifiant le tout de «cafouillis énergivore» pour les enseignants.

Des cafouillages, la Fédération des syndicats de l'enseignement en effectivement relevé plus d'un. En 2008, l'organisation avait exigé que l'examen de fin d'année en mathématiques pour les élèves de 6e année du primaire soit moins difficile et moins long (il s'étalait sur trois jours). En revanche, la même année, l'examen d'histoire en 3e secondaire, qui portait sur la situation démographique des 25 dernières années, était jugé trop parcellaire car la matière enseignée couvrait toute l'histoire du Québec, de ses premiers occupants à nos jours. Sans parler de la bonne vieille dictée, qui a failli passer dans le tordeur. «C'était aller trop loin dans l'approche par compétences», soutient Marie Rancourt, conseillère aux dossiers professionnels à la FSE-CSQ.

Pire, ces examens, difficiles à corriger en raison des compétences à évaluer, représentaient une charge de travail trop grande et «techniquement irréalisable» pour les enseignants qui ont aussi le fardeau de la gestion de classe, estimait la FSE. «Évaluer une compétence, c'est beaucoup plus insécurisant qu'évaluer une connaissance», note Mme Scalabrini. En effet, pas facile de vérifier si son élève est parvenu à «interroger les réalités sociales dans une perspective historique» ou a su «construire sa conscience citoyenne à l'aide de l'histoire».

La ministre semble néanmoins avoir été à l'écoute, reconnaît la FSE. Plusieurs correctifs ont été apportés, les compétences à évaluer sont moins nombreuses et leur libellé est plus clair. Un projet de règlement visant à introduire un modèle de bulletin unique vient d'être déposé et les chiffres ont remplacé les cotes.

Quant aux examens, ils ont subi quelques révisions. L'examen d'histoire ne sera pas du gâteau, croit Fannie Tanguay en se basant sur ce que lui a dit son professeur en le comparant avec celui de l'an dernier. Difficile ou pas, la jeune élève de 4e secondaire souhaite simplement prendre, comme bien d'autres, le chemin de la réussite.
5 commentaires
  • Franfeluche - Abonné 16 juin 2010 08 h 43

    Faire appel au jugement

    Il est beaucoup plus facile d'évaluer les connaissances d'autant plus que les enseignants ont, depuis longtemps, une expérience en la matière. Pour ce qui est des compétences, il s'agit d'un nouveau défit à relever pour les enseignants et cette compétence d'évaluation fait appel à leur jugement qui, à mon avis, ne peut se concrétiser par une note et une moyenne de classe. Je suis d'accord avec les correctifs soulignés dans l'avant dernier paragraphe du présent article. Enfin, ce n'est pas parce que les compétences sont difficiles à évaluer qu'il faut les exclure du programme.

  • Marjolaine258 - Abonnée 16 juin 2010 09 h 09

    J'apprécie la difficulté

    Qui a dit que l'apprentissage et les examens devaient être faciles ? Le monde du travail et la vie présentent souvent des situations difficiles à résoudre. Je suis de la génération juste avant que les examens à choix multiples apparaissent. Je me souviens que le ministère de l'Éducation de l'époque nous avait présenté les futurs examens objectifs. Nous les avions complétés et comme jeunes nous trouvions inquiétante cette nouvelle approche. Quand tu ne connais pas la réponse, tu as tout de même la chance de tomber sur la bonne réponse; de plus comme c'est facile à corriger ! Même un enfant du primaire peut corriger n'importe quel examen objectif s'il a devant lui le corrigé.
    En voulant améliorer, le ministère de l'époque avait jeté le bébé avec l'eau du bain.

    Il est certain que corriger un examen où chaque élève y va de sa connaissance réelle de la situation proposée ça demande aussi des capacités de réflexion ainsi qu'une intelligence capable d'analyse. Les correcteurs d'examens sont issus de la générations de la facilité, il est normal qu'ils trouvent cela pénible au lieu de se réjouir de la capacité des élèves à s'exprimer adéquatement.

    J'encourage cette réforme de l'évaluation à partir des compétences!

  • Mpee - Inscrit 16 juin 2010 09 h 53

    La Réforme, une illusion.. pour le moment

    Je ne comprends cette vague soulevée par la première cohorte à avoir expérimenté complètement la réforme. En effet, moi-même étudiante en enseignement, ayant fait plusieurs stages dans différents niveaux au primaire, je n'ai pas vu la réforme en action. Certes, la réforme est intéressante; mettre l'élève au coeur des apprentissages, lui faire expérimenter les notions et l'amener à être actif dans ses apprentissages au lieu de procéder à l'habituel discours magistral semble être une méthode révolutionnaire. Par contre, bien que le gouvernement ait mis sur pied cet réforme par écrit dans un joli programme, plusieurs enseignements n'ont reçus aucune formation à cet effet. Les étudiants en enseignement ayant reçu la formation au baccalauréat avec la réforme n'ont commencer à être de vrais enseignants dans une classe qu'ils leur est propre il n'y a que quelques années. Certains enseignants déjà en place tentent tant bien que mal d'appliquer cette réforme avec peu de moyens tandis que d'autres l'ignorent complètement. Cette nouvelle façon d'enseigner n'est même pas encore implantée dans nos écoles et ne le sera pas avant bon nombres d'années. Avant de faire un bilan formel, nous devrions attendre au moins une dizaine d'années encore!! Un changement de cet ampleur ne se fait pas du jour au lendemain et dépend beaucoup plus de la volonté et de la motivation des enseignants sur le terrain que des fonctionnaires qui prévoient cette réforme. Prenons donc notre mal en patience et laissons le temps faire les choses.

  • Patrick Viau - Inscrit 16 juin 2010 11 h 27

    Mauvais outil

    «Les examens à choix multiples ou à développement court sont ainsi apparus peu inappropriés» : quel lapsus savoureux!

    En fait, un examen devrait être utilisé pour évaluer l'acquisition de connaissances. Le ministère lui-même ne respecte pas sa réforme. Évaluer une compétence devait se faire en accumulant des travaux pour que l'enseignant juge qualitativement du niveau plus ou moins marqué de son développement.

  • Franfeluche - Abonné 16 juin 2010 17 h 03

    À Mpee

    Je souscrit entièrement à ce vous dites. Mais, que voulez-vous, nous sommes à l'époque du café instantané.