Querelle autour de l'enseignement en maternelle - Experts et enseignants sont divisés sur l'aide à apporter à un nombre grandissant d'enfants en difficulté

«Il faut d'urgence se préoccuper des enfants de 5-6 ans», avertit l'Association d'éducation préscolaire du Québec (AEPQ) dans une lettre adressée à la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne. Une pétition circule également.

Entre les années scolaires 2006-2007 et 2007-2008, le nombre d'enfants de maternelle ayant fait l'objet d'un diagnostic de trouble de comportement ou d'apprentissage a bondi de 6 %, selon les données du ministère de l'Éducation.

«On observe une augmentation», constate la présidente de l'AEPQ, Francine Boily. Selon elle, une enseignante peut se retrouver avec quatre cas problématiques dans une classe de 20. Et même si elle les signale à la direction afin d'obtenir de l'aide appropriée, «la réponse parfois, même souvent, ne vient jamais», dit Mme Boily. En l'absence de soutien, plusieurs abandonneraient le métier.

Une meilleure communication entre les CPE et les maternelles serait salutaire, estime Mme Boily. Complexe, accorde-t-elle, puisqu'«une classe peut venir de 18 garderies différentes.» Une fois un enfant en difficulté recensé, les enseignantes déplorent l'absence de soutien, d'autant que les psychoéducateurs et autres orthophonistes manquent cruellement dans le réseau. L'AEPQ demande également à la ministre Courchesne de réduire la taille des groupes, comme cela se fait en première année.

Initiatives ponctuelles


Certaines commissions scolaires implantent des programmes précoces pour aider les petits de maternelle avant qu'ils n'entrent à «la grande école». La Forêt de l'alphabet, en lecture, et Fluppy, pour les problèmes de comportement, donnent des résultats intéressants.

Par exemple, des chercheurs de l'UQAM ont suivi des enfants de maternelle de huit écoles différentes. Après avoir expérimenté la Forêt de l'alphabet en maternelle, des petits qui reconnaissaient à peine quatre lettres de l'alphabet au début de la maternelle deviennent en majorité d'aussi bons lecteurs que les élèves les plus forts à la fin de leur première année. Même l'implantation d'un programme d'aide à la lecture en première année seulement n'égale pas ces résultats, ce qui fait dire aux chercheurs que «le plus tôt est le mieux» dans leur étude publiée dans la revue Learning Disabilities Research & Practice.

Si chercheurs et enseignants s'entendent pour dire qu'il faut agir, les moyens proposés divergent. L'AEPQ craint que la maternelle ne devienne un «lieu d'enseignement formel», c'est-à-dire que l'apprentissage de la lecture, de l'écriture débute avant la première année, au détriment du programme pédagogique de la maternelle, qui préconise l'usage du jeu dans l'apprentissage.

«Ça reste ludique», précise la chercheuse à l'UQAM Monique Brodeur, qui a participé à l'élaboration et l'évaluation du programme de lecture la Forêt de l'alphabet. Avec 20 autres chercheurs de plusieurs universités québécoises, elle demande au ministère de l'Éducation d'agir en tenant compte de ces résultats, dans une lettre envoyée récemment.

Elle compare les programmes d'intervention précoce à la ceinture de sécurité. Avec les cosignataires, elle demande au ministère d'organiser une grande rencontre provinciale pour mettre en place un programme d'action rapidement. «Si on donne des moyens à l'enseignant pour faire le travail de première ligne, ça libère le spécialiste pour ceux qui en ont le plus besoin», conclut Monique Brodeur.

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