Des élèves doués qui n'en donnent pas assez

Certains enfants intellectuellement doués n'exploitent pas au maximum leurs aptitudes à l'école. On s'en doutait. Une étudiante de l'Université du Québec à Montréal a évalué la prévalence du phénomène et cherche maintenant à déterminer les causes de cette sous-performance. Elle rendait compte de ses résultats au congrès de l'Acfas, qui se terminait hier à l'Université de Montréal.

Dans le cadre de l'enquête qu'elle mène dans 70 écoles secondaires francophones et anglophones et parmi les plus défavorisées du Québec, Magalie Rivest, étudiante à la maîtrise, a relevé que 11 % des enfants qui se classaient entre le 95e et le 99e percentile (voulant dire qu'il y a entre 94 et 98 % des enfants qui sont moins doués qu'eux, ou, pour être précis, qui ont un résultat plus faible au test de QI), «sous-performaient» en classe. Parmi les très doués, se situant dans le 99e percentile, ils n'étaient plus que 6 % à être sous-performants. De même, 7 % des élèves qui se rangeaient entre le 90e et le 94e percentile ne s'accomplissaient pas à la hauteur de leurs réelles capacités.

L'étudiante a aussi fait remarquer que la sous-performance est également présente parmi la population d'élèves qui sont dans la norme. Elle a en effet observé qu'environ 4 % des élèves se classant entre le 50e et le 89e percentile ne réussissaient pas aussi bien qu'ils le pouvaient. Pour Jean Bélanger, professeur au Département d'éducation et de formation spécialisée de l'UQAM et directeur de maîtrise de Mme Rivest, ces dernières données montrent que la sous-performance existe dans toutes les catégories d'élèves — doués comme normaux — et qu'elle y est sensiblement équivalente.

Reste maintenant à savoir si les causes de cette sous-performance sont les mêmes chez les élèves doués que chez ceux qui se situent dans la norme, sinon «il nous faudra développer des interventions qui seront adaptées à chaque clientèle», a précisé M. Bélanger.

Magalie Rivest s'attaque actuellement à la question. Elle a, dans un premier temps, passé en revue les diverses études qui ont été effectuées sur le sujet, ce qui lui a permis de déterminer certaines caractéristiques associées à la sous-performance chez les enfants doués. Dans son allocution, elle a souligné le fait que les élèves doués sous-performants proviennent souvent d'un environnement familial vivant des difficultés. Plusieurs de ces enfants présentent quelques problèmes de comportement, tels que de l'impatience et de l'irritabilité. «Ils semblent avoir besoin de plus de structure, voire d'encadrement. Il s'agit souvent d'élèves qui sont moins analytiques et plus globaux», a souligné la conférencière.

«Ces enfants sont plus intuitifs, ils fonctionnent plus à partir d'impressions générales qu'à partir d'une analyse fine des situations», a expliqué M. Bélanger. D'autres sont «perfectionnistes de façon excessive. Tant qu'ils font des erreurs, ils considèrent que leur travail n'est pas bien fait», a ajouté Magalie Rivest. Bien qu'ils aspirent à des études universitaires, ils choisissent souvent au secondaire des cours moins avancés et évitent de s'inscrire dans un champ d'études réputé difficile.

Jean Bélanger nuance toutefois la valeur de ces hypothèses. «La plupart de ces études ne comportaient pas d'échantillons populationnels, c'est-à-dire de taille suffisamment importante. La nôtre portera sur près de 30 000 enfants, ce qui devrait nous permettre de dégager des données plus probantes», a-t-il indiqué.
1 commentaire
  • Maryse Lafleur - Inscrite 15 mai 2010 10 h 40

    Morosité?

    Il est certain que le fait d'observer seulement les "jeunes" autour de moi est loin de constituer un échantillon suffisant mais serait-il possible que la morosité qui semble teinter fortement notre société depuis quelques années soit une partie de l'explication? Malgré un potentiel souvent très intéressant, ces jeunes semblent choisir trop souvent la facilité et la loi du moindre effort. Ils semblent manquer d'ambition et se sentir battus d'avance. Depuis quelques années, j'ai la triste impression que, subtilement et insidieusement, on revient à la croyance, combien désespérante, du "quand t'es né pour un petit pain ..."