McGill refuse un système à deux vitesses

Heather Munroe-Blum
Photo: Heather Munroe-Blum

McGill aurait pu financer adéquatement son MBA sans avoir à hausser son prix à 30 000 $, et ce, tout en respectant les règles budgétaires. Le Devoir a appris que la direction de l'Université a refusé l'offre de la ministre de l'Éducation qui lui donnait l'autorisation de déréglementer les droits de scolarité des étudiants étrangers et des citoyens canadiens non résidants du Québec inscrits au MBA en septembre 2010.

La modification des règles budgétaires que proposait de faire la ministre Michelle Courchesne aurait permis à McGill de hausser à sa guise les montants exigés à ces deux catégories d'étudiants qui comptent en moyenne pour 80 % des effectifs de son MBA. Pour le moment, ces droits de scolarité sont protégés en vertu des dispositions 3,4 et 3,5 des règles budgétaires et le MBA ne fait pas partie des programmes exemptés.

«Lors des rencontres que la ministre a eues avec [McGill], un des scénarios avancés par la ministre était de déréglementer les frais pour les étudiants de MBA, une piste de solution qui a été refusée par McGill», a confirmé Tamara Davis, attachée de presse de la ministre Courchesne.

Selon nos informations, la principale et vice-chancelière de McGill, Heather Munroe-Blum, a refusé l'offre de la ministre et a mis de l'avant une formule applicable à tous les étudiants qui fixe les droits de scolarité à 30 000 $. Cette décision de la direction de l'Université enfreint la disposition 3,7 des Règles budgétaires relativement au respect de la politique relative aux droits de scolarité, qui stipule que «les établissements doivent se conformer aux décisions gouvernementales concernant les droits de scolarité et les montants forfaitaires. Toute dérogation à ces décisions peut entraîner un ajustement de la subvention».

Le Devoir révélait la semaine dernière que la ministre allait punir McGill en lui retirant de son enveloppe de financement global les 11 000 $ par étudiant qu'elle lui donne normalement en subvention ainsi qu'un montant supplémentaire de 17 000 $ en guise de pénalité.

Une proposition peu alléchante

L'Université McGill ne nie pas que cette proposition était sur la table. «En janvier, lors d'échanges avec le ministère, il a été suggéré verbalement que McGill pourrait exiger des droits plus élevés pour les étudiants canadiens [de l'extérieur du Québec] et étrangers au MBA, mais que les étudiants québécois devraient continuer de payer des droits annuels s'élevant à environ 1700 $, comme ils le font maintenant», a admis Vaughan Dowie, directeur général aux affaires publiques de McGill. Mais cette proposition demeurait très peu alléchante pour McGill, qui l'a signifié au ministère.

Peu de temps après, McGill lui a fait parvenir une analyse démontrant que «l'adoption d'un tel modèle continuerait d'entraîner un déficit financier important pour l'Université». Pour M. Dowie, cette proposition ne permettait pas à McGill de respecter ses principes d'équité, d'accessibilité et de qualité. L'Université McGill n'a pas précisé au Devoir en quoi ce modèle ne permettait pas de financer adéquatement le programme de MBA.

Prônant l'équité entre les étudiants, le président de l'Association des étudiants et étudiantes des 2e et 3e cycles de l'Université McGill, Daniel Simeone, se réjouit que la principale n'ait pas déplafonné les droits de scolarité des étudiants étrangers du MBA. «Tu ne peux pas avoir des droits de scolarité différents selon les catégories d'étudiants», croit-il. Par contre, il s'oppose à ce que les droits pour ce programme, qui sont actuellement de 1700 $, soient gonflés de 1600 %. «Ce que j'en comprends, c'est que McGill souhaite avoir plus de financement. Mais je m'oppose à la façon dont c'est fait», a dit M. Simeone.

Il ne saurait dire pourquoi McGill a refusé l'offre de la ministre, mais selon lui, les quelque 50 000 $-60 000 $ qui devraient être exigés des étudiants pour rentabiliser le programme sembleraient exagérés aux yeux de certains. «Je présume que des droits de scolarité très élevés seraient une barrière trop grande et décourageraient les étudiants étrangers», a noté M. Simeone.

Luis Garcia, président de l'Association des étudiants au MBA-HEC, dit ne pas comprendre non plus les raisons qui poussent McGill à augmenter ses droits de scolarité. «C'est sûr que pour McGill, qui se compare avec les grandes universités du monde, c'est prestigieux d'avoir un MBA qui coûte cher, a-t-il dit. Je pense que les écoles bien administrées sont capables de fournir un très bon programme de niveau international.»
9 commentaires
  • guido3005 - Inscrit 30 avril 2010 07 h 06

    Système à 2 vitesses pour qui?

    J'en reviens carrément pas. Parler de systèeme à deux vitesses en prétextant que les étrangers et les canadiens non résidents devraient payer la même chose qu'un québécois est une insulte.

    Qu'ils remplissent leurs classes d'ougandais on en a rien à cirer. Mais qu'une personne dont les parents paient des impôts ici soient obliger de payer la même chose là y a un gros problàme. Il est là le système à deux vitesses.

  • Bernard Lorazo - Abonné 30 avril 2010 07 h 15

    Plutôt bizarre!

    La solution préconisée par Mme Courchesne est pourtant adéquate: sauf entente internationale de réciprocité, il n'y a aucune raison pour que les Québécois financent les études des étrangers et des Canadiens non-résidents du Québec qui, comme c'est déjà le cas pour les étudiants en médecine de McGill, ne resteront probablement pas au Québec.
    Mme Munroe-Blum a certainement des raisons pour refuser cette entente: il serait intéressant de les connaître.

  • Claude Archambault - Inscrit 30 avril 2010 08 h 44

    Si il n'y a pas de subvention

    Si comme McGill acceptait, qu'il n,y a pas de subvention de $11,000 pas étudiant il n'y a aucun problème avec ce que McGill fait. Mais d'imposer une pénalité en plus ressemble au système totalitaire.

  • Claude Archambault - Inscrit 30 avril 2010 08 h 55

    M. Larazo - Un bon point

    Vous apportez une très bonne piste de solution au financement des université.
    Vous dites que trop d'étudiants quitte le Québec après avoir profité des bas cout des étude au Québec. De un il faudrait savoir si ces étudiants étaient déjà de l'extérieur ou du Québec avant leurs études. Mais là ou vous pointez une solution; pourquoi ne pas réduire les subventions à toutes les universités, les laisser libre de charger comme ils veulent en fonction de leur réputation et de la qualité du programme, l'UQAM restera toujours très abordable. Les frais de scolarité s'enligneraient avec la moyenne canadienne, et pour aider les étudiants Québécois, leur frais de scolarité serait remboursé sous forme de crédit d'impôt répartit sur un certain nombre d'années tant qu'ils travaillent au Québec, le nombre d'année serait en fonction des cout du programme et des revenue potentiel. Ex. Un médecin pourrait se voir rembourser ses frais sur une période de 20 ans, ils sont très en demande et les salaire sont haut, alors qu'un musicien en 10 ans. Il pourrait y avoir des table qui informerait les futures étudiant.

    De cette façon, l'accessibilité ne serait aucunement compromise, il y aurait une forme de rétention des diplômés et aussi, l'aide au remboursement de la dette serait en fonction des revenues potentiel, moins de revenue, l'aide et remboursement rapide, plus de revenue c'est plus lent.

    Aussi on aide le financement des universités et les incite à une saine compétition.

  • Sébastien Roy - Abonné 30 avril 2010 09 h 33

    Un produit de luxe...

    Un MBA à $60000 est un diplôme "de luxe". La clientèle d'ici ou d'ailleurs qui serait prête à payer ce montant s'attend non seulement à de la qualité, mais aussi à de l'exclusivité. Si certains clients payent $3400 plutôt que $60000, même si c'est pleinement justifié, l'exclusivité va disparaître et cet objet de luxe sera beaucoup plus difficile à vendre...