Élève lourdement handicapée - La CSDM retire la petite Lucie d'une classe ordinaire

Anne-Lise Polo, la mère de Lucie, âgée de sept ans, était profondément déçue de la décision annoncée hier soir par la CSDM. Lourdement handicapée, sa fille fréquentait depuis septembre une école non spécialisée.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Anne-Lise Polo, la mère de Lucie, âgée de sept ans, était profondément déçue de la décision annoncée hier soir par la CSDM. Lourdement handicapée, sa fille fréquentait depuis septembre une école non spécialisée.

La petite Lucie, lourdement handicapée, ne pourra plus fréquenter l'école alternative Élan, où elle avait été intégrée en classe ordinaire. Rendue publique hier, cette décision prise par le Conseil des commissaires de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) promet de relancer le débat sur l'intégration des enfants en difficulté.

Pourtant, en décembre 2008, ce même Conseil s'était montré favorable à ce que Lucie, atteinte de paralysie cérébrale et d'une déficience intellectuelle, puisse vivre une expérience d'intégration aux côtés d'enfants «normaux». Selon lui, compte tenu du rapport du comité de révision, ce fut un échec. Et on suggère maintenant à Lucie d'aller à Victor-Doré, une école spécialisée. «Une école a ses limites et ne peut se substituer à une école spéciale en termes d'expérience professionnelle», a statué le Conseil, qui ne reconnaît pas les progrès de Lucie et parle plutôt d'une expérience «exigeante» pour les enseignants et la direction de l'école.

Profondément déçue, la mère de la fillette de sept ans estime souffrir d'incompréhension. «Je comprends la décision au sens où d'énormes efforts ont été fournis», a indiqué Anne-Lise Polo au terme de la séance. «Mais à chaque étape, c'est une levée de boucliers, il y a une résistance au changement. Le projet n'est pas compris», a-t-elle ajouté.

Les membres du comité de révision ont insisté pour dire qu'ils avaient pris leur décision dans le pur intérêt de Lucie. Sa mère s'en étonne. «Aucun d'entre eux ne connaît ma fille, ils n'ont qu'une version papier», a-t-elle dit. Mme Polo avait fondé beaucoup d'espoirs sur ce projet d'intégration de sa fille qui, diagnostiquée neurovégétative à la naissance, avait fait des pas de géant ces dernières années. «Lucie arrivait avec cinq ans d'intégration réussie en CPE, un milieu médical engagé, avec moi qui me suis formée pour l'accompagner. Lucie arrivait avec une dot et la CSDM devait fournir les ressources financières», a-t-elle précisé.

Mais l'intégration de la petite a été un véritable enfer, croit-elle. De l'ajout des installations jusqu'à, selon elle, l'attitude rébarbative de certains enseignants et membres de la direction, rien ne s'est passé comme prévu. «En quittant son poste, l'ancienne directrice m'avait dit que l'équipe était prête et qu'on attendait ma fille. Si j'avais su que ce n'était pas le cas...» a dit Mme Polo.

Conflit de vision

Gérald Boutin, professeur au Département de l'éducation et de la formation spécialisées de l'UQAM, une intégration réussie d'un handicapé repose sur la réunion d'un minimum de conditions matérielles, techniques et pédagogiques, qui n'étaient peut-être pas au rendez-vous pour Lucie. «J'ai vu de très bons enseignants avec une volonté d'intégrer. Mais rien n'assure que l'intégration sera réussie», soutient-il. «Dans quelle mesure cette fillette profitait-elle de cet entourage d'enfants normaux? Et dans quelle mesure les autres enfants peuvent-ils avoir un seuil de tolérance?» s'interroge le chercheur, également coauteur d'Inclusion ou illusion? Élèves en difficulté en classe ordinaire: défis, limites et modalités.

Pour lui, une classe ordinaire n'est pas le seul lieu pour scolariser un enfant en difficulté. «Il y a d'autres dispositifs. [...] Je ne crois pas que le retour à la classe spécialisée soit suffisant, il faut être plus ouvert que ça», a dit le chercheur, en invitant à ne pas trancher le débat en «pour ou contre».

À partir du 10 mai prochain, date à laquelle Lucie sera retirée de l'école Élan, Mme Polo entend scolariser sa fille à la maison jusqu'à ce qu'elle trouve une solution. Elle a entrepris des démarches auprès d'écoles privées, mais n'a pas réussi à convaincre les enseignants. D'autres commissions scolaires, notamment à Laval et Gatineau, sont «plus ouvertes à accepter des cas comme Lucie», mais cela impliquerait un déménagement de la famille. Et pourquoi pas Victor-Doré? «Je ne partage pas du tout l'approche pédagogique, la vision du handicap. Victor-Doré tablait davantage sur les limitations de Lucie, alors que moi je tablais sur ses forces», a dit Mme Polo, qui y voit un conflit entre une culture révolutionnaire et une autre, plus traditionnelle. «Lucie fait des progrès, mais c'est trop peu pour un milieu qui reste figé sur ses valeurs. Ils ont une approche conventionnelle sur le plan médical. Notre société a besoin d'intégrer les enfants de tous les milieux si elle veut être le reflet réel de notre société».

Le débat rouvert

La présidente de la CSDM, Diane de Courcy, fait écho aux propos tenus par le premier ministre Jean Charest qui soutenait, la semaine dernière, que le temps était venu de relancer le débat sur la question. «Il faut qu'il y ait une intention politique claire sur ce qu'est l'intérêt individuel des enfants qui présentent des défis et l'intérêt collectif de ces enfants intégrés, mais aussi l'intérêt des enfants qui ne posent pas de défis. Ça s'appelle le bien commun. Il faut avoir cette discussion, car il y a tellement de tapage autour de la tâche des enseignants, de l'épuisement, qu'il faut être capable de faire la part de choses», a soutenu Mme de Courcy en insistant bien sur une chose: «Il ne faut pas que ce débat repose sur les frêles épaules de Lucie.»
5 commentaires
  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 28 avril 2010 06 h 39

    Elle a immigré quand?

    La dame est française. Est-ce qu'elle a eu l'enfant ici ou avant d'arriver? (les parents avec enfant handicapé ne peuvent pas immigrer)

    Québec

  • France Marcotte - Inscrite 28 avril 2010 09 h 42

    Les moyens de ses ambitions

    Comme le dit Mme de Courcy, il y a beaucoup de bruit autour de la tâche et de l'épuisement des enseignants et on est presque certain que ce n'est pas du bruit pour rien. Ce climat en tout cas n'est sans doute pas des plus propices pour un enseignement individualisé ou pour résoudre un conflit entre "une culture révolutionnaire et une autre, plus traditionnelle".

  • Persephone - Inscrit 28 avril 2010 14 h 13

    Aucune pertinence...

    Monsieur Tremblay, votre manque d'empathie, votre aigreur ainsi que votre propos sans pertinence donnent raison aux ennemis de la liberté d'expression. Ce genre de loi devrait être aboli plutôt que d'être brandi comme une arme à chaque fois qu'un débat de société refait surface. Les gens comme vous ne font qu'éliminer au cas par cas de graves problèmes canadiens et québécois, tels que la réadaptation et l'intégration des personnes handicapées. Sortez de chez vous, ces gens existent et on ne peut les cacher dans des sous-sols pour vous faire plaisir. Manifestement, vous ne connaissez de la réalité de ces jeunes et de leurs parents. En passant, je suis québécoise de souche !

  • meme moi ici - Inscrite 28 avril 2010 20 h 20

    mais il faut respecter cette enfant

    dans une classe ordinaire, cette petite vit de continuels échecs,
    elle ne peut suivre le groupe. De plus, c est très lourd pour les intervenant, d'intégrer un enfant lourdement handicapée dans un groupe régulier... selon moi, cet enfant a besoin d'une école spécialisée. D'ailleurs même pour un enfant dit "normal" intellectuellement, il est parfois difficile de socialiser pendant les premières années scolaires... alors je pense qu'il est cruel d envoyer cette enfant dans une classe régulière...

  • Paul Lafrance - Inscrit 7 mai 2010 20 h 59

    Cherchez l'erreur

    Les enseignants onrt le droit de se débarasser des élèves turbulents parce qu'ils dérangent les autres élèves. Par contre, ils doivent garder les handicapées mentaux ou physiques même s'ils dérangent les autres élèves.