Médecine sociale et préventive - Les politiques de santé publique sont réévaluées

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
L’hiver dernier, des étudiants de l’Université de Montréal ont pu travailler sur la grippe H1N1.
Photo: Agence Reuters Jean-Paul Pélissier L’hiver dernier, des étudiants de l’Université de Montréal ont pu travailler sur la grippe H1N1.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Pas besoin d'être médecin pour être inscrit au Département de médecine sociale et préventive de l'Université de Montréal. La plupart des étudiants sont déjà actifs et viennent de disciplines telles que la géographie, le droit, la criminologie, les soins infirmiers ou encore l'économie pour la branche de la santé communautaire, la philosophie, l'épidémiologie, voire les sciences politiques pour ce qui a trait à la bioéthique. Une interdisciplinarité propre à nous faire réfléchir à nos valeurs et à comportements en matière de politiques de santé publique.

La mission du Département de médecine sociale et préventive de l'Université de Montréal est en apparence simple: former des professionnels de la santé publique capables de concevoir, d'élaborer et d'implanter des stratégies d'intervention visant à promouvoir la santé des populations et à prévenir les maladies, et d'en évaluer l'efficacité. «Le public est très varié, confirme Marie Hatem, professeure agrégée et directrice du programme de santé communautaire. On a besoin de regarder les politiques sous différents angles parce qu'on travaille sur les déterminants de la santé, qui peuvent être socioculturels, économiques, politiques, sanitaires et liés aux relations avec le système. Pour cibler ces déterminants, on a besoin de spécialistes qui les connaissent, qui maîtrisent leurs méthodes, leurs façons d'analyser la situation. Si on le regarde sous un seul angle, on va passer à côté de la réalité du problème.»

Ce département propose ainsi des maîtrises et des DESS en santé communautaire et en bioéthique, ainsi qu'un microprogramme offert aux cadres en santé publique, qui, à distance, via Internet, y trouvent un moyen de se mettre à jour, d'approfondir leurs compétences. «Notre département se présente un peu comme des poupées russes, explique la professeure Hatem. Nos étudiants sont souvent des adultes déjà diplômés. Ils ont un emploi, une vie de famille, nous avons beaucoup de femmes notamment. Ce n'est pas forcément facile de suivre des études à temps plein. On peut très bien commencer par le microprogramme avant d'aller vers une maîtrise ou un DESS. Il y a de nombreuses passerelles et différents moyens de valider ses acquis.»

Formations pratiques

Des formations toujours très pratico-pratiques. D'abord parce que différents stages sont exigés. Ensuite parce que les programmes collent souvent à l'actualité. Ainsi, l'hiver dernier, les étudiants ont pu travailler sur la grippe H1N1. «Ç'a été sujet à débat dans un de mes cours, affirme Bryn Williams-Jones, professeur agrégé et directeur du programme de bioéthique. Je sais que des collègues ont été sollicités par un des organismes de financement, les IRSC, pour faire une recherche sur ce sujet. Après la pandémie... qui n'était pas vraiment une pandémie... on peut apprendre: qu'est-ce qu'on a bien fait? C'étaient quoi, les enjeux politiques, éthiques? Est-ce qu'on a eu une réaction trop extrême? Si oui, pourquoi? Nous regardons les politiques publiques et nous posons dessus un regard éthique.»

Force est de constater que les sujets d'actualité ne manquent pas. La pénurie d'infirmières et de médecins de famille, les récents décès dans les urgences surchargées des hôpitaux montréalais, le ticket modérateur du budget Bachand, etc. «Les médias ont beaucoup relayé tout cela, poursuit le professeur Williams-Jones. Ces cas extrêmes sont des moments opportuns pour lancer le débat, pour discuter. Le danger, cependant, c'est de donner l'impression que tout est extrême. Or le travail le plus intéressant se situe dans le milieu. Si je prends le cas des cellules souches ou des OGM, le débat est polarisé. Il est pourtant très rare que la réponse soit blanche ou noire. Nous vivons dans un monde de gris où il y a beaucoup de complexité. Notre rôle, en tant que chercheur, est d'essayer de décortiquer cette complexité pour la rendre accessible au citoyen, l'outiller, et ainsi aller vers plus de transparence, donc de démocratie.»

Situations vécues

Différentes thématiques sont développées aujourd'hui dans le département: les inégalités sociales, la promotion de la santé, l'obésité, la nutrition et l'alimentation, le tabac et le cancer du poumon, l'urbanisme, la répartition géographique et ses répercussions sur la santé, la santé mentale, la santé maternelle et de la reproduction, les maladies infectieuses, les problématiques liées à l'immigration avec la recrudescence de la tuberculose notamment, etc.

Certaines sont choisies par les chercheurs du département, d'autres sont des commandes faites par les principaux organismes de financement, à savoir, au fédéral, l'Institut de recherche en santé du Canada (IRSC) et, dans une moindre mesure, au provincial, le Fonds de recherche en santé du Québec (FRSQ). «Nos crédits de fonctionnement sont principalement publics, explique Marie Hatem. Chacun a ses propres axes, auxquels nous devons répondre car, sans subvention, nous ne pouvons pas nous développer. Nous avons également quelques fonds d'organismes privés, comme la fondation Chagnon, ou encore de laboratoires pharmaceutiques.»

À la sortie de ces formations, les diplômés ont la possibilité d'aller sur le terrain ou de rester dans la recherche, en se dirigeant notamment vers un doctorat à l'école de santé publique. «En santé communautaire, nos étudiants peuvent entrer dans les directions de santé publique, les agences de santé publique, les CLSC, même les hôpitaux lorsqu'il y a un département de promotion de la santé, note Marie Hatem.

«En bioéthique, ajoute Bryn Williams-Jones, ils peuvent postuler dans un établissement pour y être un des experts en éthique. Dans les hôpitaux, par exemple, puisque pratiquement tous maintenant ont un comité d'éthique clinique. C'est un enjeu important pour être capable de répondre aux problématiques quotidiennes dans la pratique des professionnels de la santé, dans la relation avec la famille, etc.»

Quoi qu'il en soit, avec quelques décennies de retard sur les États-Unis, le Canada développe de plus en plus de lieux pour discuter sur les enjeux éthiques de ses politiques de santé.

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Collaboratrice du Devoir