Sherbrooke engage un expert français - L'approche professionnalisante, dites-vous ?

L'Université de Sherbrooke vient de prendre un virage qui lui permet de transformer certains de ses programmes d'études en parcours universitaires professionnalisants. Et, pour ce faire, elle a retenu les services de Guy Le Boterf, expert français en la matière.

«Ce geste s'inscrit en parfaite continuité avec notre philosophie et notre manière de faire, souligne André Beauchesne, vice-recteur adjoint aux études et responsable du projet pour l'Université de Sherbrooke, à propos de l'embauche de Guy Le Boterf. Déjà, plusieurs des programmes de l'Université de Sherbrooke comprennent des stages coopératifs ou en milieu professionnel et sont déjà axés sur le développement des compétences en alliant théorie et pratique. L'Université de Sherbrooke a toujours travaillé en partenariat avec les milieux de pratiques. Le parcours professionnalisant n'est qu'une étape de plus dans cette démarche.»

L'Université de Sherbrooke a donc fait appel à l'expertise de Guy Le Boterf. «M. Le Boterf est un expert international dans le domaine des compétences et de l'approche professionnalisante et il a conseillé autant des établissements que des entreprises en Europe comme au Canada. Un petit groupe de nos professeurs connaissaient son travail et, en 2005, on l'a invité à prononcer une conférence. Ses propos d'alors nous ont convenu et on a décidé de poursuivre et d'approfondir notre collaboration.»

L'approche professionnalisante

Qu'est-ce qu'une approche professionnalisante? «Une approche professionnalisante permet à un individu d'agir avec compétence en situation professionnelle, explique Guy Le Boterf. Cette approche repose sur quatre points. Il faut en premier être en mesure de comprendre une situation. Ensuite, il faut agir dans cette situation, c'est-à-dire décider et mettre en oeuvre une pratique professionnelle. De plus, il faut être en mesure de mobiliser une combinaison de ressources. Et, dernièrement, il faut savoir tirer des leçons de cette expérience, ce qui exige un recul et une réflexion critique.»

Comment cette approche peut-elle modifier un programme d'études? «Il faut transformer le programme d'études en parcours d'études, c'est-à-dire qu'il faut concevoir le programme non pas comme une succession d'apprentissages, mais plutôt comme une progression dans les apprentissages. Aller du plus simple au plus complexe. Par exemple, en médecine, apprendre à maîtriser une situation clinique de base, pour revenir à nouveau sur cette même situation clinique plus tard, mais cette fois avec de nouvelles complications.»

Le parcours professionnalisant universitaire implique aussi qu'on utilise plusieurs moyens pédagogiques: cours magistraux, travaux dirigés, stages et simulations. Bien que le parcours professionnalisant s'appuie sur le développement des compétences, il ne s'y limite pas et ne remet pas en question les missions traditionnelles de l'université.

«Il y a un danger dans une approche trop axée sur les compétences qui souvent s'arrête à dresser une liste des savoir-faire. Il ne faut pas opposer compétences et connaissances. Il ne s'agit pas non plus de transformer les universités en écoles professionnelles. L'acquisition de connaissances scientifiques et technologiques demeure très importante et fait partie de la démarche que je prône. Peut-on imaginer un médecin sans connaissances du corps humain? Si oui, je ne le consulterais pas. Le parcours professionnalisant permet justement de mobiliser plusieurs types de connaissances et de savoir-faire.»

Modalités

Guy Le Boterf croit qu'il ne peut pas y avoir qu'une seule manière de mettre en place un parcours professionnalisant universitaire. «Chaque faculté doit décider comment elle entend mettre en place ses parcours professionnalisants.» Et ces parcours ne conviennent pas de la même manière à toutes les disciplines. «Dans les formations qui mènent à l'apprentissage d'une profession, ingénieur ou médecin, il est évidemment plus facile de mettre en place un parcours professionnalisant. Mais, dans d'autre cas, en histoire par exemple, cette démarche convient moins.»

Malgré cela, la réussite d'un parcours professionnalisant repose sur certaines modalités. «La première est qu'on doit se fixer des objectifs à atteindre à plusieurs étapes du parcours professionnalisant. Il faut donc mettre en place des objectifs intermédiaires.» De plus, le parcours professionnalisant impose souvent la mobilisation de plusieurs personnes et même de plusieurs disciplines. «Il faut donc travailler en équipe. Cela transforme aussi le travail du professeur. On ne peut plus avoir le professeur untel qui donne son cours seul, en parallèle avec les autres professeurs qui font la même chose. Il faut travailler en équipe et savoir coopérer. On sait que, dans un hôpital, la qualité d'un parcours de soins ne repose pas sur la qualification des professionnels mais plutôt sur la qualité de leur collaboration. Il en est de même pour les différents formateurs associés à un parcours universitaire professionnalisant.»

Avantage de la démarche

Le parcours universitaire professionnalisant offre plusieurs avantages. «D'abord, il convient bien à la présente génération d'étudiants, qu'on qualifie parfois en éducation de génération why. Pourquoi j'apprends cela? À quoi cela va-t-il me servir? L'approche professionnalisante vient donner une réponse à ces questions. Ensuite, elle augmente les chances des étudiants sur le marché du travail, puisqu'ils ont été appelés à agir en situation lors de leur formation.» Cette dernière raison plaît aux employeurs, puisque les étudiants ainsi formés «deviennent plus vite opérationnels après leur embauche».

Présentement, l'Université de Sherbrooke a mis en place plusieurs parcours professionnalisants, notamment en éducation, en génie, en administration et en médecine et sciences de la santé. «Ce sont des programmes de deuxième cycle dont plusieurs s'adressent à des personnes déjà sur le marché du travail, explique André Beauchesne. Mais on croit qu'il sera bientôt possible d'offrir des parcours professionnalisants à d'autres clientèles et même dès le premier cycle.»

***

Collaborateur du Devoir