Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec - La CREPUQ demeure optimiste

Si le gouvernement souhaite renflouer les coffres des universités québécoises et qu’il y parviendra en partie en augmentant les droits de scolarité, il ne compte pas s’investir davantage dans le financement du réseau universitaire.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Si le gouvernement souhaite renflouer les coffres des universités québécoises et qu’il y parviendra en partie en augmentant les droits de scolarité, il ne compte pas s’investir davantage dans le financement du réseau universitaire.

Depuis déjà belle lurette, la reconnaissance du sous-financement des universités québécoises fait l'objet d'un consensus. En matière de budget de fonctionnement, les universités de la province accusent un recul de près de 500 millions de dollars par année comparativement à leurs consoeurs canadiennes. La Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ) juge la situation difficile, mais entrevoit des jours meilleurs dans les budgets provinciaux et fédéraux pour 2010-2011

«Premièrement, le gouvernement provincial a reconnu dans son énoncé budgétaire que l'éducation et l'innovation étaient deux des trois conditions d'une prospérité durable. Ensuite, le gouvernement a identifié le financement des universités comme un des cinq enjeux pressants pour la société québécoise. Que le gouvernement ait reconnu de façon explicite le sous-financement des universités et qu'il en fasse un des défis à relever, pour nous, c'est une excellente nouvelle. Au fédéral aussi, malgré l'austérité du budget, il y a des annonces positives», affirme Daniel Zizian, président-directeur général de la CREPUQ.

Droits de scolarité à la hausse

Sans grande surprise, alors que des hausses des droits de scolarité de 50 dollars par session sont déjà prévues pour les deux prochaines années scolaires, le gouvernement a annoncé, dans son budget pour 2010-2011, son intention de s'attaquer en partie au problème du financement universitaire par une hausse des droits de scolarité. L'augmentation n'a toutefois pas encore été chiffrée et le gouvernement a annoncé son intention d'effectuer une consultation sur le sujet avant de se prononcer.

Pour la CREPUQ, il s'agit d'une nécessité: «On constate que les universités québécoises sont sous-financées par rapport à l'ensemble des provinces canadiennes, et si on veut offrir un enseignement de qualité, une recherche qui se compare à l'international, il faut mettre les ressources nécessaires pour y arriver. Pour nous, il est essentiel d'obtenir un financement qui nous permette d'offrir cette qualité de recherche et, pour ça, il nous apparaît important que les étudiants, comme le gouvernement et le secteur privé, contribuent au financement des universités de façon à combler l'écart», soutient M. Zizian.

Si la CREPUQ se dit en faveur d'une hausse des droits de scolarité, elle soutient toutefois que celle-ci doit se faire dans une perspective d'amélioration de l'université québécoise et qu'elle ne doit pas se limiter à un transfert des responsabilités.

«Il y a des principes fondamentaux qui doivent absolument être respectés, comme le maintien de l'accessibilité aux études universitaires. Il faut que toute hausse des droits de scolarité s'accompagne d'un ajustement de l'aide financière aux études pour permettre l'accessibilité», précise le président de la CREPUQ.

Rejoindre la moyenne canadienne

Si le gouvernement souhaite renflouer les coffres des universités québécoises et qu'il y parviendra en partie en augmentant les droits de scolarité, il ne compte pas s'investir davantage dans le financement du réseau universitaire. Les libéraux ont annoncé leur souhait de réduire la part du gouvernement dans le financement des universités afin que celle-ci rejoigne la moyenne des autres provinces canadiennes. De 67,9 % en 2007-2008, le gouvernement voudrait la faire descendre sous la barre des 60 %.

«Il faut reconnaître que le financement public de l'enseignement supérieur au Québec est un financement important. C'est sûr que si les droits de scolarité augmentent et que le gouvernement maintient sa subvention actuelle, au total, ça voudra dire que la proportion du financement public sera moindre dans l'ensemble du financement total des universités. Par contre, pour nous, ce qui est très important, c'est qu'il ne faut absolument pas que le gouvernement vienne diminuer son financement actuel. Sinon, il pourrait compromettre l'accessibilité aux études», constate M. Zizian.

Stratégies québécoise et fédérale

En novembre 2006, le gouvernement du Québec a adopté la Stratégie québécoise de la recherche et de l'innovation (SQRI), dont les objectifs étaient de renforcer l'excellence de la recherche publique, de mieux appuyer la recherche industrielle et l'innovation en entreprise et de compléter et renforcer les mécanismes de valorisation et de transfert. Dans son récent budget, le ministre des Finances a annoncé l'actualisation et la prolongation de cette stratégie.

«On est heureux de l'annonce qui a été faite au sujet du renouvellement de la SQRI. On attend impatiemment que le ministre Gignac rende publics les détails de cette nouvelle stratégie. Ce qu'on souhaite, c'est que les montants disponibles dans cette enveloppe pour les fonds subventionnaires soient à la hausse, pour permettre une plus grande possibilité de recherche au niveau universitaire», confie M. Zizian.

Une des seules mesures annoncées par le ministre Bachand qui ont su satisfaire l'ensemble des intervenants dans le domaine de l'éducation est la tenue d'une grande rencontre des partenaires du milieu afin de discuter de l'enseignement postsecondaire et de ses enjeux.

«C'est une démarche qui a été annoncée pour permettre de discuter des ressources à consacrer à l'enseignement universitaire. On nous dit que, à cette occasion-là, on veut aussi parler de la performance et de l'efficience du réseau universitaire en matière de recherche et de gestion et on entend être partie prenante de ces discussions. On prépare déjà nos dossiers sur la question», lance le président de la CREPUQ.

De son côté, pour assurer la croissance de l'économie à long terme, le gouvernement fédéral canadien a décidé de miser sur la recherche et l'innovation. L'annonce d'un investissement de 45 millions de dollars sur cinq ans pour la création d'un programme de bourses de recherche postdoctorale qui attirerait au pays des chefs de file en recherche et celle d'une majoration de 32 millions de dollars du budget annuel des trois conseils subventionnaires rassurent la CREPUQ.

«Ce sont des éléments qui nous font sentir que le gouvernement accorde de l'importance à la recherche et la considère comme un élément central du développement économique», soutient M. Zizian.

Perspectives

Bien que la CREPUQ considère les deux budgets actuels d'un oeil positif, son président souligne que ce n'est que d'ici quelques années qu'ils auront des impacts significatifs sur le système.

«À court terme, il n'y aura pas d'amélioration de la situation financière des universités, mais ce que ces budgets nous permettent de constater, c'est la reconnaissance par les gouvernements du sous-financement des universités. On note aussi une perspective d'un meilleur financement à moyen terme, ce qui devrait permettre aux universités de contribuer de façon encore plus significative au développement économique, social et culturel du Québec et d'offrir aux individus une formation de qualité qui satisfasse aux normes internationales.»

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Collaboratrice du Devoir