McGill ne changera pas d'idée pour son MBA

L'Université McGill digère mal la pénalité que lui infligera Québec, mais ne changera pas d'idée. Deux jours après que Le Devoir eut révélé que McGill pourrait être privée de 28 000 $ par étudiant en subvention pour avoir haussé les droits de scolarité de son MBA, la principale de l'Université, Heather Munroe-Blum, s'est ouverte en entrevue.

Visiblement contrariée, elle a fait valoir que les universités formaient un système à part, différent de celui des écoles secondaires, et a condamné la croyance selon laquelle «ce serait une bonne chose d'avoir exactement les mêmes programmes» financés à la même hauteur partout au Québec. «On a une perspective d'école secondaire où on veut un curriculum standard. Mais l'un des atouts du système universitaire, c'est justement d'avoir différents programmes, a-t-elle soutenu. C'est la ministre et le ministère qui ont créé ces différences et c'est une bonne chose. Ce n'est pas une question d'arrogance.»

La principale et vice-chancelière de McGill s'est dite déçue de ne pas recevoir un plus grand soutien de la part du gouvernement qui, selon elle, prône pourtant le rayonnement de ses universités à l'étranger. «La vision du premier ministre, c'est d'avoir un rayonnement du Québec en Inde, aux États-Unis, en Europe», a noté Mme Munroe-Blum.

Cette renommée internationale et cette qualité de programme ne seront jamais possibles s'il n'est pas permis d'augmenter les frais du MBA à 30 000 $, insiste-t-elle. McGill représente cet espoir, croit Peter Todd, doyen de la Faculté de gestion. «Il n'y a aucune faculté de gestion au Québec sauf la nôtre qui a déjà été dans le classement des 100 meilleures au monde du Financial Times. [...] McGill est une université spéciale. On est 18e au monde, mais avec la Faculté de gestion, on est 100e. Alors, on a besoin d'une faculté de gestion qui est parmi les 25 meilleures au monde. On veut avoir un MBA qui est parmi les dix meilleurs au monde», a souligné M. Todd.

Pas une question de profit

Mme Munroe-Blum a semblé avoir été piquée au vif par les propos de l'attachée de presse de la ministre de l'Éducation, qui a insinué que McGill souhaitait faire un profit. «Ce n'est pas une question de profit. C'est une question d'équité, d'accessibilité et de qualité. Ces trois principes ne sont pas respectés avec le mode de financement actuel», a avancé la principale, qui précise qu'elle doit aller piger dans les subventions des autres programmes pour pouvoir financer le MBA, dont elle évalue le coût à 22 000 $.

Elle a par ailleurs déploré n'avoir reçu aucun appel ou lettre de la ministre Michelle Courchesne depuis une rencontre en janvier. Elle n'était pas non plus au courant de la pénalité qu'on voulait imposer à son université. «Une punition serait une solution peu raffinée au problème du sous-financement», a noté Mme Munroe-Blum. «Ça ajoutera un double fardeau à nos autres étudiants au baccalauréat, et ceux du MBA connaîtront une diminution des services, de l'aide financière et de la qualité du programme», a-t-elle ajouté, en disant néanmoins vouloir poursuivre les discussions avec la ministre de l'Éducation.