Épreuves nationales au secondaire - Plaidoyer syndical contre le recours aux correcteurs du privé

Québec — L'expertise des fonctionnaires coûte «moins cher» à l'État que celle des entreprises privées, parce qu'ils n'ont pas à «prendre des cotes» et à corrompre les politiciens. C'est ce qu'a affirmé hier Gilles Dussault, président du Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ).

M. Dussault a dénoncé l'appel d'offres lancé par le ministère de l'Éducation en début d'année visant à sous-traiter, pour trois ans, la correction des épreuves nationales de 5e année du secondaire. L'État pourrait économiser un million de dollars s'il confiait ce processus de correction à quelque 150 personnes embauchées pour 50 jours par année, comme il l'a fait depuis la création de cet examen, a fait valoir M. Dussault.

Impossible pour le secteur privé d'offrir le même service à meilleur coût, a expliqué M. Dussault, «parce que le privé, ça lui prend une "cote". Les gens qui travaillent au service du public, ils ne reçoivent pas de "cote". Ils ont leur salaire [...] ils n'ont personne à graisser non plus pour tel ou tel parti politique».

Même si les correcteurs ont toujours été des travailleurs occasionnels n'ayant pas accès à la permanence dans la fonction publique, M. Dussault soutient que l'État, en les remplaçant par une firme, perdrait une «expertise éprouvée». Il réclame que la ministre sursoie à l'appel d'offres, qu'il a qualifié de «véritable scandale» puisque cette nouvelle méthode ne comporte selon lui «aucune valeur ajoutée». Le SPGQ soutient avoir tenté en vain à plusieurs reprises de rencontrer la ministre. Pour justifier son appel d'offres, le ministère aurait expliqué que le recrutement annuel des correcteurs était «compliqué» et qu'il devenait aussi «compliqué d'émettre les chèques pour les payer». Deux raisons qualifiées par M. Dussault de «surréalistes». «Ces temps-ci, le gouvernement dit: "On n'a pas d'argent, les finances publiques vont mal." [...] Mais quand il s'agit de graisser le secteur privé [...] il n'a plus l'air de manquer d'argent», a pesté M. Dussault, qui fait partie du Secrétariat intersyndical des services publics (SISP), front commun qui négocie actuellement avec le gouvernement le renouvellement des conventions de travail, échues depuis décembre.

Le bureau de la ministre Michelle Courchesne a soutenu que le SPGQ avait eu l'occasion, avant même que l'appel d'offres soit lancé, de commenter celui-ci. «Mais il n'a émis aucun commentaire dans les 30 jours avant l'appel d'offres», a affirmé Tamara Davis, porte-parole de Mme Courchesne. Cette dernière a aussi indiqué que l'embauche de 150 personnes pour un «court laps de temps» comportait effectivement des coûts, surtout qu'il fallait reprendre le processus chaque année. Le MELS demeure le maître d'oeuvre de l'élaboration et de l'évaluation de l'examen, a-t-elle du reste ajouté.