Cégep de Sept-Îles - Les formations continues sont taillées sur mesure

Vue aérienne de l’atelier d’entretien des locomotives et des wagons de la compagnie minière IOC, à Sept-Îles
Photo: IOC Vue aérienne de l’atelier d’entretien des locomotives et des wagons de la compagnie minière IOC, à Sept-Îles

Tout cégep en région a nécessairement une forte vocation de développement régional, rapporte Christophe Bonnal, directeur de la formation continue, des services aux entreprises et des partenariats d'affaires au Cégep de Sept-Îles. «Nous sommes un acteur de développement régional, insiste-t-il. Cela se traduit par l'obligation pour nous d'offrir une palette de services qui permet à la région de survivre.»

C'est ainsi qu'un cégep régional offre des formations préuniversitaires et techniques afin de retenir le plus possible les étudiants dans la région. «Pour permettre à la région de se développer, nous offrons des formations touchant les services de santé et le paramédical (éducation spécialisée, travailleurs sociaux, etc.) ainsi que des formations en gestion et en administration», ajoute M. Bonnal. Ce cégep dessert en outre la communauté innue de la Côte-Nord, qui rassemble douze mille personnes.

Quant à la formation continue, elle est taillée sur mesure pour répondre aux besoins de la main-d'oeuvre des entreprises locales. Sept-Îles étant reconnue pour sa production de minerai de fer, comme centre de production d'énergie hydro-électrique et pour ses grandes alumineries — avec des géants comme ArcelorMittal, Rio Tinto, Aluminerie Alouette, Alcoa et Hydro-Québec —, son cégep a développé des formations en conséquence.

Le cégep accueille ainsi près d'un millier d'étudiants, les deux tiers en formation régulière et le tiers en formation continue.


Opérations conjointes

«Notre mandat, c'est bien entendu de desservir tout le monde, poursuit Christophe Bonnal. Pour ce qui concerne les grandes entreprises — essentiellement les minières et l'aluminerie Alouette —, nous fonctionnons en partenariat avec el-les. Nous avons donc conçu des programmes spécifiques en fonction de leurs besoins. Nous offrons entre autres des attestations d'études collégiales (A.É.C.) con-çues pour des adultes destinés à travailler pour ces entreprises.»

M. Bonnal explique qu'une A.É.C. est une formation spécialisée où toutes les matières générales (français, philo, etc.) sont omises pour ne retenir que la formation spécifique. Ce genre de formation est réservé à des adultes n'ayant pas été inscrits dans un réseau d'éducation depuis au moins douze mois.

«Dans la cadre de ces A.É.C., les entreprises siègent au comité de sélection des étudiants puisque ce sont leurs futurs employés - et elles déterminent la quantité d'étudiants que nous formerons, précise M. Bonnal. Il s'agit de décisions conjointes entre les entreprises et le cégep.»

C'est ainsi que l'attestation d'études collégiales en traitement de minerais est conçue pour former ceux et celles qui travailleront dans les usines de production de boulettes de fer. Le cégep décide donc de former une cohorte que lorsque les minières indiquent qu'elles en auront besoin. Cette cohorte comprend environ 16 étudiants, soit le nombre qui pourra être accueilli en stage dans les entreprises qui font du traitement de minerais. Elle est en outre donnée selon un horaire qui accommode les enseignants... qui sont en général à l'emploi des minières. À ce jour, le Cégep de Sept-Îles a formé cinq cohortes.

Les entreprises participent donc étroitement à la formation des étudiants, notamment en leur donnant accès à leurs installations. «Voilà ce qui est vraiment très particulier chez nous, souligne Christophe Bonnal. Lorsqu'on parle de formations construites en étroite collaboration avec le privé, il est difficile de faire mieux!» M. Bonnal rapporte au passage que l'un des objectifs du cégep est de s'assurer que tous ses finissants auront l'emploi pour lequel ils ont été formés. «Nous visons un taux d'embauche frôlant les 100 %», dit-il fièrement.

Le cégep offre en outre des A.É.C. dites de perfectionnement et conçues pour les employés déjà en entreprise. «Souvent, les entreprises nous demandent qu'une formation destinée à leurs employés prenne la forme d'une A.É.C. parce qu'elles désirent que ceux-ci aient la satisfaction d'obtenir un diplôme reconnu.»


Au service des communautés

Le Cégep de Sept-Îles offre également une gamme de formations adaptées à la communauté innue. Il s'agit de formations taillées sur mesure pour leurs besoins tant en termes pédagogiques que de contenus. «On leur offre beaucoup de formations en services sociaux, soins à la petite enfance, éducation spécialisée, bureautique, etc., rapporte M. Christophe Bonnal, tout ce qui en fait permet à ces communautés de faire fonctionner leur administration publique.»

Le cégep offrira même prochainement une attestation d'études collégiales en journalisme et en animation radiophonique répondant aux besoins particuliers des communautés innues qui ont une station de radio communautaire. «Vous devez savoir qu'il s'agit de petits milieux et que les radios communautaires ne sont pas du tout ce qu'on peut connaître dans les grands centres urbains, explique M. Bonnal. C'est leur Radio-Canada à eux, dit-il. L'impact de ces radios communautaires est excessivement important puisqu'il s'agit souvent du seul médium qui parle leur langue.»

L'A.É.C. qu'offrira le Cégep de Sept-Îles est une formation de 12 semaines axée sur la pratique. Elle vise à doter ces stations de journalistes qui vont non seulement connaître les rudiments du métier mais également tout ce qu'implique le métier, notamment les questions éthiques et de bonnes pratiques du métier.

«Voilà donc le genre de choses que nous faisons pour répondre aux besoins spécifiques de notre communauté, conclut Christophe Bonnal. Nous le faisons avec beaucoup de respect et avec toute la bonne volonté nécessaire au développement. C'est dire que jamais nous n'offrons des diplômes au rabais!»


Collaborateur du Devoir
1 commentaire
  • Bernard Dupuis - Abonné 3 mars 2010 10 h 04

    Des travailleurs qui ne lisent pas et qui ne réfléchissent pas?

    On se souvient que les cégeps furent créés dans le but de faire en sorte que les Québécois aient droit à une formation de base égale, qu'ils deviennent techniciens ou diplômés universitaires. Qu'en est-il 40 ans plus tard? L'article que je viens de lire a de quoi étonner à plusieurs égards.

    M. Bonnal semble fier de dire que son Collège offre des diplômes particuliers (A.É.C) pour des adultes «où toutes les matières générales (français, philo, etc.) sont omises...» Du même souffle il se targue que les formations sont étroitement «construites» en collaboration avec le privé. Cela semble renforcer le cliché voulant que les entreprises veulent des travailleurs n'ont pas besoin de lire et n'ont pas besoin de réfléchir sur le sens de leur travail, de la société, de la politique, etc.

    Ce qui est encore plus étonnant, c'est que le cégep «offrira prochainement une attestation d'études collégiales en journalisme et en animation radiophonique». Même si ces formations s'adresseront à des Innues, comment concevoir qu'elles ne comporteront pas de cours de langues? Qu'elle est la langue seconde des Innues? L’anglais ou le français? Ce n'est pas tout: M. Bonnal reconnaît enfin le besoin d'une formation «sur les questions éthiques et de bonne pratique du mét»ier de journsalite. Mais pourquoi seulement pour la formation journalistique?

    Il faudrait bien qu'un débat public se fasse sur ces diplômes dits des «A.É.C» qui reproduisent certains clichés relativement aux travailleurs et qui remettent à l'entreprise privée le contrôle sur ce qui devrait faire partie et surtout ne pas faire partie de la formation collégiale.

    Bernard Dupuis, Berthierville