Études supérieures - Des études doctorales sans doctorat !

Les programmes d’études supérieures spécialisées s’assurent que les étudiants qui y sont inscrits sont des adultes sur le marché du travail.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Les programmes d’études supérieures spécialisées s’assurent que les étudiants qui y sont inscrits sont des adultes sur le marché du travail.

La formation continue universitaire ne se limite plus au seul premier cycle. En effet, de plus en plus de travailleurs, détenteurs d'un baccalauréat, se tournent vers l'université pour parfaire leur formation. L'Université de Montréal l'a bien compris en offrant des programmes d'études supérieures conçus pour répondre aux besoins de cette clientèle d'étudiants.

«Les programmes d'études supérieures sont des programmes de nature professionnelle, explique Raymond Lalande, vice-recteur adjoint aux études, et ils s'adressent à des personnes qui ont déjà un baccalauréat et qui veulent étudier aux études supérieures sans pour autant prendre la route traditionnelle de la maîtrise et du doctorat, conçues surtout pour former des chercheurs.»

À cette fin, l'Université de Montréal a mis en place deux types de programme de deuxième cycle: le microprogramme à 15 crédits et le DESS (Diplôme d'études supérieures spécialisées) à 30 crédits. Les sujets d'études sont variés allant du développement durable à l'ergothérapie en passant par la médecine d'assurance. Mais tous ces programmes d'études ont un point commun: ils tiennent compte du marché du travail. «La clientèle des microprogrammes et des DESS est à la recherche d'une formation précise qui les aidera sur le marché du travail, soit pour rehausser leur situation personnelle soit pour répondre à de nouveaux problèmes.»

Ainsi, plusieurs de ces programmes répondent à des besoins spécifiques ou à de nouvelles réalités. «Par exemple, en sciences de l'éducation, on a mis en place un microprogramme sur l'évaluation des compétences puisque cela répondait à un besoin réel exprimé par les enseignants eux-mêmes.» Dans d'aut-res cas, ces programmes répondent à une nouvelle réalité sociale, comme l'importance grandissante accordée aujourd'hui au développement durable.

Mais bien que répondant à des besoins précis, ces nouveaux programmes de deuxième cycle ne sont pas pour autant des vases clos. «Ce sont des programmes gigognes puisque l'on peut passer d'un microprogramme pour ensuite le compléter par un DESS qui lui sert de porte d'entrée à la maîtrise. Ainsi l'étudiant qui s'inscrit à un programme d'abord pour une raison bien précise peut ensuite choisir de poursuivre ses études jusqu'à la maîtrise et ensuite au doctorat.»


L'approche adulte

De plus, ces programmes d'études s'assurent que les étudiants qui y sont inscrits sont des adultes sur le marché du travail. «Un adulte sur le marché du travail qui s'inscrit à l'université n'a pas la même logique qu'un collégien qui s'inscrit à l'université et donc il n'apprend pas de la même manière. Et comme il est connecté au marché du travail, il veut que la formation puisse lui être utile dans son travail. Il veut savoir comment il pourrait appliquer cette formation à son travail.»

Il faut donc adapter les méthodes pédagogiques utilisées. «Plutôt que de s'appuyer uniquement sur des exemples théoriques, on utilisera davantage des études de cas. Il faut aussi tenir compte que cet étudiant a déjà un bagage de connaissances apprises sur le terrain et dont on doit tenir compte dans l'approche pédagogique.»


Gestion des programmes

Ces microprogrammes et DESS offerts à l'Université de Montréal sont chapeautés par la Faculté des études supérieures et postdoctorales (FESPD). «La FESPD coordonne, réglemente et garantit l'assurance qualité des divers programmes.» Mais ces derniers sont d'origine facultaire. «Ce sont nos facultés qui offrent les programmes selon les besoins qu'elles ont identifiés. Par exemple, notre Faculté des sciences infirmières est bien branchée avec les services infirmiers des hôpitaux et elle est donc en mesure de bien comprendre les besoins des infirmières en ce qui concerne de nouvelles formations à offrir.»

La Faculté d'éducation permanente est aussi appelée à mettre la main à la pâte. «Nous sommes l'une des seules universités nord-américaines à avoir une faculté d'éducation permanente. Bien qu'elle oeuvre au premier cycle, elle a acquis au fil de ses trente ans d'existence une expertise dans la formation des adultes sur laquelle nous pouvons nous appuyer dans la mise en place de ces programmes de deuxième cycle.»

Cette collaboration entre les diverses instances permet d'élaborer des programmes qui font appel à plusieurs expertises. «Il y a de plus en plus de champs d'études qui demandent une expertise multidisciplinaire. Prenons le domaine des études internationales que l'on doit approcher autant du point de vue politique que culturel.»


La voie de l'avenir

Selon Raymond Lalande, ces nouveaux programmes d'études supérieures sont appelés à évoluer. «Ces programmes ne peuvent pas être coulés dans le béton. Il faut tenir compte des besoins qui évoluent et de l'intérêt des étudiants. Il y aura donc des programmes qui naîtront et d'autres qui mourront.»

Mais une chose demeure certaine: ces microprogrammes et DESS ne sont pas prêts de disparaître. «Nous assistons présentement à un changement de paradigme. L'éducation n'est plus aussi linéaire qu'elle l'était autrefois. On ne passe plus du secondaire au collège et ensuite à l'université de manière continue. Les gens interrompent leurs études pour un certain temps, vont sur le marché du travail et les reprennent plus tard. Ils prennent plus de temps pour compléter le collégial. Certains découvrent les études universitaires tardivement. C'est ce que j'appelle la formation en zigzag. C'est une réalité sociologique à laquelle l'université doit s'adapter. C'est là qu'entre en jeu la formation continue. Un des défis majeurs des universités sera de bien accueillir ces étudiants aux profils différents. Les microprogrammes et DESS au deuxième cycle s'inscrivent dans cette logique de formation en zigzag en permettant à des adultes sur le marché du travail d'entreprendre des études supérieures.»


Collaborateur du Devoir