Entrevue avec Monique Jérôme-Forget - On doit aller plus loin, soutient l'ex-ministre

Québec — Dernière venue dans le camp des «lucides», Monique Jérôme-Forget signait cette semaine le Pacte pour le financement concurrentiel de nos universités. «Les étiquettes droite, gauche, lucide, solidaire, je n'ai jamais aimé beaucoup ça», rétorque-t-elle au téléphone, du Mexique où elle passe sa retraite.

Aux yeux de l'ancienne ministre des Finances, le vrai problème au Québec n'en est pas un d'étiquettes, mais de compréhension de la notion d'équité. «On a pensé à un seul volet de l'équité: "Est-ce que c'est accessible?" Là, on s'est dit: "Est-ce que c'est accessible à tout le monde au même coût?" C'est là que j'ai des réserves.» Avec les droits de scolarité actuels, déplore-t-elle, «on demande à la fille ou au fils» d'une personne qui ne va pas à l'université, qui a un salaire extrêmement modeste, de «financer d'autres qui vont avoir quand même plus de possibilités». L'ancienne ministre déplore aussi le fait que les droits de scolarité n'ont à peu près pas bougé depuis l'époque où elle était elle-même aux études. «Si on continue comme ça, les universités québécoises vont souffrir énormément.»

Pourquoi, si elle y croit à ce point, ne pas avoir fait évoluer les choses dans ce sens lorsqu'elle était au pouvoir? «On a quand même pris la décision d'ouvrir ce dossier en augmentant les droits de 50 $ par semestre. Est-ce qu'on doit aller plus loin? Moi je pense que oui.» Elle ajoute que ce n'est pas toujours aisé de réaliser ses projets lorsqu'on est au pouvoir. «Dans mon parti, ce n'est pas tout le monde qui était d'accord pour aller dans ce sens, souligne-t-elle. Il faut y aller petit pas par petit pas, souvent, en politique!»

Injustices envers le bilan

Du reste, à ceux qui disent, justement, qu'elle a été une «grande parleuse» et une «petite faiseuse» en politique en ce qui concerne les sujets mis en relief par les «lucides», elle répond que plusieurs sont injustes à l'égard de son bilan. «Certains disent que rien n'a changé? J'ai quand même fait faire une étude par Pierre Fortin pour étudier la diminution de certaines taxes, pour en augmenter d'autres, etc. Dans le fond, je n'ai peut-être pas été aussi vite que l'aurait souhaité Pierre Fortin, mais j'ai été certainement dans sa direction», indique-t-elle. Elle ajoute qu'une mise en oeuvre du rapport Montmarquette-Facal sur la tarification des services publics a été effectuée cette année. «On a indexé tous les tarifs. Les permis de pêche et de chasse ne resteront plus au même prix pour l'éternité!» Le même principe devrait s'appliquer aux droits de scolarité, croit-elle.
 
3 commentaires
  • Pierre Bernier - Abonné 27 février 2010 09 h 34

    " Lucides " ?

    Pour réfléchir intelligemment sur la tarification (ou non) des services publics, il faudrait peut-être d'abord s'interroger sur la substance et la finalité de ces produits collectifs.

    Pour progresser dans cette voie, il est essentiel de distinguer l'État producteur.

    En effet, derrière le mot ÉTAT se cache diverses fonctions, entités et produits, voire des modes de production, de prestation ou de contractualisation avec les citoyens qui nécessite des distinctions.

    Alors, on se rapprocherait mieux des conditions qui permettent une véritable lucidité.

    Voyez-vous, en ces matières, celle-ci ne porter que sur des considérations financières et comptables.

  • Mario Jodoin - Inscrit 28 février 2010 14 h 02

    Hausse des droits de scolarité et équité

    Le principal argument de Monique Jérôme-Forget pour appuyer la hausse des droits de scolarité est qu'il est inadmissible que les pauvres paient des impôts pour financer les études des enfants des riches.

    Quel sophisme ! On l'a assez dit, les 40 % des contribuables les plus pauvres ne paient pas d'impôts et une partie des taxes qu'ils paient leur est remboursée par le crédit d'impôt. Ils ne peuvent donc pas financer les études des enfants des riches !

    Le meilleur moyen de faire payer les riches pour les études de leurs enfants est de hausser les niveaux d'impôts, d'ajouter un palier d'impôt, de lutter contre l'évasion fiscale, de diminuer les exemptions d'impôt (RÉER, gains en capital, etc.) et de rapatrier les fortunes mises à l'abri de l'impôt dans les paradis fiscaux.

    Bref, l'équité passe par l'impôt, pas par la hausse des droits de scolarité !

  • Donald Bordeleau - Abonné 2 mars 2010 21 h 54

    Intelligentsia Madame Forget

    Le sur-financement de la filière anglophone au Québec est en partie lié à l'importante présence d'étudiants canadiens non-résidents. Selon le chercheur Jean-Pierre Corbeil de Statistiques Canada, le sur-financement du système universitaire anglophone au Québec est lié à la domination historique des anglophones montréalais au Québec. Cette « tendance lourde » est encore présente aujourd'hui.


    Car cette présence en territoire Québécois d'un important réseau universitaire de langue anglaise conduit à un curieux phénomène : un grand nombre d'étudiants canadiens non-résidents viennent étudier dans les universités anglo-québécoises et bénéficient de places d'études largement financées par le Québec. S'il faut mentionner que les étudiants non-résidents s'acquittent de frais de scolarité supérieurs à ceux en vigueur pour les résidents, ils sont tout de même subventionnés à la hauteur d'environ 8000 dollars par étudiant par année. Vu le nombre de 25000 d'étudiants en question, les coûts structurels de 200 millions de dollars/ ans sont importants pour l'état québécois. Les étudiants de pays étrangers sont près de 5000 à fréquenter nos universités. Il en coute environ 5000 dollars selon le statut de l’étudiant. Ces étudiants étrangers coutent 25 millions par année. Ils ont droit automatiquement à une bourse de plus de 4000 dollars. De plus, il faut souvent des mises à niveau des nouveaux étudiants pour une facture supplémentaire estimé à 20 millions par année.


    Notons que la majorité de ces étudiants quittent le Québec une fois leurs études complétées. Ces étudiants emportent avec eux leurs connaissances génératrices de richesse. Cela veut dire qu'il y a près de 2 milliards de dollars par année de retombées économiques qui n'avaient pas lieu au Québec mais ailleurs au Canada.

    Le Québec et surtout les universités anglo-québécois supportent un fardeau fiscal très lourd afin de contribuer généreusement aux 25000 étudiants canadiens qui viennent étudiés au Québec. L’Ontario fournit 12000 des étudiants qui profite à rabais de coût minime pour compléter leurs études au Québec. Chaque année le Québec dépense pour tous les non-résidents une somme de 245 millions de dollars. Donc depuis 10 ans, les Québécois ont payé pour plus 2.25 milliards pour les étudiants étrangers qui bénéficient de ces fonds publics.

    Le sur-financement du système universitaire anglophone, en accordant un poids effectif à la communauté anglophone proche de 25 % au Québec (et de 50 % à Montréal où se concentre l'immigration), est-il partiellement responsable du fait que la communauté anglophone jouit d'un pouvoir sur la langue de travail et les taux de transferts linguistiques largement supérieur à sa taille réelle?

    On peut conclure qu'en l'absence des étudiants canadiens non-résidents, la taille et donc le coût des universités anglophones seraient bien moindres. L'argent ainsi économisé pourrait être utilement mis en œuvre pour combler le sous-financement des universités et éviter une augmentation des frais de scolarité, si sous-financement il y a réellement.

    Les lucides ( Intelligentsia ) québécoise ne parle pas de ce sur-financement des universités anglophones. Il n’est pas politiquement correct de discuter de ces sujets chauds sur la place publique. En termes clairs, le Québec finance, sans aucune contrepartie, une part disproportionnée du système d'éducation post secondaire destiné à la communauté de langue anglaise du Canada.

    Qui aura le courage de demandé le plein déboursé des frais d’études selon les exemptions pour tous les étudiants étrangers.

    Trudeau avait raison en disait des québécois << Le Québec ne sera jamais, indépendant, les Québécois sont idiots >>

    http://www.mef.qc.ca/docs/heure.htm


    http://www.ambamaroc.ca/Nouveau/Etudier_au_Canada/


    http://www.mef.qc.ca/financement_universites_non_d