Sous-financement des universités - Aux étudiants de renflouer les coffres, dit Lucien Bouchard

Lucien Bouchard et les initiateurs du Pacte sur le financement concurrentiel des universités ont démontré que les hausses des droits de scolarité permettraient de générer une somme de 565 millions par année.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Lucien Bouchard et les initiateurs du Pacte sur le financement concurrentiel des universités ont démontré que les hausses des droits de scolarité permettraient de générer une somme de 565 millions par année.

Ce n'était qu'une question de temps avant que le débat sur le dégel des droits de scolarité ne revienne en force. Le pacte sur le financement des universités qu'ont présenté hier à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain des politiciens et des personnalités du milieu de l'éducation propose le rehaussement notable de ces droits pour un rattrapage rapide sur trois ans. Les milieux étudiants résistent, mais proposent de vider la question une fois pour toutes.

Aux grands maux, les grands moyens. À l'initiative de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, l'ancien premier ministre Lucien Bouchard et plusieurs personnalités publiques proposent des mesures draconiennes pour renflouer en trois ans les coffres des universités, en proie au sous-financement chronique.

Parce qu'ils qualifient d'«échec» le modèle de financement actuel, seize «citoyens» de premier ordre ont signé le Pacte sur le financement concurrentiel des universités, dont l'ex-ministre des Finances Monique Jérôme-Forget, l'ex-ministre péquiste Joseph Facal, d'anciens recteurs et dirigeants de fédérations étudiantes.

Mal chronique

«Le Québec a mal à ses universités. Le mal n'est pas incurable, mais il est chronique. [...] Il faut rapidement leur assurer la santé financière nécessaire à la réalisation de leur mission fondamentale pour l'avenir de notre société», a déclaré Lucien Bouchard, qui voit dans le sous-financement des universités une menace à la prospérité du Québec. Faisant fi des sensibilités autour de la question des droits de scolarité, les signataires n'y vont pas de main morte et proposent le déplafonnement des droits de scolarité et un «rattrapage sur trois ans» de ceux-ci dès 2012.

Les initiateurs du pacte ont démontré que ces hausses permettraient de générer une somme de 565 millions par année, ce qui correspond grosso modo au déficit que font actuellement les universités québécoises réunies. Un savant calcul permet de conclure qu'environ 85 % des étudiants verraient leurs frais hausser de 2000 $ par année sur trois ans. «En médecine, ça pourrait aller jusqu'à 10 000-12 000 $ par année», a précisé l'ancien recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix.

Augmentations modulées

Les augmentations projetées seraient «modulées», c'est-à-dire qu'elles tiendraient compte de la carrière étudiée. Un étudiant en médecine, où les coûts de formation et le salaire attendu sont plus élevés, devra payer plus qu'un étudiant en philosophie, par exemple.

Les signataires insistent toutefois pour que soient renforcés des programmes d'aide financière afin de garantir l'accessibilité aux études et requièrent un engagement ferme du gouvernement pour qu'il maintienne le niveau actuel de financement public. Environ 30 % des sommes récoltées par ces mesures seraient redistribuées à travers des bourses aux étudiants de milieux les plus défavorisés.

Les étudiants réagissent

À peu de chose près, le pacte reprend la proposition faite par l'Institut économique de Montréal il y a à peine deux mois, déplore Jean Grégoire, président de la Fédération étudiante universitaire du Québec, qui voyait venir de loin ce débat. «Les débats qui se font sur le financement de l'éducation sont faits par le Conseil du patronat du Québec, les "lucides", les dirigeants d'université. Ce ne sont pas des gens qui sont actuellement dans le système», a dit

M. Grégoire, se disant au passage «attristé» de voir que certains anciens dirigeants de fédérations étudiantes aient signé le pacte, légitimant, selon lui, à tort la démarche. «Ce serait bien d'avoir un plus large débat sur le financement, mais aussi sur l'accessibilité et la qualité. Ça fait deux ans qu'on le demande!»

Plusieurs fédérations et associations étudiantes ont également dénoncé le manque de vision du pacte. «Quel est le projet de société que les Québécois ont pour leurs universités? Si le seul indicateur c'est la croissance économique, on évacue complètement la mission humaniste de l'éducation», a affirmé Christian Pépin, coordonnateur général de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante.

Encore faut-il que l'argent soit bien géré par les universités, rappelle la Fédération des associations étudiantes du campus de l'Université de Montréal. «L'argent est mal utilisé. On veut que le vérificateur général puisse mener enquête tous les ans», a soutenu son président, Nicolas Descroix. Pour lui, «l'avantage» du pacte, s'il en est un, est que l'argent accumulé par la hausse des droits de scolarité semble se destiner aux universités, «contrairement à Jean Charest, qui veut régler les problèmes de déficit avec», a-t-il souligné.

Les recteurs prêts à écouter

Pour sa part, la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec reconnaît que le pacte mérite d'être examiné. Le ministre des Finances, Raymond Bachand, et la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, ont salué la contribution des artisans du pacte qui tente de répondre à la question qu'ils se posent justement: «Pour les services offerts par l'État à ses citoyens, quelle est la juste part que doit payer l'usager en regard de celle assumée par la collectivité?» Le débat est rouvert.
13 commentaires
  • jacques noel - Inscrit 24 février 2010 07 h 33

    La passe des étudiants étrangers

    «sur les 15,000 étudiants étrangers au Québec, 9500 sont exemptés des frais forfaitaires, bénéficiant d'ententes intergouvernementales, d'échanges particuliers, ou de diverses bourses» a souligné Nicole Girard, attaché de presse du ministre Sylvain Simard» (La Presse, Syldia Galipeau, 16/2/2002)

    Ca, c'était en 2002. Là, on est rendu avec 28,000 étudiants étrangers. Combien paient le vrai tarif?

    Face à la dénatalité des années 80, le lobby de l'Éducation a décidé d'aller repêcher des étudiants à l'étranger. On leur a donné un pont d'or pour les attirer. Le but de l'opération: sauver la job des profs et des administrateurs tout en faisant accroire au bon peuple que nos institutions sont tellement de qualité qu'on se presse au portillon. A Matane, à St-Georges de Beauce, à Shawinigan, plus de 10% des étudiants viennent de l'étranger.

  • Bernard Gervais - Inscrit 24 février 2010 08 h 17

    Plus facile à dire qu'à faire !

    Sincèrement, si j'étais un des élus - peu importe le parti - de l'Assemblée nationale, je commencerais à être un peu agacé par ces différentes déclarations ou recommandations faites par d'anciens politiciens.

    MM. Bouchard et Facal, de même que Mme Jérôme-Forget demandent qu'on hausse de façon importante les frais de scolarité dans les universités. Soit.

    Pourtant, cet ex-premier ministre et ces 2 ex-ministres savent déjà que, quand on est en politique active, il est beaucoup plus difficile de faire changer les choses, notamment quand on doit prendre une décision à laquelle s'opposeront avec force les personnes qui sont touchées !

  • Claude Archambault - Inscrit 24 février 2010 09 h 02

    @ Bernard Gervais

    Oui c'est plus facile à dire qu'à faire tout comme pour ceux qui sont dans l'opposition c'est plus facile de chialler que de participer de façon constructive. Mais contrairement à l'opposition ces ex ministres et premier ministres on une expérience et une liberté de parole qu'eux n'ont pas.
    Puis pour les gouvernement en place peu importe libéral ou PQ, ils sont toujours un peu frileux, et quand la gogauche parle elle parle fort même si elle ne représente qu'une petite portion de la population.
    C'est pourquoi que ce genre d'intervention est importante et se doit d'être fréquente et forte. Par leur attaque répétés sur ces gens la gogauche perdra en crédibilité par manque de réalisme et à la fin le gouvernement agira et finalement suivra le souhait de la majorité et non la petite gogauche.

    Tout les beaux discours sur l'accessibilité sont faux, le taux de diplomation universitaire au Québec est un des plus bas au Canada malgré les plus faible frais de scolarité ce qui dit que les frais n'ont absolument aucun impact sur l'accessibilité, au contraire.

  • ExpatAVie - Abonné 24 février 2010 09 h 03

    Transferts gouvernementales et leurs incitations implicites

    Malheureusement, il semble que notre appareil etatique moderne encourage chacun a faire des choix qui maximise les transferts de ressources de la poche des autres vers la sienne.

    Nous sommes tous coupables mais le plus souvent rejetons la faute sur les autres! Nous nions la realite que la recherche de ces transferts forment une part essentielle de nos activites - quelle gaspillage! Voici quelques exemples que vous ne reconnaitrez pas tous mais auxquels vous pous pourriez sans doute ajouter:

    - Les retraites canadiens vivent au depend des travailleurs actifs et futurs
    -Le Quebec depend de la perequation, et donc des expats interprovinciaux
    -Les tout-electrique se chauffent et gaspillent au depend des "au gaz"
    -Les etudiants en medecine qui preparent leur depart a l'etranger fourbent les contribuables quebecois
    - L'etudiants qui a 23 ans n'a toujours pas de diplome universitaire de 1er cycle ou l'intention de trouver un travail productif vivent au depend des contribuables
    -Les motocyclistes dependent des automobilistes pour leur prime d'assurance.
    -Les retraites de l'etat dependent des impots sur les revenus d'investissement des retraites du prive et des futurs contribuables.
    -Les salaries du publique dependent des impots des salaries du prive pour payer leur retraite doree (donc le cout est systematiquement sous-estime pour faciliter les negociations collectives avec les grandes centrales).
    -Les beneficiaires des programmes sociaux par ailleurs aptent au travail dependent des contribuables au taux marginal d'imposition a 50%
    - Les agriculteurs dependent des consommateurs locaux captifs et des subventions du ministere de l'agriculture.
    - Les travailleurs des regimes speciaux dependent de la cotisation chomage des travailleurs reguliers
    - Les regions dependent des subventions aux petites et moyennes entreprises (et a chaque village sa scierie!) et donc ultimement des contribuables citadins et banlieusards.
    - Les citadins dependent de la protection de la regie du logement qui finalement reduit l'offre de logement et repousse les jeunes familles vers la banlieue
    - Les banlieusards dependent des infrastructures routieres, aqueducs, ecoles et autres payees par les citadins et leur rejettent leurs fumees bleues au visage chaque matin!

    Les opportunites de "vivre sur la bete" se sont multipliees creant par la meme autant de groupe et lobby defendant leur prebende avec la derniere energie.

    Evidemment, ce systeme n'est pas durable. Je soutiens donc l'initiative de M. Bachand meme si je ne suis pas partisan de son parti. Il faut que les quebecois de bonne volonte se levent et demandent:
    - que chaque utilisateur paye le juste cout du service gouvernementale (y compris la modulation immediate de l'age de la retraite normale et les taux de cotisation a la RRQ)
    - que les transferts gouvernementales necessaires soient octroyes par le biais du systeme d'imposition
    - que le systeme d'imposition soit STRICTEMENT progressif (possiblement en donnant un credit a chacun correspondant plus ou moins au "BS") et que chacun paye au moins le taux minimum sur TOUS leurs revenus (y compris les transferts sociaux! y compris les gains en capitaux! y compris les dividendes! y compris les pourboires!) mais que, eventuellement, sa progressivite soit adoucie.

    Ce devrait etre un devoir sacre pour les medias d'etudier attentivement les evenements en Grece car beaucoup d'etats tel le Quebec glissent inexorablement vers une situation similaire. Les memes causes produisent les memes effets.

  • pierre savard - Inscrit 24 février 2010 09 h 06

    Bonne idée

    L.Bouchard a raison. La gratuité dans les services publics doit prendre fin.