Le recteur de l'Université Laval au Devoir - L'augmentation des droits de scolarité sera inévitable, croit Denis Brière

Selon le recteur de l’Université Laval, Denis Brière, non seulement l’augmentation des droits apparaît inévitable, mais elle serait certainement bien accueillie par les étudiants.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Selon le recteur de l’Université Laval, Denis Brière, non seulement l’augmentation des droits apparaît inévitable, mais elle serait certainement bien accueillie par les étudiants.

Aux prises avec de lourds déficits, plongées dans une situation économique incertaine, les universités n'auront d'autre choix que d'engager le combat pour le dégel des droits de scolarité, croit le recteur de l'Université Laval, Denis Brière. De passage dans les bureaux du Devoir pour parler du virage vert de son campus, M. Brière a donné quelques pistes de solutions pour en arriver à résorber le déficit des universités. Et à l'instar des entreprises et du gouvernement, les étudiants ont aussi un rôle à jouer.

«Il va falloir un réinvestissement. [...] On ne peut pas aller voir le privé et lui dire de nous donner de l'argent pour payer notre dette, ce n'est pas son rôle. Restent les étudiants», constate M. Brière en mentionnant qu'il ne faut guère espérer d'argent de l'État. «Il faudrait augmenter les droits de scolarité de 1500 $ par année pour atteindre la moyenne canadienne. C'est quelque chose qui n'est pas faisable. Je ne veux pointer personne, mais la décision [du gouvernement] a été de geler les droits de scolarité.»

Selon lui, non seulement l'augmentation des droits apparaît inévitable, mais elle serait certainement bien accueillie par les étudiants. «Dans certaines facultés, des étudiants sont allés voir leur doyen pour lui dire qu'ils étaient prêts à payer 500 ou 1000 $ de plus pour avoir un meilleur service. C'est une réalité aujourd'hui», a dit le recteur, en poste depuis juin 2007.

Il reconnaît que certains étudiants ont à coeur la gratuité scolaire. «Ils prennent ça comme une religion. Je ne les blâme pas. [...] Mais je pense qu'on devrait parler aux étudiants et pas juste aux associations», a-t-il indiqué.


Le cas McGill

À voir que l'attitude frondeuse de l'Université McGill, qui a décidé d'augmenter les droits de scolarité de son MBA à 30 000 $, ne lui a valu qu'un simple retrait de subvention du gouvernement du Québec, grande est la tentation de l'imiter. M. Brière reconnaît d'ailleurs que l'onde de choc qui a suivi n'avait pas été déclenchée par l'augmentation des frais elle-même, mais plutôt par la brèche qui venait de se créer. «On s'est demandés: "Est-ce possible? [...] Si je ne demande pas d'argent au ministère, puis-je faire ce que je veux?"» Cette possibilité est alléchante, reconnaît le recteur. «J'ai une liste de 600 étudiants qui veulent entrer à la Faculté de médecine. C'est facile pour moi d'oublier la subvention de la ministre et de demander 40 000 $ par année. Je n'aurais aucune diminution d'étudiants», a dit M. Brière. L'Université Laval a d'ailleurs un contentieux qui se penche actuellement sur la légalité du geste qu'a posé McGill.

Pour des questions d'équité, plutôt que de moduler les droits de scolarité en fonction du revenu qu'auront les étudiants à la sortie, le recteur prône l'augmentation des frais pour tous. «Faire payer 150 ou 200 $ de plus par l'ensemble de la population étudiante, ça réglerait le problème en entier. C'est un courage politique qu'il va falloir avoir», a-t-il conclu.

À voir en vidéo