Université de Montréal - Bruyante dissidence syndicale

Jean Piché, délégué syndical à la faculté de musique de l’Université de Montréal croit que la grève aurait un effet «dévastateur» sur l’Université de Montréal en cette période de recrutement d’étudiants.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Jean Piché, délégué syndical à la faculté de musique de l’Université de Montréal croit que la grève aurait un effet «dévastateur» sur l’Université de Montréal en cette période de recrutement d’étudiants.

Rien ne va plus au sein du Syndicat des professeurs de l'Université de Montréal. Alors que l'exécutif s'attend à se voir confier un mandat de grève illimité lors d'un vote qui se tient aujourd'hui, un groupe de délégués syndicaux a envoyé hier une lettre à plus de 1400 professeurs leur enjoignant de voter contre. «On est convaincu que la majorité des profs ne veulent pas aller en grève. Dans la situation présente, ça nous causerait énormément de tort», a affirmé Jean Piché, délégué syndical à la faculté de musique de l'Université de Montréal, aux côtés de quatre de ses collègues aussi signataires de la lettre. «À l'Université de Montréal, il y a toujours eu une tradition intello pro-syndicale, ce qui est bien, mais elle s'est traduite par une culture syndicale qui est extrémiste.»

Les profondes dissensions au sein du Syndicat général des professeurs et professeures de l'Université de Montréal (SGPUM), en plein processus de conciliation en vue du renouvellement de sa convention collective, se font sentir depuis un bon moment déjà. En septembre dernier, des voix dissidentes avaient commencé à se faire entendre. Et à la réunion syndicale de la semaine dernière, où s'est tenu un vote sur la résolution qui est votée aujourd'hui, 17 membres sur les 61 qui se sont exprimés se sont prononcés contre.

Dans la lettre envoyée aux professeurs, le groupe opposé à l'exécutif syndical soutient notamment que la demande du syndicat de pourvoir tous les postes de professeurs devenus vacants et d'en créer 210 nouveaux en quatre ans n'est pas réaliste. Ces derniers représentent, selon eux, des coûts d'environ 25 millions de dollars, une somme que seul le gouvernement peut débourser. «Ça ne prend pas la tête à Papineau pour comprendre que le gouvernement, lui-même en pleine négociation avec la fonction publique, ne va pas accepter», avance M. Piché. Il croit qu'en cette période cruciale de recrutement d'étudiants, la grève aurait un effet «dévastateur».

M. Piché n'est également pas d'accord pour augmenter les salaires de 13,96 % sur quatre ans. «Avec ou sans grève, cette demande a peu de chances d'être satisfaite. [...] À l'UdeM, notre salaire moyen est de 106 045 $ alors que la moyenne du G10 est de 110 313 $», soit le plus élevé chez les professeurs d'université du Québec, souligne-t-on dans la lettre.

Selon Claire Durand, déléguée syndicale et professeure au département de sociologie, l'ajout de postes n'est pas inscrit dans la convention. «On voit bien que les profs sont complètement fatigués, vidés. [...] Mais faire une grève sur des promesses de postes qui ne seront peut-être pas respectées, ça n'a pas de sens», a-t-elle noté. «Ceci dit, on pense que les deux parties, y compris la partie patronale, n'ont pas fait le travail de négocier.»


Aux professeurs de décider

Le président du SGPUM, Louis Dumont, voit dans cette dissidence l'expression de la liberté syndicale. «Nos collègues ont droit à leur opinion. Ç'a été la même chose lors des négos en 2005», a-t-il dit. «Il ne s'agit pas d'être pour ou contre la grève, mais plutôt de penser comment on peut forcer l'Université à négocier», a ajouté M. Dumont. «Le simple fait d'avoir un mandat fort de la part des collègues de l'Assemblée générale va avoir un impact sur les décisions du conseil et des gouvernements dans les négociations», a-t-il soutenu.

Dans un communiqué diffusé hier, la direction de l'Université a rappelé qu'elle ferait connaître sa position concernant la contre-proposition du SGPUM ce jeudi.
8 commentaires
  • Bernard Gervais - Inscrit 9 février 2010 07 h 42

    Le réalisme de M. Piché

    Les professeurs de l'Université de Montréal, qui sont de farouches partisans d'un débrayage, devraient sincèrement porter attention au discours réaliste de leur collègue, M. Piché.

    Faire la grève quand on gagne déjà en moyenne 106 045 $ par année et ce, au moment où tant de petits travailleurs du secteur privé - qui n'ont souvent que le salaire minimum - ne sont même pas assurés de conserver leur emploi, a quelque chose de franchement d'indécent !

  • Kevyn Gagne - Inscrit 9 février 2010 09 h 28

    Pas de pitié pour les croissants

    L'Université de Montréal aurait beau donner la lune au syndicat que le syndicat trouverait le moyen de nous faire croire qeu ce n'est pas assez, qu ce n'est pas équitable et qu'il préfèrerait le soleil à la place. Le tout avec un sourire...mais blessé intérieurement. JE suis étudaint à la maitrise à l'Université de Montréal en Relations Industrielles, donc les syndicats je connais. Je suis en faveur des syndicats et du mouvement syndical en général. La mémoire est une facultée qui oublie et le syndicat table sur ce fait.
    Ils ont trouver le moyen de faire des grèves dans les dernières années et on s'apperçoit que peu importe le résultat du processus de négociation collectif, le syndicat brandit le spectre de la grève. Je suis heurex que certains professeurs soient finalement opposés à la grève. on a l'impression que l'entente que le syndicat réussit à négocier est plus que provisoire, car dès l'ouverture de la période de négociation d'une nouvelle entente, le syndicat déchire immédiatement sa chemise. Ça ne passe plus, je vous dirais de changer de fournisseur de chemise. Vos revendications ne touches plus personne et ça regarde mal quand même un syndicaliste s'oppose aux pleurnichements d'un syndicat de l'Université de Montréal, université qui m'a accueillit ces 8 dernières années e tqui m'a fait vivre des grèves à répétition.

  • Jacques Lafond - Inscrit 9 février 2010 11 h 58

    Bonne nouvelle

    Bonne nouvelle ... faudrait que le syndicat des prof de l'UDM téléphone au syndicat du journal de Montréal ... Peut-être que ce ridicule conflit au journal de Montréal finirait enfin, et que les syndiqués entenderaient raison finalement ...

    lafond.overtime@gmail.com

  • L. Morin - Inscrit 9 février 2010 13 h 00

    Charge de travail

    Il ne faut pas oublier que le salaire n'est pas le seul enjeu en liste. La charge de travail excessive est aussi un des nœuds de la négociation. Étant étudiante à la maîtrise à l'Université de Montréal, je constate chaque jour la surcharge des professeurs, autant sur le plan de l'enseignement que dans leurs fonctions administratives. En bout de ligne, se sont souvent les étudiants qui absorbent les conséquences que sont le manque de soutient et les classes dépassant un nombre acceptable d'étudiants.

  • Gabriel Meunier - Abonné 9 février 2010 15 h 03

    Monsieur Lafond

    ...faut être perdu au fin fond d'un trou d'ignorance pour ne pas savoir que les travailleurs du Journal de Montréal sont en LOCK-OUT. Vous savez, ce processus qui consiste à affamer les employés en les mettant dans la rue pour les forcer à accepter des conditions de travail que eux se déclarent encore prêts à négocier ?

    Au-delà du discours commun de nos jours sur la nécessité d'un retour au pragmatisme dans les négociations de convention collective (car nous savons tous que les gestionnaires et actionnaires s'appauvrissent de plus en plus, tandis que les travailleurs paresseux souffrent de moins en moins de précarité et gagnent de plus en plus d'argent), il y a certains faits qui demeurent encore objectifs. Les gens du Journal de Montréal sont peut-être gourmands. Je ne le sais pas, Pierre-Carl ne m'a pas parlé récemment de son compte en banque, mais on peut supposer que la pauvreté le guette. Dans tous les cas, ils n'ont pas décidé de leur situation, elle leur a été imposée par M. Péladeau et son équipe de gestion.

    Et pourmonsieur Gervais, il y a effectivement quelque chose de ridicule à augmenter des gens qui gagnent déjà 105 000 $ par année. Mais si ce ne sont pas les employés syndiqués qui se mobilisent pour faire augmenter les salaires, qui le fera ?

    Devrais-je croire que si on paie mal les professeurs d'université, McDonald nous remerciera en augmentant ses employés ?