Rencontre des recteurs - De nouvelles normes régiront un nouveau monde

Alors que le Canada et l'Union européenne négocient un accord économique, des acteurs importants du milieu universitaire travaillent à y faire inclure les enjeux liés à la recherche, à l'innovation et à la mobilité des étudiants et des chercheurs. Plusieurs grosses pointures des universités canadiennes et françaises mais aussi des représentants d'entreprises privées se sont réunis à la fin de novembre à Lyon, lors des Entretiens du Centre Jacques-Cartier, pour en discuter.

«L'économie est largement tributaire du savoir, de la main-d'oeuvre bien formée, du développement d'idées et de leur transfert sur le marché. D'où l'importance d'inclure les questions d'innovation, de recherche et de mobilité étudiante dans l'entente», a indiqué Luc Vinet, recteur de l'Université de Montréal et responsable scientifique du colloque.

Pierre Marc Johnson, négociateur en chef pour le Québec de l'accord Canada-Union européenne, compte entre autres s'attaquer aux barrières tarifaires, un enjeu important pour les entreprises innovantes. «Payer 6 ou 7 % de tarifs douaniers, c'est souvent ce qui fait la différence pour une entreprise entre exporter son produit ou non», affirme-t-il.

L'ancien premier ministre du Québec travaille aussi à la question de l'appellation d'origine. «Nos amis italiens n'arrivent pas à comprendre comment on peut fabriquer de la mozzarella di buffala au Québec et du jambon de Parme en Ontario! Il y a des questions de propriété intellectuelle sur lesquelles il faut se pencher.»

Christian Bréchot, vice-président aux affaires médicales et scientifiques chez Mérieux Alliance, a pour sa part mentionné l'importance de travailler ensemble pour harmoniser les réglementations de sécurité alimentaire. «Quelque 5 % de la population des pays industrialisés souffre de rupture de la sécurité alimentaire», a-t-il précisé.

Bien des normes devront d'ailleurs être uniformisées, d'après Pierre Marc Johnson. «Il y a plusieurs obstacles techniques à surmonter. Plusieurs normes à respecter pour la fabrication de produits sont différentes en Europe et au Canada, et cela affecte plusieurs industries. Il faut faire quelque chose, d'autant plus que ces normes n'ont rien à voir avec la performance du produit ou encore sa sécurité.»

Mobilité étudiante

La question de la mobilité de la main-d'oeuvre sera également une priorité dans les négociations. Selon Marcel Boyer, professeur émérite au département des sciences économiques de l'Université de Montréal, chercheur au CIRANO et vice-président de l'Institut économique de Montréal, les universités perdront petit à petit leurs caractéristiques nationales, comme l'ont fait les entreprises.

«On assistera à la disparition des champions nationaux pour laisser place à de grands réseaux universitaires internationaux qui seront en concurrence, précise-t-il. Cette nouvelle réalité exigera la signature d'accords internationaux sur les investissements et sur le commerce des biens et services. Cela nécessitera également une uniformisation des règles de droit et de la réglementation corporative à l'échelle internationale.»

Chez Rio Tinto Alcan, on favorise déjà la collaboration entre les laboratoires de recherche français et québécois. «Toutefois, nous remarquons que ce n'est pas toujours facile à organiser. Il y a beaucoup de barrières administratives à franchir. Il y a une structure et un cadre juridique à mettre en place pour favoriser la mobilité des chercheurs et des étudiants», affirme Jean-Philippe Puig, président métal primaire, Europe, Moyen-Orient et Afri-que, chez Rio Tinto Alcan.

«La question de la mobilité du capital humain est la clé de la croissance économique dans un monde mondialisé. Et cette mobilité de la main-d'oeuvre dépend en grande partie des universités», croit pour sa part Paul Davenport, ancien président de l'Université de l'Alberta et de l'Université Western Ontario.

«Déjà, le Québec met sur pied bien des ententes avec la France, a rappelé M. Johnson, mais on doit aller plus loin au niveau du Canada et de l'Europe en général.» Il espère que l'entente de coopération sera concrétisée d'ici deux ans.

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