Éthique et culture religieuse - Le PQ et l'ADQ veulent mettre le programme aux oubliettes

Photo: Agence Reuters
Québec — Craignant que le cours Éthique et culture religieuse en soit un de «multiculturalisme», ce qu'une nouvelle étude conclut, Pierre Curzi a réclamé hier qu'on l'élimine purement et simplement. «Il faut qu'on mette fin à ce cours», a laissé tomber le critique péquiste en matière d'éducation en entrevue au Devoir. «Si l'étude est juste, et je crois qu'elle l'est, on est clairement dans une dérive», a-t-il affirmé à propos de ce cours entré dans les curriculums primaire et secondaire en septembre 2008.

Publié la semaine dernière par l'Institut de recherche sur le Québec (IRQ), le document de 30 pages intitulé Le cours Éthique et culture religieuse: transmission des connaissances ou endoctrinement? est signé par Joëlle Quérin, candidate au doctorat en sociologie à l'UQAM.

Selon elle, le cours Éthique et culture religieuse (ECR) impose une «nouvelle définition de l'identité québécoise fondée sur le "chartisme" qui interdit, dans le cadre du sacro-saint "dialogue", l'expression des opinions nationalistes». Elle soutient que le cours ECR n'est pas seulement «antinationaliste», mais aussi «antidémocratique, car il s'inscrit dans une stratégie d'endoctrinement de la jeunesse permettant l'imposition du multiculturalisme à l'abri du débat public et au mépris de l'opposition populaire». Axé sur les compétences, le cours ECR ne transmettrait que peu de connaissances sur les religions, note la chercheuse.

Pierre Curzi dit avoir été bouleversé par le texte de Mme Quérin. Il dénonce le «chartisme» qu'elle y met en lumière. Selon celle-ci, «être Québécois signifie tout simplement de respecter la Charte des droits et libertés». À ses yeux, une des «conditions fondamentales de notre ouverture, c'est une profonde connaissance et transmission de notre histoire, de ce qu'on est». Par conséquent, il souhaite qu'une commission parlementaire se penche sur la question et plaide pour qu'il soit remplacé à terme par un cours d'histoire enrichi. «On doit revenir à un enseignement de l'histoire réel, articulé, qui intégrerait une histoire des religions», a-t-il soutenu.

Il s'agit d'une rupture avec la position antérieure du PQ, prise par Pauline Marois lors de la dernière campagne électorale, le 14 novembre 2008. À l'époque, c'est l'ADQ qui réclamait un moratoire sur ce cours, qui n'a cessé de soulever la controverse depuis qu'il est entré dans les curriculums primaire et secondaire, en septembre 2008. Mme Marois défendait alors la présence de ce cours. À l'ADQ, hier, l'étude de Mme Quérin a été bien accueillie. Le chef de l'ADQ, Gérard Deltell, a à son tour exigé la «suspension» du cours. «Le travail de la sociologue a confirmé les craintes que nous avions exprimées il y a un an», a déclaré M. Deltell, qui plaide pour que les parents aient la «liberté de choix» en ces matières. Selon lui, il faut cesser d'«avoir peur de notre histoire, de nos racines, de notre patrimoine [...] et oui, la religion catholique a été très forte chez nous. Il faut le comprendre, l'expliquer.» Il s'est dit du reste lassé que les élèves québécois servent de «cobayes, comme moi, dans ma jeunesse, j'ai servi de cobaye pour l'écriture au son, la fameuse méthode du sablier, par exemple».

La ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, a refusé de commenter l'étude hier, soutenant qu'elle n'avait pas eu le temps de la décortiquer. Elle s'est dite surprise de la position de M. Curzi, qu'elle estime en contradiction avec celle de sa chef. Le bureau de la ministre a soutenu du reste que l'histoire des religions au Québec était l'une des composantes fondamentales du cours. L'attachée de presse Tamara Davis a aussi souligné que la ministre Courchesne «était en train progressivement de réintégrer les connaissances» dans tous les cours afin de corriger des aspects de la «Réforme Marois».

L'IRQ, qui a publié l'étude de Mme Quérin, a dans son «comité scientifique» le sociologue de l'UQAM Jacques Beauchemin, l'historien de la Télé-Université Éric Bédard et l'ex-ministre et sociologue Joseph Facal.

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